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Médecins... malgré eux ?
par Raj JUGERNAUTH
«Définitivement il y a des médecins qui n?ont pas la moyenne, et quand on n?a pas le niveau minimum requis, on ne peut pas exercer comme médecin. Il n?y a pas beaucoup, mais il y a de tels médecins dans nos hôpitaux.»
Ces propos sortent de la bouche du Dr Ashok Kumar Raghubur, et ils font peur. Président du syndicat des médecins, la Medical and Health Officers Association, avec envi- ron 20 ans d?expérience comme généraliste dans nos hôpitaux, le Dr Raghubur sait de quoi il parle.
Des médecins pas assez qualifiés et qui travaillent quand même dans nos hôpitaux ? Comment est-ce possible ?
À cette interrogation, le Dr Raghubur a une seule réponse : «De l?ingérence venant de très haut.» Vient-elle du ministère de la Santé ? à cette question, le Dr Raghubur se contente de répéter «elle vient de très haut».
Devant notre incrédulité le président du syndicat s?explique. «Quand un médecin arrive à Maurice avec ses diplômes, il doit passer par une année d?internat avant de pouvoir exercer. Il est suivi et guidé par un consultant qui, s?il est satisfait de la performance du médecin interne placé sous sa responsabilité, délivre un completion certificate et l?interne peut alors exercer. Mais, souvent, le consultant n?est pas satisfait de la performance de l?interne et demande un prolongement de la période d?internat. C?est à ce moment qu?il y a ingérence venant de très haut pour que le completion certificate soit délivré malgré tout.»
Les médecins qui n?ont pas la moyenne passent ainsi à travers les mailles du filet.
Mais, dit-on dans les milieux de la santé publique, il y a pire. Des personnes arrivent à acheter des diplômes de médecins dans certains pays de l?Est, ou alors elles se font médecins sans avoir étudié les matières scientifiques au niveau secondaire d?études ou sont sans HSC ou GCE A level.
«Avec ene senior craz craze, sans chimie, physique, biologie, mais avec le français et la littérature, et sans HSC zotte appranne docter et zotte vini avec ene diplom docter.» Le Dr Uday Shanker Ramjutun, président du Medical Council (Ordre des médecins), confirme. Et il nous explique qu?il y a pire. Il parle de faux diplôme de médecin. «Il n?y a pas longtemps, une dame s?est présentée avec un diplôme complet d?une université d?un pays de l?Est. Cette université est reconnue par le Medical Council et se trouve sur notre liste. L?enregistrement de ce médecin ne devait pas poser de problème. Cependant, lors d?une entrevue, elle nous a déclaré qu?elle a pu compléter ses études en moins de temps qu?il ne faut. Cela nous a mis la puce à l?oreille et nous avons remué ciel et terre pour obtenir une communication avec cette université qui nous a informés qu?elle n?a jamais octroyé de diplôme de médecin à la dame en question. L?université a précisé que la personne en question n?a complété que trois années d?études et n?a pas terminé ses études. La personne avait, on ne sait par quel moyen, pu obtenir ce diplôme authentique par des moyens que nous ne connaissons toujours pas.»
Le diplôme en question aurait été probablement acheté auprès de cette université qui se trouve dans un des pays de l?Est. Les universités de ces pays seraient très friandes de devises. Selon les procédures en vigueur, le Medical Council doit accorder son enregistrement à ce faux médecin, une ex-infirmière, et elle aurait intégré le service médical sans problème. «C?est pour cette raison que le Medical Council se bat pour obtenir la possibilité d?organiser des examens avant d?enregistrer un médecin. Nous nous battons aussi pour que nous ayons un droit de regard sur les qualifications de base de ceux qui partent pour étudier la médecine.»
Le ministère de la Santé, qui avait montré une certaine volonté pour donner au Medical Council cette prérogative, semble avoir oublié le dossier dans un tiroir. Des recoupements d?information indiquent qu?un très haut fonctionnaire à ce ministère n?est pas très chaud pour faire avancer ce dossier tant qu?un des membres de sa famille n?aura pas complété ses études dans une de ces institutions médicales dont le niveau laisse à désirer.
Médecin avec un «senior craz craze»
Et il n?y a pas que dans les pays de l?Est qu?on octroie des diplômes de médecin de qualité douteuse. Le Dr Raghubur, exprimant une opinion personnelle, dira qu?il estime que les études médicales faites au SSR Medical College de Belle-Rive ne sont pas satisfaisantes. «Le nombre de patients qu?ils arrivent à voir pendant leurs études n?est pas suffisant et c?est là une opinion personnelle que j?exprime.»
Devant cette situation, tout le monde se désole que le Medical Council ait été réduit à un bouledogue sans dents par l?ancien ministre de la Santé, Ashock Jugnauth. Et que le nouveau ministre de la Santé, Satish Faugoo, semble vouloir suivre la trace d?Ashock Jugnauth.
«Il est important que le Medical Council ait les moyens de s?assurer que les médecins qui pratiquent à Maurice, répondent à certains critères afin que la population mauricienne soit protégée et que les soins dispensés soient de qualité internationale», dit Françis Supprayen, président de la Nursing Association, syndicat des infirmiers. Et le syndicaliste de signaler que le Nursing Council est très rigoureux en ce qui concerne la qualification des infirmiers formés à Maurice ou venant de l?étranger. «Pour les infirmiers formés par un pays autre que la Grande-Bretagne, les diplômes sont évalués par un equivalence council qui a pour objectif de s?assurer que les cours suivis et la formation pratique sont de haut niveau», dit Francis Supprayen.
Or, ce que fait le Nursing Council pour le contrôle des diplômes des infirmiers, le Medical Council ne peut pas le faire pour les médecins. «Du moment qu?une personne se présente avec un diplôme octroyé par une université se trouvant sur la liste des universités agréées par le Medical Council, nous devons l?enregistrer.» Le Medical Council a récemment échoué dans sa tentative de prolonger l?internat des médecins nouvellement enregistrés et dont la performance laissait à désirer.
Parmi se trouvent des médecins qui ont obtenu leurs diplômes de médecin avec un «senior craz crazé» comme qualification de base et sans aucune étude scientifique. De quoi donner froid au dos à tout le monde.
«Il ne nous reste plus qu?à nous adresser au Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui est médecin de formation. Nous espérons qu?il saura nous écouter et prendre les bonnes décisions», affirme le Dr Uday Shanker Ramjutun?
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