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Nouveau filon pour les géants de l?alimentation

9 mai 2006, 20:00

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Tandis que la quinzaine du commerce équitable, organisée jusqu?au dimanche 14 mai à l?initiative d?une trentaine d?organisations, bat son plein, le gouvernement a décidé de s?en faire le promoteur. Le ministre des PME, du commerce et de l?artisanat, Renaud Dutreil, a présenté en Conseil des ministres un projet de décret créant notamment une commission nationale du commerce équitable (CNCE), qui sera chargée de reconnaître ?les acteurs qui veillent au respect des conditions du commerce équitable?.

Une initiative saluée par le président Jacques Chirac. ?Promouvoir le commerce équitable, c?est réconcilier l?acte de consommation avec la défense des valeurs éthiques et de dignité humaine, valeurs que la France porte dans les enceintes internationales?, a souligné le chef de l?état. Le lendemain, la ministre déléguée au commerce extérieur, Christine Lagarde, s?est rendue dans un hypermarché Carrefour de Melun (Seine-et-Marne), pour vanter les mérites du commerce équitable.

Car, après les grands acteurs de l?industrie agroalimentaire, c?est au tour des géants de la distribution de s?engouffrer dans la voie du commerce ?éthique?. Le café ?éthique?, qui représente 70 % du chiffre d?affaires du commerce équitable, prend de plus en plus de place dans les rayons français. ?Il y a une prise de conscience générale de l?importance de ce marché pour les années à venir, y compris chez les multinationales et les gros distributeurs?, explique Victor Ferreira, directeur de Max Havelaar France, agent certificateur implanté depuis 1992 en France.

Altria, Nestlé, Sara Lee et Procter & Gamble, les quatre géants du café ? ils torréfient la moitié des volumes vendus ? ont tous lancé, ces derniers mois, des produits étiquetés ?équitables? ou ?solidaires?.

Kraft Foods, filiale d?Altria, a élargi sa gamme Jacques Vabre en septembre 2005, avec ?Un café pour agir?. En août 2005, Lavazza avait introduit un café ?Voix de la terre?. Nestlé préfère attendre les premiers résultats de son ?Nescafé Partners Blend?, lancé en octobre 2005 en Grande-Bretagne, et labélisé Max Havelaar, pour s?attaquer au marché hexagonal.

Les marques des distributeurs investissent aussi le terrain. Si Monoprix est engagé depuis 1998, Carrefour annonce pour septembre une gamme baptisée ?Carrefour Agir Solidaire?. Leclerc, qui ne compte pas créer de marque propre, reconnaît un virage récent vers l?équitable. ?Nous avons longtemps hésité avant de nous lancer dans le commerce équitable, mais, aujourd?hui, nous voulons être leader sur ce segment?, souligne Michel-Edouard Leclerc.

Prix de 15 % à 30 % plus élevés

Preuve de la bonne santé du secteur solidaire, les échanges de produits équitables ont progressé de 50 % en France en 2005, pour représenter 250 millions d?euros. Chaque étiquette ?solidaire? ne renvoie cependant pas aux mêmes exigences. ?Il faut creuser derrière l?effet de mode?, résume-t-on chez Alter Eco, marque de produits alimentaires équitables vendus en grandes surfaces.

Nestlé et Monoprix ont par exemple choisi de s?appuyer sur Max Havelaar. Kraft Foods a conclu un partenariat avec l?organisation non gouvernementale Rainforest : elle achètera, d?ici à la fin de l?année, plus de 10 000 tonnes de café vérifié par cet organisme.

La principale différence entre les labels touche à la rémunération des producteurs. Le mécanisme de commerce équitable, tel qu?il est défendu par les pionniers, repose sur un prix minimum garanti (1,21 dollar la livre d?arabica d?Amérique latine), permettant de protéger le producteur des fluctuations des cours du café. S?y ajoute une prime au développement, consacrée à la réalisation de projets collectifs (5 cents par livre). Si le cours vient à dépasser le prix minimal, le premier redevient la référence. Ces prix garantis se répercutent mécaniquement sur les prix de vente dans les rayons. Les tarifs de la gamme équitable sont entre 15 % et 30 % plus élevés.

Pour sa part, Kraft Foods paie les producteurs au prix du marché et ajoute une prime pour projets sociaux, oscillant entre 8 et 12 cents la livre. ?Notre démarche, propre à une économie de marché, s?inscrit davantage sur le long terme. Il s?agit de baisser le coût de revient de la production pour le fermier local?, justifie Pascal Tanchoux, porte-parole de la multinationale en France.

Le café n?est pas le seul produit concerné. Depuis 2002, le chocolatier français Cémoi a diversifié son offre sur un marché très saturé, en revendiquant une garantie ?bioéquitable?. Là encore, la certification ne fait pas l?unanimité. La plate-forme française pour le commerce équitable (PFCE) fait valoir que ce label est inaccessible aux producteurs les plus pauvres, qui n?ont pas les moyens de respecter les critères du label ?bio?.

Ludovic LAMANT © 2006 Le Monde News Service. Distribué par The New York Times Syndicate

CHIFFRES

Parts du marché

■ Le commerce équitable représente en France 0,005 % de la consommation totale des ménages. Les produits qui en sont issus détiennent, suivant les catégories, entre 0,5 % et 1,5 % (c'est le cas du café) du secteur. Chiffre d'affaires. Max Havelaar, qui représente environ 80 % du commerce équitable en France, a réalisé en 2005 un chiffre d'affaires de 120 millions d'euros. A titre de comparaison, les produits de grande consommation (alimentaire, hygiène, beauté, entretien) vendus dans les grandes et moyennes surfaces réalisent en France 65 milliards d'euros. On comptait, en 2005 en France, 165 boutiques spécialisées, contre 800 en Allemagne et 412 aux Pays-Bas.

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