Publicité
Nourrir l?homme ou la voiture ?
La crise alimentaire provoque une onde de choc à travers le monde. La région n?y échappe pas. Les modèles de développement sont remis en question alors que les débats sur l?agriculture redeviennent urgents. En particulier ceux entourant la production d?éthanol, activité qui a pris de l?essor à Maurice, à la Réunion mais aussi à Madagascar.
«Quand le prix du riz flambe de 52 % en deux mois, celui des céréales de 84 % en quatre mois, et quand le prix du fret explose avec celui du pétrole, on précipite deux milliards de personnes sous le seuil de pauvreté. » Ces mots alarmistes sont de Jean Ziegler, rapporteur spécial pour le droit à l?alimentation du Conseil des droits de l?homme de l?Organisation des Nations unies. Pour lui, les cultures vivrières qui sont détournées pour la fabrication des biocarburants est l?une des principales causes de la crise alimentaire.
Selon lui, il y a un choix à faire entre nourrir la planète et remplir les voitures. «Quand on lance, aux États-Unis, grâce à 6 milliards de subventions, une politique de biocarburants qui draine 138 millions de tonnes de maïs hors du marché alimentaire, on jette les bases d?un crime contre l?humanité pour sa propre soif de carburant? »
Ziegler ajoute que quand l?Union européenne décide de faire passer la part des biocarburants à 10 % en 2020, elle reporte en fait le fardeau sur les petites paysanneries africaines, et celles de la région. À Maurice et à La Réunion, dans le sillage de la réforme sucrière, nous avons tout de suite vu la production éthanol comme une source d?énergie à exploiter, un moyen écologique et profitable d?exploiter la canne alors que le prix du sucre diminue.
Aujourd?hui, devant la tournure des événements, l?éthanol est de moins en moins populaire. Nombre d?économistes mesurent les conséquences jugées néfastes de la ruée vers l?éthanol. Sur le marché agricole, les biocarburants créent une concurrence déloyale entre la nourriture des voitures et celle des humains. Résultat : la nouvelle situation met une pression importante sur les prix, augmentant ceux des céréales sur le marché international.
Les chiffres confirment cet état des choses. En un an, le prix du maïs a doublé. Le prix du blé a également atteint son plus haut niveau depuis dix ans, alors que les réserves globales des deux céréales sont les plus basses depuis 25 ans.Selon l?économiste Jeffrey Sachs, pour répondre à la demande de biocarburant, la seule solution possible sera d?augmenter leur production. Ainsi, les agriculteurs devront labourer les espaces vierges, comme les forêts ou les zones arides. Et pendant que les forêts partent en fumée, la production de CO2 augmente.
Pour mieux jauger les effets négatifs des biocarburants, les experts à travers le monde sont de plus en plus nombreux à réclamer un moratoire de cinq ans sur les incitatifs encourageant la production de ces produits. Le Premier ministre britannique Gordon Brown, ainsi que le directeur de l?Organisation des Nations unies pour l?alimentation et l?agriculture (FAO) ont demandé de mesurer l?impact des biocarburants sur les prix alimentaires.
Face aux critiques internationales qui fusent de partout, le Brésil, qui se flatte d?être le second producteur mondial d?éthanol après les États-Unis, riposte : «les Chinois mangent, les Indiens mangent, aujourd?hui les Brésiliens mangent», a lancé le président Lula, en voyage officiel aux Pays-Bas, en expliquant que le nombre croissant de bouches à nourrir était la cause principale de la hausse des prix.
Ceux qui sont pour la culture d?éthanol insistent par ailleurs sur le fait qu?on ne doit pas oublier que les réserves de pétrole ne sont pas éternelles et qu?il faut penser à demain. Le vieux proverbe africain qui dit que «l?homme pense mieux quand il a le ventre plein» donne à réfléchir?.
Publicité
Publicité
Les plus récents