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?Notre survie dépend de celle de la zone franche?
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?Notre survie dépend de celle de la zone franche?
Vous devenez président de la Mauritius Export Processing Zone Association (Mepza) à un moment crucial. L?industrie textile vit ses derniers mois avant le démantèlement de l?accord multifibre. Quel est votre état d?esprit face à cette échéance ?
C?est définitivement un challenge pour moi. L?industrie va connaître un moment difficile et il faudra se serrer les coudes pour y faire face.
Je fais confiance au travail d?équipe avec le gouvernement, et plus particulièrement avec le ministre de tutelle, Sushil Khushiram, pour surmonter ensemble cette épreuve. Cela fait des années que je connais la zone franche. J?ai vu pire. Je suis convaincu que nos travailleurs sauront réagir et se révéler à la hauteur du défi qui nous attend.
Cela fait 33 ans que je travaille dans la zone franche, je ne connais que ça. Et comme moi, tous mes collègues avec qui j?ai fait mes débuts. Ne connaissant que ce métier, nous sommes condamnés à réussir. Nous n?avons pas d?autres choix. La survie de la zone franche, c?est aussi notre survie.
Il n?y a pas que moi. Il y va de la survie de 90 000 autres Mauriciens. Même si certaines entreprises étrangères s?en vont, poussées par leur propre logique, les entreprises à capitaux locaux resteront. Il y aura toujours entre 60 000 et 70 000 emplois dans la zone franche.
Il ne faut pas s?attarder que sur les aspects négatifs et les difficultés. En 1971 déjà, ils étaient nombreux à prédire la disparition de la zone franche. Pourtant, elle est encore là.
Vous dites que vous avez vu pire. Que voulez-vous dire ?
Dans les années 1970, les ouvriers de la zone franche n?avaient pas les mêmes droits qu?aujourd?hui. A l?époque, ce qui comptait le plus, c?était de préserver son emploi, un point c?est tout. Aujourd?hui, les ouvriers de la zone franche connaissent leurs droits et l?attitude des patrons a beaucoup évolué.
Je suis en outre bien placé pour savoir que ceux qui ont commencé ouvrier, comme moi, ont au fil des ans gravi les échelons pour occuper des postes à responsabilité. De nombreux cadres et gestionnaires ont démarré comme ouvrier et ont appris leurs métiers sur le tas.
Outre sa contribution au PIB, qu?est-ce que la zone franche a apporté au pays ?
La zone franche nous a appris des notions telles que la rigueur et la discipline au travail. En ouvrant les Mauriciens sur l?extérieur grâce à l?industrie d?exportation, nous avons appris que personne ne nous doit quoi que ce soit et que notre survie dépend de la rigueur, de la discipline et de la disponibilité au travail.
La zone franche nous a appris que nous ne pouvons pas aspirer à être un pays moderne et développé si tout s?arrête à 16 heures.
Vous parlez de rigueur et de disponibilité. Or, ce sont justement ces qualités qui font défaut et qui justifient le recrutement de la main-d??uvre étrangère?
Les travailleurs mauriciens possèdent ces qualités mais, comme en toute chose, il y a des limites. Le Mauricien a sa famille et sa vie sociale. Le travailleur étranger vient justement compenser le temps que le Mauricien n?est pas disposé à sacrifier. Les travailleurs mauriciens de la zone franche travaillent beaucoup. J?en connais qui gagne jusqu?à Rs 10 000 ou Rs 15 000 par mois. Il ne faut pas croire que la zone franche paie mal. Quand on travaille, on est récompensé.
Si chaque Mauricien partage la même vision de son pays et aspire à un certain niveau de vie, il doit adopter des valeurs comme la rigueur et la disponibilité au travail. Je le répète. Personne ne nous doit rien. Nous n?avons que notre main-d??uvre et notre savoir-faire. Si nous ne sommes pas prêts à des sacrifices, demain, nous n?aurons plus rien.
Seulement, on ne peut continuer à vivre une dichotomie. On ne peut exiger des efforts des ouvriers de la zone franche seulement. Il faut que tout le monde s?y mette. On peut comprendre la frustration d?un ouvrier de la zone franche qui, pendant son heure de déjeuner, va effectuer une démarche administrative. Comment lui demander de bosser dur quand, dans l?administration, il se rend compte que l?on prend les choses de manière décontractée et qu?il n?existe pas la même culture de rigueur.
Pourquoi un ouvrier la zone franche doit-il se contenter d?une demi-heure de pause déjeuner quand, ailleurs, on lui demande de repasser parce que c?est l?heure du déjeuner ? Ce n?est pas possible que l?on doive prendre une demi-journée de congé pour une simple formalité administrative. Il ne peut pas y avoir deux cultures du travail.
Il y a, dans la zone franche, malgré tout ce qu?on annonce comme perte d?emplois, environ 3 000 à 4 000 vacances. Pourquoi ? Parce que la zone franche est perçue comme un secteur exigeant en termes d?éthique du travail. Si ces postes demeurent vacants, c?est qu?il existe une perception que c?est plus relax ailleurs. Cette perception ne doit pas perdurer car cela signifierait que chaque Mauricien n?est pas en train de donner le meilleur de lui-même.
La zone franche souffre certainement d?un déficit en termes d?image. Comment comptez-vous remédier à ce problème ?
Il faut cesser de se focaliser sur les mauvaises nouvelles, les fermetures d?usine et les licenciements. Il faut passer un autre message. La zone franche représente pour beaucoup de gens une occasion de non seulement gagner sa vie, mais aussi d?accéder à une ascension sociale.
Lorsque j?ai démarré ma carrière comme ouvrier dans une taillerie de diamant, je n?avais pas imaginé que je serais propriétaire un jour d?une usine de taille de diamant. Une de mes priorités, en tant que président de la Mepza, est de redonner à la zone franche ses lettres de noblesse et de donner une image différente de ce secteur. On ne dit pas assez que la zone franche a exporté l?année dernière près de 100 millions de t-shirts, malgré toutes les difficultés que nous connaissons. Chaque Mauricien aura donc exporté 100 t-Shirts. Maurice n?a pas d?autre avenir que l?exportation. Je rêve de transformer la Mepza en une Mauritius Exports Association pour la faire évoluer d?une association d?usine de textile en une association regroupant tous les exportateurs. Tous les petits entrepreneurs doivent penser à l?exportation.
La Mepza compte lancer un ?excellence award? pour reconnaître une grande ou petite entreprise qui a réussi. Nous voulons aussi récompenser les employés méritants qui se sont dévoués pour la zone franche.
Il est crucial d?intéresser les jeunes à la zone franche car nous avons une main-d??uvre vieillissante qu?il faut remplacer. C?est un véritable problème.
Votre nomination comme président de la Mepza n?a pas fait l?unanimité. Avec les difficultés à prévoir durant les prochains mois dans le textile et la confection, certains auraient souhaité un président venant du textile justement?
Effectivement. Je ne peux pas dire que je connais le textile. Mais la Mepza ne se résume pas au textile. Mais conscient des défis à venir, j?ai pris soin de constituer un sous-comité pour se pencher spécifiquement sur le problème du textile avec Mookeshwarsing Gopal et Ahmed Parkar. Il y a aussi un autre sous-comité sur le secteur non-textile, comprenant François de Grivel, Maurice Vigier de la Tour et Louis Lai Fat Fur. Ma vision de la Mepza est qu?elle doit être une association qui brasse large. Il ne faut pas réduire la Mepza à une association des usines de textile.
Après une mauvaise année 2003, comment appréhendez-vous 2004 ?
Il faut être honnête et réaliste. Il y aura encore des pertes d?emplois. Comme je l?ai déjà dit, les entreprises étrangères vont peut-être partir mais les entreprises mauriciennes resteront. Elles doivent utiliser au maximum les facilités offertes pour la restructuration de ce secteur. Il ne faut pas s?arrêter aux quelques fermetures à prévoir mais plutôt aider à la survie des autres. Il y a, je pense, un volume suffisant de commandes. Il faudra développer des initiatives pour la réinsertion de ceux qui perdront leur emploi. Il faudra les aider à se recycler et à créer un petit business.
Le problème de la zone franche n?est pas uniquement celui des patrons et des travailleurs de ce secteur. C?est celui de tous les Mauriciens. Il faut que tout le monde se mette au travail pour améliorer la productivité et l?efficience à tous les niveaux.
En parlant de restructuration, le président sortant s?est montré critique par rapport à la Textile Emergency Support Team. Partagez-vous son point de vue ?
Je crois qu?il faut préciser que Mookeshwarsing Gopal, qui est partie prenante de cette initiative, est tout à fait convaincu de son utilité. Il est conscient du travail abattu. Mais comme tous ceux qui sont soucieux de la survie de ce secteur, il a sans doute exprimé le souhait que les choses bougent encore plus vite. Il n?y a rien de négatif à cela. Certes, nous comprenons qu?avant de préconiser des mesures correctives, il faut prendre le temps d?analyser bien les choses pour prescrire le bon remède.
Venant vous-même d?un secteur non textile, comment expliquez-vous que, malgré tous les efforts consentis, la zone franche non textile n?a pas vraiment décollé ?
Il est vrai que c?est surtout le textile et la confection qui dominent la zone franche. Mais, depuis quelques temps, les chiffres démontrent que la bijouterie, par exemple, est en forte progression.
Je pense toutefois que le principal problème vient de la formation. Avec le textile, vous pouvez, en quelques semaines, former un machiniste. Tel n?est pas le cas dans d?autres domaines, comme celui de la bijouterie que je connais bien. Malgré les efforts de l?Industrial and Vocational Training Board, il y a encore beaucoup de choses que les Mauriciens ne savent pas faire. Le manque de formation est le principal obstacle qui empêche les entrepreneurs à investir dans d?autres domaines que le textile.
Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN
?La zone franche nous a appris que nous ne pouvons pas aspirer à être un pays moderne et développé si tout s?arrête à 16 heures. Si les Mauriciens partagent la même vision du pays et aspirent à un certain niveau de vie, ils doivent adopter des valeurs comme la rigueur et la disponibilité au travail.?
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