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Par-delà le temps, leur amour est toujours présent

13 décembre 2003, 20:00

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Malgré son âge avancé ? 93 ans ? Sookdeho se tient droit comme un « i » et marche sans s?aider d?une canne. Il n?en a d?ailleurs jamais eu besoin, même s?il a déjà eu des problèmes de santé. Rookmeen a, quant à elle, conservé sa taille de jeune fille malgré ses douze grossesses et jouit d?une santé de fer. Elle s?empresse de l?aider à s?asseoir. En épouse prévenante, elle lui glisse un coussin derrière le dos.

Leur première réaction quand on s?étonne de leur si longue vie commune est de répliquer qu?à l?époque de leur jeunesse, c?était les parents qui décidaient de tout. « Dans ça l?époque là, pas ti éna l?amour. Cotte parents ti mette nou, nou ti bisin tombe là-même. Et puis, quand ou éna responsabilités, ou bisin assumé ziska dans bout. »

Leurs sacrifices portent leurs fruits

Leur histoire commune débute en 1933. Lorsque les Jhuboo accompagnent leur fils pour faire sa demande de mariage en bonne et due forme chez les Sungum à Union Flacq, Rookmeen ne peut s?empêcher de trouver Sookdeho beau. Lui est également sous le charme. « Li ti bien. Li ti paraît ène ti innocente. »

S?ensuit pour Sookdeho une succession d?emplois différents et de déménagements avec sa femme car la famille s?élargit progressivement à douze enfants dont seuls huit sont encore en vie aujourd?hui. « À notre époque, le planning familial n?existait pas. Nou fine passe beaucoup misère pou capav grandi ban zenfants et donne zot l?éducation ».Une fois ses études terminées, Gunshiam, le fils aîné, s?empresse de trouver un emploi pour aider son père à payer la scolarité des plus jeunes.

De son côté, Rookmeen qui sait coudre et broder, prend quelques ouvrages pour des particuliers afin d?arrondir les fins de mois. « Même si nous avons connu des temps difficiles, nous n?avons jamais manqué de nourriture. Et la majorité de nos enfants ont pu terminer leur scolarité. »

Ils disent ne s?être jamais disputés. « Nou fine reste d?accord tout létemps. Jamais ène laguerre, jamais ène de nous une lé quitte lacaze ». Pas même une pointe d?irritation ?

« Kitfois ène marmite tapé coume ça mais c?est tout », déclare Rookmeen en riant. Le dernier emploi de Sookdeho a été celui d?inspecteur sanitaire sur les bateaux de pêche.

Leurs sacrifices ont un jour fini par porter leurs fruits car ils ont pu s?acheter une maison avenue Belle-Rose où ils vivent depuis 32 ans.

Sookdeho n?est pas peu fier d?avoir pu profiter de son congé outre-mer pour emmener Rook-meen en croisière. « C?était merveilleux. Nous avons fait la côte africaine et les ports français », confie-t-il.

Pour pouvoir comptabiliser 70 ans de vie commune, avouent-ils, il faut avoir, certes, « une tonne de patience et surtout le sens du devoir et des responsabilités ». Ils ont su léguer ces vertus à leur benjamin Pradeep qui les a pris, ainsi que sa s?ur handicapée, à sa charge.

Tirer sa révérence après son mari

Comme Sookdeho souffre d?incontinence et qu?il ne peut plus faire de sorties, c?est toujours Pradeep qui tient compagnie à son père quand sa mère part en excursion avec les membres du club de troisième âge qu?elle fréquente.

Après une vie aussi remplie et une si nombreuse descendance ? ils ont 17 petits-enfants et 23 arrière-petits-enfants ? Rookmeen ne souhaite plus qu?une chose, tirer sa révérence après son mari pour que ce dernier ne soit pas un poids pour Pradeep, ni pour personne. Si ce n?est pas de l?amour, cela y ressemble?

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