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Nous, îlochtones

21 février 2008, 00:00

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On connaît la Réunionnaise Catherine Boudet davantage pour ses articles scientifiques sur les questions liées à l?identité et à la construction nationale à Maurice. Docteur en Sciences politiques a l?île s?ur, elle cultive aussi un jardin, qui n?est plus secret, ou fleurit de beaux poèmes en vers libres. Résiliences est son premier recueil de poésie, paru chez l?Harmattan dans la collection Poètes des Cinq continents.

Membre de la revue littéraire Point Barre, Catherine Boudet vient de compléter les derniers textes de son second recueil à paraître, Nos éparses, nos Sulfureuses.

«Même si chacun est venu d?ailleurs du fond de toutes races, l?île marque un nouveau commencement en dépit de toute appartenance dite communautaire etc. c?est dans ce sens que je parle ?d?îlochtones? parce que dans cette histoire insulaire il a fallu cautériser les plaies des mémoires et mélanger les racines pour continuer d?exister ensemble dans une commune différence, nous dit Catherine Boudet, c?est aussi pour dire que contrairement à un discours commun, l?identité insulaire n?est pas errance, même si l?exil est inhérent à la condition insulaire, mais qu?elle se développe sur le mode de la pollinisation».

Ainsi florebo quocumque ferar, qui était la devise de la Compagnie des Indes, devenue la devise de La Réunion. Traduction : où que le vent me porte, je fleurirai. «Pour dire que l?identité insulaire, précisément parce qu?elle est venue d?ailleurs avant de commencer quelque chose dans l?île, est porteuse d?une capacité à se réenraciner et à se reféconder ailleurs, malgré et grâce à la part de hasard qui peut intervenir dans les destinées individuelles et collectives.»

Davantage que l?idée de créolité, de métissage, Catherine Boudet préfère parler pour l?identité insulaire contemporaine d?une identité «pollinisée». Car «à l?image du pollen qui se dissémine d?une fleur vers une autre au hasard du vent, elle a la capacité d?aller vers l?autre, de se mélanger à l?autre (?)la pollinisation suggère davantage une dynamique qui reconnaît chez l?autre ce qu?il a de proche et d?accessible (malgré sa possible différence).»

N. S.

Nous, îlochtones, extrait inedit de son second recueil Tous ces visages Venus du fond de toutes races Parlant la même poussière Et le même sourire Du fond de toutes races Venus traînés arrachés Pour féconder l?Île Réinventer l?Eden De gré ou de force Nous îlochtones D?une terre-volcan D?une histoire-volcan Longue plaie cautérisée Par des fers plus vieux Que nos mémoires Galvanisée À ce bouillon commun De nos racines mélangées Île-longaniste île-forge Où réinventer Notre commune différence.

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