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Nathalie Périchon 2004, une évolution certaine

14 mars 2004, 20:00

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NATHALIE PÉRICHON présente à partir de jeudi, 30 acryliques sur papier à l?Alliance française de Bell-Village, son 5ème solo . Une étape majeure de son parcours pictural, qui met en lumière une troisième période très marquée de son cheminement personnel. Et dont l?intitulé, Le Temps d?un Sourire, qui pourrait sembler anodin, a toute sa valeur signifiante. L?on peut établir avec précision la première étape lumineuse, puis, celle du tunnel ? la plus longue- et enfin, celle d?aujourd?hui, la jeune femme épanouie.

Voilà qui démontre que sa peinture, sous couvert d?un figuratif anecdotique, ne l?est qu?en surface. Il suffit de se remémorer sa production dès sa première prestation, pour s?en persuader. S?il est vrai que son figuratif stylisé aura reproduit, par exemple, des scènes folkloriques locales, tels les marchands de gâteaux à la gare Victoria, ou encore aujourd?hui, des marchandes de légumes, ses compositions recherchées sont autant de thèmes-prétextes qui révèlent l?artiste de l?intérieur.

Sa 1ère exposition en avril 1996 éclairait la jeune fille lumineuse. Sélectionnée alors pour représenter l?île Maurice aux ?Premiers Jeux de la Francophonie?, elle est classée première pour la région Afrique. A 19 ans, elle sera élue deuxième au palmarès mondial. Son prix lui vaudra un séjour de deux semaines au Maroc. Espace éminemment cata-lyseur, parce qu?aventure prométhéenne par excellence.

Voir le Maroc et mourir. C?est le cas de le dire. Mourir à sa manière première, réminiscence avouée du ?maudit?. Elle renaîtra de l?aventure marocaine, son style trouvé, son vocabulaire élargi. Nathalie Périchon naît à elle-même.

Une harmonie chromatique rassemble dans l?espace pictural le répertoire ornemental des multiples motifs marocains. : zelliges excisés, bejmats entrecroisés et gebs, rosaces d?arabesques, entrelacs et étoiles, décors floraux et successions de frises festonnées, des contours de grille en fer forgé, et autres arborescences de fontaines, transposés dans la réalité mauricienne, débordants de fécondité. Nathalie, l??il émerveillé d?enfance, transcrit sa poésie intérieure, en concordance avec l?île magique.

Les trois expositions qui suivent, tout au long d?errances et de transhumances, renouvellent ses signes, enrichis de motifs floraux. Nathalie est sous le signe du voyage et du lieu. Ces prestations rendent plus présente la femme, tout en confirmant l?aspect patchwork de ses compositions. L?amplitude de ses personnages tend vers la totale démesure. Faut-il y voir quelque affinité avec Botéro, ou encore Niki de St. Phalle ?

Sortie du tunnel

Son but, dira Nathalie, est ?de montrer leur beauté?. Mais, ne serait-ce pas plutôt un abri où elle se cache? A décrypter de plus près, la vie et ses problèmes, semblaient, petit-à-petit, avoir raison de son insouciance édénique?

L?acheminant vers une traversée du désert. Une période sombre, malgré les couleurs vives omniprésentes. Le solo d?aujourd?hui transcrit la sortie du tunnel. Et c?est bien la première fois que ses personnages sourient.

?Avant?, voit-elle avec le recul, ?je cherchais quelque chose que je ne trouvais pas. C?était un appel au secours.? On est en présence d?une nouvelle femme. Un changement radical. Ces deux petites filles à la plage, à elles seules, disent cette ouverture nouvelle. Les espaces sont amples. La toile respire.

La souffrance a son apport à cette nouvelle production. Nathalie insère dans ses peintures une tranche de la deuxième période. Qu?elle transcrit par une parenthèse en noir. Embellie et enrichie d?or. Il lui faut sublimer cette plage douloureuse qui aura marqué à jamais son parcours intérieur. Ce qui ajoute une richesse certaine à son style habituel, qui stagnait par une certaine répétition. Sa manière s?en trouve renouvelée. Cette autre face de la médaille l?aura forcée, sans l?avoir cherchée au départ, à réfléchir sur sa problématique, et ainsi, à la rendre plus consciente, surtout. Une évolution certaine.

Tout en transcrivant l?île ma-gique, la fantasmagorie périchonne, au somptueux décor se faisant plus proche du tropical, par le vocabulaire floral et le bestiaire, calligraphie son primitivisme personnel en concordance avec l?émerveillement retrouvé.

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