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Neverland au pays des merveilles
Quand James Barrie lance sa canne à pêche au début du film, c?est le sourire du spectateur qu?il accroche. En tirant un peu plus fort, il attrape un rire d?enfant, retrouvé après des années de cache-cache. La deuxième étoile à droite jusqu?au, c?est le reflet d?une lumière dans les yeux. C?est un quotidien tristounet et fade, soudain rendu merveilleux par une invasion de pirates, sortis tout droit de notre imagination.
C?est aussi le chemin tracé par le film, Neverland, de Marc Forster, qui malgré un classicisme un peu rigide et quelques clichés détonants, vous offre le pays des merveilles à portée de main. Cette fable magnifique est parfaitement contée par le dramaturge James M. Barrie, interprété par le toujours excellent Johnny Depp.
Personnage principal, il n?est pas le narrateur, mais le metteur en scène d?une double histoire. Celle d?un enfant qui a grandi trop vite, et celle d?un adulte qui n?a jamais vraiment grandi. Johnny Depp tragi-comique, oscille intelligemment entre les deux registres, capable d?éclats, lorsqu?il transforme un sage décor anglais, en un fiévreux décor de western, lorsque derrière un visage impassible, presque triste, se cache une grimace ou un déguisement. Il est capable de tristesse, comme ces enfants qui font semblant de ne pas comprendre mais que leur regard trahit. Face à lui, la famille Llewelyn Davies. Sylvia (Kate Winslet) et ses quatre enfants, Georges, Jack Michael et Peter (l?émouvant Freddie Highmore). C?est cette famille en détresse qui va inspirer à James Barrie l?histoire fantastique de Peter Pan, un chef-d??uvre né d?un amour noble. C?est tout simplement beau. Plans parfaits, photographie poétique, il restitue dans les décors, dans les costumes comme dans les esprits l?âme de la noble bourgeoisie artistique anglaise du début du 20e siècle.
Les scènes de jeu avec les enfants sont réalisées avec fantaisie, regard version rêve pour les enfants, version réalité pour les adultes. On passe de l?un à l?autre avec amusement. Le film se réinvente par l?imaginaire, transforme le mélodrame en féerie, aborde les thèmes de la mort, de l?amour interdit, par un tour de passe-passe scénique qui fait rire et pleurer.
La fée clochette va mourir. Pour la sauver, il faut applaudir. Une émotion intense et sensible, dans le contexte de l?histoire. Plus le film avance dans l?histoire et dans la création, plus ces procédés inventifs s?estompent. Manque alors un petit grain de folie. Quand le rideau se referme sur cette magnifique fable, inspirée d?une histoire vraie, le plaisir est immense, (malgré les problèmes de sons de la salle de cinéma) et l?enfance retrouvée. n
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