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Old recruit
<B>Par Nazim ESOOF</B>
Le nouveau commissaire de police prend ses fonctions dans un contexte où toutes les conditions sont réunies pour qu?il puisse non seulement affirmer son autorité mais aussi donner une nouvelle impulsion aux forces de l?ordre. En effet, l?affaire entourant l?intervention intempestive de la «Voice of Hindu» à l?hôpital Victoria Candos lui offre le prétexte de faire la démonstration d?une action impartiale et hardie. Cela dit, le chantier est vaste et il ne se limite pas au seul cas cité. Dhun Iswar Rampersad peut effectivement en tirer profit mais il ne sera pas jugé sur cela uniquement.
Les maux et les carences de la force policière mauricienne sont connus. Les politiques, lorsqu?ils sont opposants, les dénoncent. Lorsqu?ils sont au pouvoir, ils se retrouvent dans l?engrenage d?un système paralysant. L?écheveau de ce système est le fond du problème justement. Pour les chefs de gouvernement, il n?est souvent question que de trouver une personne avec laquelle ils peuvent, au mieux, s?entendre ou, au pire, qu?ils peuvent manipuler avec facilité. Reste que malgré les efforts, les dysfonctionnements perdurent.
Le ministre de la Justice et leader du Mouvement républicain, Rama Valayden, en dépit de ses déclarations et ses prises de position, éprouve toujours les pires difficultés à mettre en place une police des polices. Si cette initiative est devenue un impératif, c?est qu?on reconnaît que la police souffre d?une double pathologie :la corruption et l?opacité. Et ce n?est pas en supportant le malheur avec courage, «stoïquement», pour reprendre l?expression du nouveau commissaire de police sur les ondes d?une radio privée, que Dhun Iswar Rampersad débarrassera la force policière de ses infections. Les changements devront être radicaux et il faudrait bien plus que de la témérité pour y parvenir. Il faudrait une vision.
Soit le projet d?une police de l?ère moderne. Une police qui ne réfléchit pas avec la seule ornière de la répression. Certes il y a des tentatives d?une police de proximité, d?une police communautaire, mais à ce jour les résultats ne sont pas vraiment probants. Pour que la formule soit efficace, il faudrait une complicité et une confiance entre la police et les citoyens. Lorsque la police semble n?avoir d?yeux qu?accusateurs, comment espérer une collaboration de la population ?
Une population qui ressent directement les effets d?une formation forcenée des futurs agents de l?ordre. Si devenir policier, c?est éliminer une part de l?humanité en soi, ce serait une profession qui mènerait à la folie. Combien sont-ils ces policiers qu?on connaît bien comme amis ou comme proches mais qui ont des doubles personnalités! L?une en uniforme et l?autre dans la sphère de la vie privée. Les policiers méritent mieux. Oter en eux toute velléité de sympathie à l?égard de la population, c?est un processus de déshumanisation auquel on les soumet.
Le commissaire de police ne peut seul donner toute une nouvelle identité à la police. Mais il pourrait commencer par lui apprendre quelques règles de base. Le réflexe élémentaire de la politesse veut qu?on réponde à un «bonjour». Certains s?y refusent, pensant probablement que ce serait une marque de faiblesse, voire une proximité qu?ils ne peuvent accorder aux citoyens qu?ils sont censés protéger.
On ne peut éliminer la violence entièrement dans une profession comme celle de la police. Il y a souvent des bavures et des excès de zèle. Mais lorsque les contre-feux sont inefficaces, voire inexistants, on finit par se laisser gagner par un sentiment d?impunité. Il faudrait tout un nouvel état d?esprit pour se libérer de ces archaïsmes. Un «old recruit» peut-il insuffler cette énergie nécessaire qui engagerait la force policière dans un projet de réforme?
Raj Mudhoo, secrétaire aux Affaires intérieures, annonce dans l?interview de la présente édition, une série de mesures pour professionnaliser et rendre plus scientifique la police. Une police véritablement moderne, c?est le seul mal qu?on peut souhaiter à ce pays.
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