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Pahlad Ramsurrun ou la soif de connaissance
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Pahlad Ramsurrun ou la soif de connaissance
TELLE une mémoire d?ordinateur réagissant au moindre clic de souris, Pahlad Ramsurrun retrace son parcours. ?Je suis né le 4 octobre 1937 à Amaury, Rivière du Rempart. Tout près de Phooliyar.? L?instant est chargé d?émotion : là s?installèrent les premiers immigrants indiens en 1834. ?Mon père, laboureur sur la propriété St. Antoine, soutenait activement le syndicaliste Hurryparsad Ramnarain. En 1943, il fut blessé à la tête.? C?est lors du septembre où Anjalay et ses compagnons sont abattus par balle à la sucrerie Belle-Vue-Harel.
La famille s?installe ensuite à Brisée-Verdière. Pahlad termine son cycle primaire à l?école anglicane. Fier de ses enseignants, Ghislain Emmanuel et Emmanuel Nokaïdu, le premier devenu Archdeacon of Mauritius. L?apport du modèle à la vie d?un homme est incommensurable ! Pahlad a seize ans quand il termine la sixième. Mais il est inspiré. Il sait qu?il sera un jour un ?gradué?.
Pourtant, il ne fera pas d?études secondaires. Ses parents ne peuvent lui payer les Rs 7 ? pour l?entrée en Form I et encore moins le transport. Quoi faire ? Ses parents sont incapables d?acheter une vache pour qu?il aille vendre du lait et payer son écolage? Ils ne peuvent lui acheter une bicyclette pour qu?il vende du pain avant l?aube et se rende ensuite à l?école? Devant cette absence d?issue, l?enfant fugue.
Pahlad passera une semaine en forêt, à La Nicolière, mangeant des fruits, de la canne à sucre. Il vit en Saddhu. Récite des mantras. Mais il finit par comprendre que ses parents luttent pour le nourrir. Et rentre.
Sa soif de savoir sera désaltérée de façon fortuite. Curieux aussi le déploiement de son apprentissage. Tant les choses se déroulent comme selon un plan plus vaste, hors de sa propre volonté. Un plan qui, assurément, voit l?avenir. ?En 1954, précise-t-il, Dindoyal Bhundun, prêtre de l?Arya Samaj à Vacoas, et Hindi teacher dans les baïtkas et le Social Welfare Centre, cherchait des élèves.?
L?adolescent se fait remarquer par sa ?douceur?. Et se voit offrir, sans l?avoir cherché, des cours de hindi de 20 à 21 heures, un soir par semaine. Alors que les matières apprises jusqu?à la sixième restent en veilleuse. Là commence une trajectoire insoupçonnée. Il réussit sans peine le Parichay, le premier examen, alors que le jour, il peine comme cantonnier aux Travaux publics. ?Je cassais des macadams pour la réfection des routes?, explique-t-il.
Ses tranches de vie sont découpées au scalpel. 1955 fait de lui un sosie de Ram, du Namasté de Marcel Cabon. Au point où il se demande si Cabon ?n?a pas raconté ma propre histoire.? La famille Ramsurrun s?installe à Vallée-des- Prêtres, où elle s?est payé un mouchoir de terre et une maisonnette sous tôle. Laboureur dans les plantations de légumes, le jeune Pahlad est aussi enseignant de hindi dans le baïtka, tout près du temple.
Inattendue et lumineuse, la rencontre avec Sookdeo Bissoondoyal lui ouvre la voie d?un savoir divers. Il suit les cours particuliers jusqu?à la Form III. S?achète une bicyclette, roule dès 5 h 30 vers Ste.-Croix, Riche-Terre, Baie-du-Tombeau, Roche-Bois? pour y vendre du pain. Preuve, s?il le fallait, du pouvoir de la volonté ! De retour à 8 heures, il se rend au Port-Louis High School. Où Pahlad réussira en deux sujets aux examens de la GCE. Il enseigne le hindi dans les écoles primaires, tout en poursuivant ses cours. Le jeune homme est reçu au Senior Cambridge School Certificate et? se marie.
Pahlad Ramsurrun habite Beau-bassin. Il est lauréat d?un concours en hindi, et publie le texte primé, 60 years of Arya Samaj in Mauritius, son premier livre. L?assoiffé du savoir réalise son rêve, celui d?être inscrit à l?université de Delhi pour un B.A. General. Il étudie l?anglais, le hindi, l?Histoire et la Science politique. Au bout du chemin, celui qui n?aura jamais fréquenté un collège secondaire, sera professeur de hindi au prestigieux Collège Royal de Curepipe. Il représentera Maurice à Tashkent en Union soviétique au Young Writers Conference.
Entre-temps, Anand Mulloo l?aura initié à la recherche. Dès son retour, et durant trente ans, toutes ses vacances scolaires, celles d?hiver, comme celles d?été, et tout autant celles de Pâques, seront dédiées aux archives. Faisant de deux cahiers de notes ses trésors les plus précieux. Pahlad Ramsurrun est aujourd?hui l?auteur d?un grand nombre de livres, couvrant différents genres : des contes, l?Histoire de Maurice, des essais littéraires, de la critique, des biographies, de la philosophie, des recherches approfondies sur Gandhi, par exemple. Certains de ses ouvrages sont traduits en allemand. Insigne honneur, trois livres ont récemment été publiés, rendant hommage aux différentes facettes de ses publications.
L?écrivain-éditeur crée en 1988 la revue Indradhanush, L?Arc en Ciel, spécialement pour rectifier les mauvais tirs de la vie. Il mettra en pleine lumière ?des écrivains qu?on a délibérément jetés à la poubelle.? La revue est rédigée en hindi jusqu?en 1999. En l?an 2001, elle se fait l?événement littéraire : l?édition spéciale accouche d?un triplet. Elle se laisse lire, telle La Pierre de Rosette, en trois langues, ici, l?anglais, le français, et le hindi. 2004 verra l?édition dédiée à Aunauth Bheejadhur et Dookhee Gangah.
Par ailleurs, toutes les parutions, de 2000 à ce jour, seront bientôt éditées sous forme de livre. Sans grand bruit, Pahlad Ramsurrun s?occupe de faire traduire Hindu Mauritius du Pandit Atmaram du hindi en anglais. De même, le Namasté et Le Rendez-vous de Lucknow de Marcel Cabon, sont présentement traduits du français au hindi. Sacré pionnier !
Les tranches de vie de Pahlad Ramsurrun sont découpées au scalpel. 1955 fait de lui un sosie de Ram, du ?Namasté? de Marcel Cabon. Au point où il se demande si Cabon ?n?a pas raconté ma propre histoire.?
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