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Nos soldats tiennent la forme
En tenue complète de militaire d?infanterie, ils ont fière allure la trentaine d?hommes de la compagnie B de la Special Mobile Force (SMF), placés sous le commandement du lieutenant Beeharry. Tout y est : Ie treillis de camouflage kaki, la poche ventrale ceinturant la taille, le fusil pesant environ 14 livres en bandoulière, les « boggies» noirs, cirés de près. Inconscients du crachin qui sévit par intermittence depuis l?aube à Vacoas, ils sautillent sur place comme des boxeurs attendant le gong du combat, ou comme des chevaux trépignant d?impatience dans leur box.
En fait, ce qu?ils attendent, c?est tout simplement le signal du sergent Clifford Alcindor et du caporal Rama Ramana, leurs instructeurs d?éducation physique, pour pouvoir entamer le parcours du combattant, un des exercices les plus rudes à leur programme d?entraînement. Ces deux instructeurs, formés dans les meilleures écoles militaires d?éducation physique d?Europe, ont calqué leurs programmes d?entraînement sur ceux appliqués dans lesdites écoles.
Le parcours du combattant, ce sont 17 obstacles circulairement alignés sur une distance de 425 mètres sur une des plaines de la SMF. Mais avant de l?entamer, ils ont dû accomplir une demi-heure d?échauffement musculaire et cardiorespiratoire et une course de 50 mètres. Dès que retentit le signal tant attendu, les soldats courent s?aligner devant le mur de 10 mètres. Et là, se faisant la courte échelle, ils parviennent sans grande peine à escalader l?érection en béton. Le dernier, plus agile d?entre tous, parvient à se hisser à mi-chemin de l?obstacle. Ses camarades assis à califourchon sur le rebord du mur, le tirent par la main pour l?amener à leur niveau.
En attendant, les autres soldats du régiment sont déjà loin devant, ayant réussi à traverser l?obstacle ?high knee?, structure métallique d?une hauteur de 18 pouces, remplie de fils comme un métier à tisser. Les soldats doivent traverser les interstices sans toucher aux fils. C?est avec aisance qu?ils survolent le fossé qui les attend 25 mètres plus loin. Leurs pas de course les mènent ensuite devant la balance de Tarzan. A l?aide d?une corde retenue par les structures métalliques, ils franchissent le bunker s?ouvrant sous leurs pieds avant de renvoyer la corde à leurs camarades. On n?entend plus alors que les ahans motivés par l?effort. Devant, un soldat exhorte ses semblables à ne pas ?get laparey foto? mais ?get lipie? !
Conseil judicieux car ils doivent affronter le ?step ladder?, rondins montés en escalier. Ils continuent leurs parcours sans faillir. A ce stade, il ne leur reste que quelques épreuves, dont marcher en équilibre sur les barres métalliques à l?horizontale, escalader en solitaire le mur de six mètres, se glisser sous l?obstacle truffé de fils barbelés sans faire un accroc à leur treillis. Ce n?est qu?au moment où ils atteignent la dernière plate-forme que les instructeurs stoppent le chronomètre. Si le temps réglementaire pour un tel parcours est de cinq minutes, les soldats de la SMF l?accomplissent généralement en trois minutes en équipe. En individuel, ils mettent deux minutes et une poignée de secondes.
Critères de recrutement
Dès qu?ils libèrent la plaine, un autre régiment, vêtu de shorts, de t-shirt et de chaussures de sport, s?engage dans un bruyant tug-of-war avec un immense filao bordant la plaine. On est loin de la vision de soldats gras peinant au moindre effort et encore moins obèses. Et pourtant, à la suite d?analyses effectuées par le ministère de la Santé entre février et mars dernier à la mi-journée sur 1104 membres de la SMF, 42% montraient des signes de surpoids et 6% d?obésité. Si la direction de la SMF ne veut pas entrer en polémique avec le ministère, elle se permet d?être d?un autre avis.
Clifford Alcindor et Rama Ramana expliquent d?abord leur mode d?opération. ?Lorsque nous recrutons nos futurs soldats, nous nous basons sur des critères physiques précis. Nous préférons les corpulences larges et fortes et celles à la structure musculaire solide pour qu?elles puissent, après entraînement, accomplir les devoirs de soldats. Ils doivent assurer la sécurité dans l?île, participer aux opérations majeures, notamment celles liées aux désastres et aux sauvetages.?
Pendant les deux mois suivant leur admission, les recrues sont quotidiennement soumises à des exercices physiques de base, destinés à augmenter leur masse musculaire. Après quoi, ils suivent la formation intensive. Ainsi, tous les matins, ils effectuent le parcours du combattant, courent dans les rues, quand ils ne parcourent pas huit kilomètres près de la colline Candos. Dans l?après-midi, outre les cours sur divers sujets dont de défense, ils pratiquent des sports collectifs comme le football, le basket-ball, le handball, le rugby, le hockey et la natation. A la fin du stage de formation qui dure entre six et huit mois, leur masse musculaire a assurément augmenté.
Après confirmation, les recrues doivent s?adapter au programme qui comprend 15 jours d?entraînement intensif et 15 jours de garde. Même durant ces jours de veille, une heure par jour, ils doivent entretenir leur forme par des exercices en plein air et au gymnase. ?Et deux fois l?an, ils sont soumis à des analyses dont celle destinée à calculer la graisse corporelle. Notre programme d?entraînement est alors modifié en fonction des résultats obtenus?, indiquent les instructeurs.
Pour la SMF, il ne fait pas de doute qu?il y a eu mauvaise interprétation des chiffres par le ministère de la Santé. ?Le ministère a fait ses calculs à partir du Body Mass Index. Selon nos manuels de forme physique, cet indice n?est pas précis pour les corpulences spécifiques que nous recherchons lors du recrutement?, disent-ils.
Eux comptent sur d?autres méthodes ?plus fiables? pour déterminer le taux de graisse corporelle, à savoir le poids hydrostatique qui consiste à soustraire le poids pris dans l?eau à celui pris à l?air libre. ?C?est l?examen le plus fiable. Mais il y en a d?autres aussi fiables comme l?appareil destiné à mesurer la peau à des endroits bien distincts connu comme Skin Caliper?.
Masse musculaire
Ce que le ministère nomme surpoids, n?est à leurs yeux que la masse musculaire. ?L?important est que cet excès de poids ne soit pas causé par une augmentation de la graisse corporelle mais par l?augmentation de la masse musculaire qui permet aux soldats d?accomplir leurs tâches. En aucune façon, ce surpoids ne doit être lié à une baisse de forme?.
Ces instructeurs ajoutent que parmi les membres de la SMF ayant participé au dépistage du ministère, il y a les soldats d?expérience qui ne font pas partie des combattants et donc soumis à des exercices moins durs, de même que des civils ? secrétaires, tailleurs, cuisiniers, mécaniciens, dénombrés à 12.4 % de l?échantillonnage et qui eux non plus ne figurent pas parmi les troupes de combat.
De ce fait, les instructeurs d?éducation physique de la SMF n?ont aucunement l?intention de changer leur fusil d?épaule. ?Nous avons nos propres critères et pour nous l?important, c?est la forme. Nous ne travaillons pas d?après la perception?. Voilà qui est dit, na !
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