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Par la grâce de Bush
George W. Bush n?est pas un ingrat. Alors qu?il a toujours professé que les délinquants devaient être châtiés par les tribunaux avec la plus grande sévérité, il vient d?accorder sa ?clémence? à un proche collaborateur de son vice-président, condamné à trente mois de prison pour obstruction à la justice, faux témoignage et parjure. Il est vrai que l?individu en question n?est pas n?importe qui. Il s?agit de Lewis Libby, dit ?Scooter?, directeur de cabinet de Dick Cheney. Un néoconservateur de choc qui a joué un rôle dans la politique américaine contre Saddam Hussein et pour l?invasion de l?Irak.
Et c?est précisément la guerre en Irak qui est à l?origine de ses ennuis judiciaires. ?Scooter? Libby était accusé d?avoir livré à la presse, contre toutes les règles de prudence, le nom d?une agent de la CIA, Valerie Palme-Wilson. Il voulait ainsi punir le mari de celle-ci, l?ambassadeur John Wilson, dont le principal tort était d?avoir mis en doute les arguments avancés par l?équipe Bush pour justifier l?aventure irakienne. Interrogé par la police, M. Libby a menti aux agents du FBI puis à un grand jury, sans doute pour protéger son patron.
La ?clémence? n?est pas le ?pardon?. M. Bush a jugé la peine de prison ?excessive?, mais il n?a pas libéré le condamné des 250 000 dollars d?amende que celui-ci doit payer. Il n?en a pas moins été vivement critiqué par la majorité démocrate du Congrès, pour son ?arrogance? et sa propension à se situer au-dessus des lois. Si le président n?a pas outrepassé ses pouvoirs, il n?avait pas, jusqu?alors, fait un usage démesuré de son droit de grâce.
Ce cas est exemplaire. Lewis Libby a été un fidèle exécutant d?une politique qui a échoué. En lui épargnant la prison, c?est un peu toute sa politique irakienne que M. Bush cherche à sauver, symboliquement, du naufrage. Le laisser condamner aurait été admettre que la politique irakienne était fondée sur le mensonge.
Sa popularité est au plus bas, à des records historiques pour un président américain, sauf peut-être pour Richard Nixon au moment du scandale du Watergate. Mais il paraît n?en avoir cure. Il lui reste dix-huit mois à accomplir à la Maison Blanche et il ne peut pas se représenter. Il se sent donc libre d?agir à sa guise, sans se soucier des sarcasmes. D?autant plus qu?il est convaincu que l?Histoire lui donnera raison. En volant au secours de ?Scooter? Libby, il fait plaisir à tous ses amis (néo)conservateurs, auprès desquels il a puisé les ressorts de sa croisade pour la démocratie au Moyen-Orient, dont l?Irak devait être la première étape. L?heure n?est pas encore aux révisions déchirantes. Sûr de son bon droit, M. Bush ne voit aucune contradiction entre le fait de casser une décision de justice visant un de ses proches et le désert juridique qu?il maintient autour des détenus de Guantanamo.
© Le Monde 2007 Distribué par The New York Times Syndicate
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