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Neuf familles à la rue

10 décembre 2006, 00:00

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«Zot inn kraz mo lakaz. Kot mo pou ale ek mo zanfan ? », se lamente Henriette Marie-Louise. Ses trois enfants ob-servent la scène avec curiosité. Le terrain qu?ils squattent depuis trois semaines à la lisière de l?autoroute, à Bois-Marchand, n?a jamais connu pareille effervescence.

En effet, une centaine de policiers comprenant des membres de la force régulière, de la Special Supporting Unit (SSU), de la Divisional Support Unit (DSU), et de la Criminal Investigation Division (CID) du Nord, sont arrivés dans 14 jeeps, vers9 heures hier, pour appliquer un ordre d?expulsion de la Cour.

Neuf maisonnettes en bois et en tôle sont démolies en moins de deux heures, mettant à la rue 50 personnes. Leurs meubles, matelas, lits et autres effets personnels sont rassemblés en un tas. Et tandis que résonne le ronflement de la tronçonneuse sur les poutrelles, des feuilles de tôles s?écrasent dans un grand fracas.

Le bruit attire les voisins. Bientôt, un groupe de personnes se masse près des cases démantibulées. Elles regardent la scène sans piper mot, tandis que les policiers veillent au grain. « Les agents de la CID sont là pour parer à toute éventualité, mais tout se passe dans les règles. Nous ne faisons qu?exécuter les instructions de la Cour.

Ces personnes devront maintenant trouver refuge ailleurs », déclare Ahmad Reshad Delawarally, le chef inspecteur de la Criminal Investigation Division.

<B>Elle galère depuis des années</B>

Karen Flore se mord les lèvres pour ne pas éclater en sanglots en voyant les policiers emporter les feuilles de tôles et les poteaux de bois dans un camion. « Mo mari ek moi nou finn vann dilo ek dimounn ki vine simitier. Nou finn ramasse Rs 2 000 pou aste tol ek diboi pou mont sa lakaz la? » Mère de trois enfants, Karen galère depuis des années pour trouver un logement décent.

Et comme elle n?a pas les moyens de payer un loyer, sa famille a fini par élire domicile près de l?autoroute. « Nou finn pran renseignman ek dimounn ki ress ici. Zot inn dir nou ki nou kapav vini et ki miniss ava ed nou pli tar », raconte-t-elle. C?est aussi ce qu?affirme Henriette Marie-Jeanne, âgée de 26 ans et mère de trois enfants.

L?unité du ministère des Terres et du Logement chargée de surveiller le squatting gardait un ?il sur l?installation illégale de ces gens. Selon les renseignements, d?autres personnes s?apprêtaient à rejoindre le groupe déjà installé. Ignorant les dangers que représente la proximité de l?autoroute, les familles sont venues de Cassis, de Terre-Rouge, ou encore de Baie-du- Tombeau, pour élire domicile sur cette portion de terrain. Les enfants, laissés à eux-mêmes, allaient et venaient comme bon leur semblait entre les bicoques, et certains s?aventuraient même aux abords de la voie rapide.

Asraf Dulull, le ministre des Terres et du Logement a été intransigeant. Cette situation ne pouvait plus durer. « Mes officiers ont rencontré ces squatters à plusieurs reprises pour leur dire de partir car nous aurons besoin de ces terres pour agrandir l?autoroute quand le besoin se fera sentir. Comme le recours au dialogue a échoué, nous avons agi selon les dispositions de la loi. » Et le ministre de rappeler que le squatting est un acte illégal.

« Maurice est un État de droit et les biens de la nation doivent être respectés. Le fait que l?on squatte un terrain de l?État ne fait pas de votre cas une priorité. Il y a des pauvres qui vivent dans la discipline et qui suivent les procédures pour obtenir une maison. »

<B>Se retrouver à la belle étoile</B>

Quoi qu?il en soit, se retrouver à la belle étoile à quinze jours de Noël est triste pour ces familles. Le ministre Dulull concède toutefois que le gouvernement n?a pas agi de gaieté de c?ur. Mais, dit-il, les autorités doivent faire respecter les dispositions de la loi. « Ce n?est pas un critère pour agir comme bon leur semble. Lorsqu?il s?agit d?appliquer la loi, il n?y a pas de bon ni de mauvais timing. »

L?action d?hier marque le coup d?envoi d?un plan d?évacuation des terres de l?État. Les terrains occupés illégalement à l?Est et à l?Ouest du pays, surtout ceux qui se trouvent en bordure des routes, feront l?objet des mêmes mesures.

Le Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups (TFIVG) sera probablement amené à se pencher sur le cas de ces familles. « Il faudra enquêter pour déterminer qui sont ceux qui ont réellement besoin d?aide », précise José Allet, Field Coordinator du TFIVG. L?organisme est prêt à aider les familles en détresse à construire une maison en tôle et en bois, si elles parviennent à convaincre un de leurs proches de leur céder temporairement un lopin de terre.

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