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Où va la culture ?

27 juin 2005, 00:00

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Si la culture s?en va croissant, se banalise, ne fait plus peur, devient à la mode et fait même recette, l?on ne doit pas ignorer qu?il existe toujours des barrières qui éloignent bien des gens de la vie culturelle, en dépit des tentatives de certains d?ouvrir la porte du temple aux non-initiés. Intérêt commercial, appartenance ethnique et religieuse, traditions, politique, illettrisme, chômage, drogue, violence, urbanisme raté, défaillance du système éducatif, sans compter des groupes qui font leur loi? la liste des faits qui freinent l?ambition culturelle pourrait être très longue.

Pourtant les statistiques montrent que de plus en plus de jeunes bénéficient des initiatives culturelles qui n?arrêtent pas de foisonner à Maurice ces dernières années : concerts, expositions de peinture, théâtre, chorégraphie?

Mais quelque part, ce développement culturel n?est-il pas enfermé dans une série de loisirs de masse qui voileraient, ça et là, une vocation à caractère commercial et publicitaire où chacun y trouverait son compte ? l?artiste de grosse pointure qui se déplace pour donner un concert unique ainsi que son organisateur, le chanteur-compositeur qui sort son dernier CD ainsi que son producteur qui voit dans les clips un nouvel espace pro-culture ? Bref, tout le monde est branché. En attendant, le musicien fait de la musique et le peintre de la peinture, mais pas de la culture.

La société de consommation dans laquelle nous évoluons (j?allais dire ?dans laquelle nous nous américanisons?), nous enseigne l?art d?être passifs devant la commercialisation de nos principes d?antan, devenus aujourd?hui désuets. Autour de nous, des post-modernistes autoproclamés qui, au nom de l?innovation, n?ont fait que rhabiller nos vieilles morales. Dans les arts plastiques comme dans la production livresque, combien sont les audacieux qui ont donné naissance à des tentatives avortées. Tantôt c?est un tableau sans regardeur, tantôt un livre sans lecteur. Le public, encore plus friand de publicité, que son maître, apparaît quand arrive la caméra et les photographes, et tourne le dos aussitôt qu?ils disparaissent.

Par ailleurs, la situation, politesse et exigences professionnelles obligent, devient encore plus paradoxale. D?une part, moralement, on n?a plus le droit de contrer la démarche de l?artiste, si aberrante soit son ?uvre. D?autre part, c?est en acceptant l?art dans sa totalité, avec ses défauts et ses génies, que la culture peut retrouver sa dignité. Seulement on ne doit pas oublier que si l?histoire nous a appris la superficialité dans la décision de ce qui relève de la culture ou pas, elle nous a aussi enseigné le ridicule devant l?amalgame qui consiste à tout mettre dans le panier du ?tout culturel?.

La défaite de la pensée sur la culture se médiatise davantage avec l?apogée de la situation politique. Les politiques qui parlent de la culture manquent souvent d?inspiration ? d?où l?antinomie entre culture et institution. Ici, on veut transformer le pays en ?duty-free island?, on promet un ordinateur dans chaque foyer et le transport gratuit aux étudiants ; là-bas, on n?oublie que le nombre de Mauriciens qui ne savent même pas écrire leur nom et lire le prix affiché sur une boîte de conserve au supermarché et les étudiants qui n?ont pas accès à l?éducation tertiaire s?en va en augmentant.

On ne le sait que trop bien : la politique culturelle, dit-on, ne crée pas des chefs-d??uvre. Cependant, le rôle de l?État ne consiste pas à diriger l?Art, mais à le servir. Si la culture s?appauvrit aujourd?hui, c?est parce que l?État ne remplit pas sa fonction qui consiste à accompagner les acteurs et les institutions dans leur engagement culturel. Ou alors, son ambition est investie d?une dose de dogmatisme qui s?accommode du temps de la campagne électorale soutenue par un rythme médiatisé. A force de voir des bulletins de vote aux couleurs communales, on a fini par oublier qu?il existe un peuple mauricien. Pas étonnant que nos ministres de la Culture ont été plus présents dans des fonctions religieuses que culturelles à proprement parler ! Comment alors parler de culture sur le plan national ? A moins peut-être d?être représentatif !

Comprendre la culture, c?est aussi bien cerner son aspect le plus ingrat, c?est-à-dire, son rapport avec la politique. Combien elle aura besoin de cette dernière, elle ne doit pas se soumettre passivement à ses lois. Enfin, s?enfoncer davantage dans ce discours risque d?être politiquement inculturel. Mais en attendant, face à cette vie culturelle éclatée, le combat est toujours à recommencer.

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