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?Mémoire effacée?
Nous avons nos histoires de loups-garous, touniminui, minisprins, longanis, etc. Sous d?autres cieux, il y a, en plus des croyances folkloriques, des histoires d?objets volants non identifiés, de rencontres avec des extra-terrestres et d?enlèvements par ces mêmes extra-terrestres. Les lecteurs s?intéressant à ces étranges manifestations auront sûrement noté que les témoignages concernant les OVNI apparurent d?abord aux USA, puis en Europe, puis dans certains pays d?Amérique latine, puis finalement en Asie.
Et curieusement, c?est dans cet ordre que la télévision s?implanta dans ces régions du monde. L?Afrique, région économique pauvre et plutôt à la traîne du reste du monde, pour ce qui est du niveau de vie, compte un nombre négligeable de témoignages relatifs aux OVNI, par rapport aux régions précitées.
Cela n?explique pas le cas de Maurice, mais il est possible que les témoignages abondent d?ici quelques années avec l?arrivée de ces nouvelles chaînes pseudo-do-cumentaires que nous offre la télévision par satellite. Alors, lecteurs, lectrices, vous aussi vous y aurez droit : histoires d?apparitions, de disparitions, rencontres, etc., sans compter les histoires de ?voyage par corps astral? ou d??expériences extra temporelles?, le tout mélangé soit à des cro-
yances du terroir, soit à du mysticisme ?New Age.? Vous verrez, lecteurs, lectrices, que ceux et celles qui viendront vous débiter de telles foutaises seront aussi des individus s?imaginant que l?univers tout entier tourne autour de leur petite personne.
Voilà plus ou moins le genre de réflexions qu?inspire Mémoire Effacée, film de Joseph Reuben. Le nom de Julianne Moore a beau être en tête du générique et l?actrice a beau être irréprochable (à son habitude), cela ne change pas grand-chose. Elle incarne une mère inconsolable depuis la disparition de son petit garçon, avec d?autres enfants de son âge, dans un accident d?avion quatorze mois auparavant. Le soutien indéfectible de son mari Jim (Anthony Edwards) et celui d?un psychothérapeute, le docteur Munce (Gary Sinise) n?y font rien : elle se raccroche aux souvenirs de son enfant disparu : jouets, photos, vidéos, etc.
Puis, elle s?aperçoit que le tiroir dans lequel elle avait rangé les jouets de son enfant disparu est vide, que ce dernier n?est plus sur la photo de famille et que la cassette vidéo contient une bande vierge. Il faut voir son désarroi lorsque son mari, puis son psychothérapeute, lui expliquent qu?elle n?a jamais eu d?enfant et qu?elle souffre d?un délire obsessionnel après une fausse couche, il y a une dizaine d?années.
Peu d?instants dans le cinéma d?aujourd?hui ont été aussi poignants d?émotion que le désespoir de personnages incarnés par Julianne Moore et ce n?est pas sa prestation dans ce film qui viendra faire tache sur sa carrière.
D?ailleurs, on pourrait même dire que ces premiers instants du film sont réussis. Ce couple que l?on voit soudé dans la douleur (Anthony Edwards en mari prévenant) paraît on ne peut plus vrai ; on sent peser sur eux la disparition de leur l?enfant sans qu?un mot à ce sujet ne soit prononcé. Et, au moment où vient s?insérer le doute, on ne sait pas encore si ce qu?on prenait jusque-là pour un drame intimiste s?avérera être un thriller psychologique ou un thriller métaphysique. Ce qui, dans les deux cas, laisse entrevoir bien des possibilités.
Arrivé à ce point, il faudrait révéler aux lecteurs que le paragraphe d?introduction était aussi un paragraphe de tergiversation, tant il était embarrassant d?entrer dans le vif du sujet. Ceux et celles qui ont l?intention d?aller voir Mémoire Effacée feraient mieux d?arrêter ici leur lecture, il est impossible de faire des commentaires sur ce film sans en révéler la surprise?
Et, celle-ci finit par s?avérer décevante. Mémoire Effacée choisit la voie du thriller fantastique et ce n?est pas le choix en lui-même qui déçoit, mais le traitement.
Bouleversée par ce que lui affirment son mari et son médecin, Julianne Moore s?en va trouver Ash Correll (Dominic West), un autre parent d?enfant disparu lors du même accident d?avion. Elle l?avait rencontré lors de la cérémonie en la mémoire des enfants, mais il ne se souvient pas d?elle. Il ne se souvient pas non plus de sa petite fille morte (depuis, il est devenu alcoolique) et il la croit folle à lier.
Après l?avoir laissée passer la nuit chez lui, il appelle la police et deux policiers arrivent accompa-gnés de deux agents des services secrets. C?est au moment où ils embarquent Julianne Moore qu?il se souvient de sa fille et ensemble, ils s?enfuient.
Dans le film, Telly (Julianne Moore) est censée être éditrice ; belle profession mais qui a priori ne laisse pas beaucoup de temps à la pratique du sport. Pourtant, elle arrive à distancer et à semer deux agents des services secrets qu?on aurait pourtant cru rompus à ce genre d?activité. Un peu plus tard, lorsque Correll et Telly se retrouvent après avoir été séparés, celle-ci arrive à la conclusion que toute cette histoire est un vaste complot dans lequel sont impliqués une compagnie aérienne, les parents d?une douzaine d?enfants, le gouvernement américain, les agents fédéraux et le New York Times.
Tirant les ficelles du complot, il y aurait selon elle, les extra-terrestres. Comment est-elle arrivée à une telle conclusion ? L?intuition, tout simplement. Une maman sait ces choses-là, et le public est censé savoir qu?elle est dans le vrai parce que, lors d?une séquence peu de temps avant, le film nous a montré un nuage prenant brièvement la forme d?une soucoupe volante.
Voilà qui est subtil ; et ce n?est pas tout : alors que les fugitifs sont recherchés par les autorités, une commissaire de police croit à cette histoire d?enlèvement d?enfants et finit même par croire que des extra-terrestres seraient dans le coup. Pourquoi ? Parce qu?elle est elle aussi, une maman ; tout aussi simplement.
Présentant de tels arguments, le récit perd d?emblée toute crédibi-lité. Il y aurait eu malgré tout du bonheur à en tirer, si on nous avait offert un suspense prenant et angoissant, par le simple fait d?être bien mené. Ce qui n?est pas le cas : une demi-heure à peu près d?une enquête faite de raccourcis douteux et entrecoupée de poursuites, avec du fantastique qu?on pourrait qualifier comme étant ?de consommation courante.?
Comme dans les pires séries B, l?explication finale se fait dans un vaste hangar désert, avec un long discours du méchant pour nous expliquer le pourquoi de toute cette histoire : les extra-terrestres voulaient savoir s?il était possible d?effacer les liens affectifs chez les humains. Pire qu?une faiblesse, ce discours est une nécessité, car autrement, cette histoire n?a ni queue ni tête.
Pourtant, ce discours n?explique pas le pourquoi d?une expérience aussi stupide par des êtres doués d?une intelligence supérieure. Cela dit, Mémoire Effacée parvient quand même à faire sursauter le spectateur en deux occasions : une collision qui survient à un moment où on s?y attend le moins, et l?ascension presque biblique mais peu élégante d?une commissaire de police. Mais c?est peu pour un film d?une heure et demie ? dont on effacera d?ailleurs volontiers le souvenir.
<I>? On ne sait pas encore si ce qu?on prenait jusque-là pour un drame intimiste s?avérera être un thriller psychologique ou un thriller métaphysique.?
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