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Nous échappons de justesse à tout “fly over” enlaidissant

28 novembre 2006, 20:00

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Nous ne connaissons pas notre bonheur d’avoir pu, pendant le quart de siècle écoulé, échapper à la vue disgracieuse entre toutes d’une passerelle routière aérienne qui aurait enlaidi à jamais l’ensemble architectural, jadis harmonieux, constitué par, les places d’Armes, Labourdonnais, du Quai et du Chien de Plomb et les immeubles les entourant – exception faite de ce pudding au chocolat, particulièrement laid, qu’est l’immeuble de la Banque d’Etat – et qui aurait gâché à jamais le spectacle de la rade du Port Louis, vu de l’Hôtel du gouvernement et de ses abords. Cette vue, pourtant agrémentée, depuis une décennie, par celle du Caudan, ayant rendu le bord de mer aux Portlouisiens ainsi qu’à ceux chérissant le vieil océan, est déjà suffisamment enlaidie quand les aléas du stationnement de navires, en rade du Port Louis, nous imposent le cul surdimensionné d’un paquebot de croisière ou d’un cargo, nous bouchant regrettablement l’horizon.

Nous frémissions encore à l’idée que, dans les coulisses, des décisionnaires, aiguillonnés par des manutentionnaires, rêvent de relier nos Forts William et George ou, pire encore, les Salines, chères à Léoville l’Homme, et la Mer Rouge, par une sorte de Pont Tancarville à la sauce portlouisienne. S’ils ne font pas assaut de clairvoyance et de perspicacité paysagiste et esthétique, nos Charoux, nos Thomasse, nos Constantin, nos Cango, nos Rogers, devront aller planter ailleurs leur chevalet. Si au moins, ils pouvaient les prendre comme conseillers et tenir compte de leur avis, en matière de belles vues et de beaux paysages à ne pas gâcher irrémédiablement.

En 1981, leurs prédécesseurs rêvaient d’une passerelle routière aérienne, enjambant l’ancienne voie ferrée de la gare Victoria à la place de l’Immigration. Fort heureusement pour nous, la Banque mondiale (BM) empêchera l’horrible réalisation d’un tel cauchemar. La raison, mise en avant par les délégués des institutions de Bretton Woods, est d’ailleurs des plus amusantes et peut, aujourd’hui encore, faire sourire plus d’un.

La Banque mondiale fait savoir qu’elle s’oppose autoritairement à toute autoroute surélevée avec “fly over ”, non seulement à cause du coût élevé du projet mais aussi en raison de la baisse du nombre de véhicules entrant dans Port Louis. Même en 1981, année de récession, de dévaluation et de fin de règne ramgoolamien, il n’y a que des techniciens de la BM et du Fonds monétaire international (FMI) pour invoquer un éventuel fléchissement de la circulation automobile pour imposer une décision aussi bénéfique. Ils n’ont pu empêcher l’horreur de l’intra-urbaine mais ont pu retarder d’un quart de siècle celle de tout enjambement routier et indécent par-dessus la rade du Port Louis. De cela nous devons leur savoir gré.

Mais prenons plutôt connaissance de leurs risibles arguments. Ils jugent exagérées les prédictions de Gibbs and Partner concernant la circulation routière au Port Louis de 1977 à 1995 et les réduisent de moitié, passant d’une croissance de 2,52 à une de seulement 1,23. Merci Banque mondiale !

Ils mettent en avant la récession économique battant son plein et la “hausse vertigineuse” des prix des carburants. A les entendre, avec les tarifs pratiqués en 2006, nous devrions recourir aux calèches d’antan et aux squelettiques mules, pour tous nos déplacements. De mémoire d’observateur à l’écoute de la société mauricienne et de motard de la route, c’est la première fois que quelqu’un émet, à Maurice, l’éventualité d’une quelconque hausse, même vertigineuse, des prix des carburants, comme pouvant réduire, même sensiblement, le flot continu de la circulation routière. Tout le monde sait que toute pieuse intention de rouler moins en raison d’une hausse du coût des carburants à la pompe, ne dure que ce que durent les roses, l’espace d’un matin. Autant invoquer la cherté des prix des carburants pour dissuader certains à acquérir une Aston Martin.

Les techniciens de la BM citent des statistiques qu’on espère pas manipulés à dessein : chute dans les importations de véhicules de 3 700 en 1977 à 650 en 1980 ; doublement de la flotte automobile, entre 1970 et 1977, de 25 389 à 50 741 ; les véhicules roulent moins ; les poids lourds consomment 2 120 gallons en 1978 et seulement 1 880 en 1980 ; les chiffres pour les autres véhicules sont, en moyenne, de 450 et 350 gallons ; de 1979 à 1981, le nombre de voitures entrant à Port Louis chute de 16 281 à 14 367 entre 8 et 18 heures, etc.

Je propose qu’on sollicite l’avis de la Banque mondiale avant de décider le moindre futur enjambement routier par-dessus la rade du Port Louis. Qui sait ! Les mêmes erreurs de prévision pourraient de nouveau nous éviter, ainsi qu’à nos enfants et petits-enfants, un tel désastre esthétique.

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