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N. Boileau frère du pape infaillible Malcolm de Chazal

31 octobre 2006, 00:00

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Nous poursuivons, ce matin, les savoureux et intéressants souvenirs d’Hervé de Sornay sur Malcolm de Chazal (voir l’express d’hier). Jean-Pierre Lenoir l’interroge sur la culture littéraire de l’auteur de Petrusmok. De Sornay plaide l’ignorance. Malcolm se lance, au moment où l’on s’attend le moins, à citer tel ou tel auteur, classique ou inconnu du grand public. Il se souvient d’avoir été émerveillé de l’entendre disserter sur l’Anabase de Xénophon ou encore sur telle ou telle œuvre de Saint-John Perse. “La densité et la substance du verbe malcolmien sont ahurissantes”, assure-t-il.

Autre question intéressante et autre réponse révélatrice de certains aspects instructifs sous-jacents de l’œuvre malcolmienne. Elle concerne le bon usage de la grammaire française, pour plagier Maurice Grévisse. Malcolm avoue choisir pour l’expression de sa pensée des termes et un mode novateurs, lui permettant de sortir de l’ornière du classicisme et du romantisme pour l’incliner vers le surréalisme. Il sait que les plus nombreux le vomiront mais que la minorité l’approuvera. Cela lui suffit.

Au début de sa carrière littéraire, Malcolm ne se montre guère soucieux de se conformer aux règles de la grammaire et de la syntaxe. Pour masquer ses lacunes sur cette voie semée d’écueils et de pièges, il proclame que les contraintes grammaticales et syntaxiques doivent être supprimées parce qu’elle freinent l’essor de la pensée. Il s’autoproclame “libertaire de l’écriture”.

De Sornay, un beau jour, le taquine et lui annonce qu’il est le Boileau de la prose. Malcolm veut en savoir plus à ce sujet. Pour toute réponse, son interlocuteur lui récite les premiers vers de l’Art poétique : -

Maudit soit le premier

dont la verve insensée

Dans les bornes d’un vers

enferme sa pensée

Et, donnant à ses mots

une étroite prison

Voulut avec la rime

enchaîner la raison…

A ces mots, Malcolm ne se sent pas de joie, boit même du petit lait et demande ingénument : “Boileau a-t-il vraiment écrit cela ?” Recevant la réponse la plus positive qui puisse être, il s’écrie : “Bravo ! pour lui. C’est un frère. Il lance l’anathème sur les lois de la prosodie. J’en fais de même pour la prose”.

De Sornay, aussi méticuleux que Maurice Grévisse sur le bon usage de la grammaire – il a formé Serge Courtois, c’est tout dire – concède cependant qu’à force de travail et de lecture, Malcolm améliore graduellement son langage. L’incident démontre aussi la carapace d’orgueil qui ceinture Malcolm. Nul ne peut percer le secret de son âme car il n’y a aucune fissure dans cet égocentrisme forcené ne permettant aucune introspection dans son caractère.

Pour Jean Pierre Lenoir, Malcolm est un aristocrate de la pensée, se contentant d’être apprécié par quelques érudits, surtout s’ils sont étrangers et princesse de surcroît. Il y a un mélange de masochisme intellectuel se transformant graduellement en sadisme littéraire : Vous m’avez fait souffrir avec vos sarcasmes. Je me venge en vous infligeant des propos inaccessibles au grand nombre.

De Sornay partage ce point de vue mais insiste sur notre méconnaissance totale de la planète Malcom qui se refuse à toute exploration. Il cite en exemple la croyance en Dieu. Malcolm croit-il en Dieu ? Il évoque Henri Souchon qui, lors des funérailles de son oncle, se prévaut de sa bible, copieusement soulignée et annotée, pour revendiquer une étroite communion entre Malcolm et son Créateur. De Sornay demeure sceptique et cite Robert Edward Hart qui se laisse séduire par les quatre Evangiles et par tant d’autres textes sacrés mais sans croire à Dieu pour autant.

En bon journaliste, Jean Pierre Lenoir pose la question qui s’impose : “A-t-on marginalisé Malcolm ou s’est-il marginalisé par lui-même ? De Sornay y répond en bon normand : “Il y a un peu des deux !” Il ajoute : “La société fait de Malcolm un bloc monolithique plein d’arêtes blessantes”. Son intelligence et sa vision peu communes des choses l’amènent à ne dialoguer qu’avec lui-même. Ainsi il n’a jamais tort et n’est plus exposé à ceux qui veulent l’enfoncer dans ses erreurs.

De Sornay cite enfin Max Pol Fouchet qui, de Paris, dit beaucoup de bien de Malcolm tout en lui demandant de se “raciniser” afin de rendre son langage plus accessible. Il propose que les plus fidèles parmi les plus fidèles amis de Malcolm défrichent son œuvre qui défie pourtant toute connaissance, pour en extraire les plus belles fleurs et les rassembler dans un seul album mais surpassant tous les autres par sa beauté éblouissante et incomparable. De Sornay rapporte à Malcom ces propos et se fait rabrouer de la sorte : “Allez dire à vos amis parisiens que, dans le domaine qui est le mien, je suis un pape et que l’infaillibilité est l’apanage des papes”.

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