Publicité

Mort de l?école catholique

22 décembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>- Appalling</B>

Bernard Levine écrivait dans le Times que la performance du Privy Council en matière des droits de l?homme était catastrophique (appalling). Que dirait-il s?il avait connu l?affaire Tengur ?

Les écoles catholiques ont perdu le droit de choisir un seul élève en raison de sa foi. Pour être admis, il faut tirer un bon numéro à la loterie du CPE ? cette monstrueuse machine pour massacrer Mozart en masse. Seuls y gagnent les pauvres petits êtres qu?on bourre de leçons particulières comme on truffe une dinde pour Noël. Qu?importe si du même coup, on les ampute de la dimension du rêve et du jeu et qu?on en fasse des mutilés tout juste bons à fournir de nouveaux troupeaux de politiciens.

Comme aux jours les plus sombres d?Henry VIII le Privy Council décrète que les catholiques n?ont pas le droit d?avoir des droits : ils sont objets légitimes de persécution. La décision les dépouille de leur raison d?être ; elle arrache leur âme. Hier bien vivantes, elles ne seront demain que des zombies. Le Privy Council les condamne à mort. Dire que lorsque j?étais ministre de la Justice, j?avais aboli la peine de mort!

<B>- L?accord entre l?Eglise et l?Etat</B>

Lorsque l?Etat imposa unilatéralement l?éducation gratuite, il y eut de longues tractations pour définir les relations entre l?Eglise et l?Etat sous le nouveau régime. L?accord finalement conclu prévoyait entre autres choses que :

a) L?Eglise qui possédait des bâtiments valant des centaines de millions donnerait gratuitement la jouissance de ses biens à l?Etat.

b) En maigre contrepartie de cette insurpassable générosité, l?Etat reconnaîtrait à l?Eglise le droit de choisir 50 % des élèves admis dans ses écoles.

<B>- L?honneur en jeu</B>

Cet accord engageait l?honneur des deux parties. L?honneur de l?Eglise voulait qu?elle accorde à l?Etat les bâtiments construits grâce à l?argent des chrétiens riches et plus encore grâce au sacrifice des chrétiens pauvres. L?honneur de l?Etat voulait qu?il protège le droit de l?Eglise de choisir 50 % de ses élèves.

L?Eglise a tenu parole. L?Etat a fait bon marché de son honneur. Rappelez-vous Picrochole, le matamore burlesque de Rabelais ? Dans l?agression Picrocholine déclenchée par Monsieur Tengur, l?Etat a choisi le rôle du traître qui aide à massacrer son allié. Perfectionnant le truc de Ponce Pilate, il ne s?est pas contenté d?une cuvette pour se laver les mains : il a trouvé plus hygiénique de se vautrer dans la mare.

- Locus standi ? Connais pas

Le plus curieux dans cette affaire c?est que Monsieur Tengur n?a pas demandé une place pour sa fille dans une école catholique. Cela étant, quel intérêt a-t-il à contester les critères d?admission ? Selon l?express, il se serait autoproclamé Avocat Général de l?enfant mauricien. Toute notre jurisprudence déclare que cette usurpation est illégale.

Cela est aussi clair que 2 + 2 font 4.

En jargon juridique, Monsieur Tengur n?avait pas de locus standi.

- C?est quoi 2 + 2 ?

George Orwell parle de la tradition secrète qui dans un monde où le mensonge est roi, maintient que 2 + 2 font 4. Le Privy Council devra expliquer par quel mystère de la nouvelle arithmétique 2 + 2 feront n?importe quoi ou son contraire.

Ce n?est pas étonnant que les nobles et savantes Seigneuries qui ont pris une heure pour trancher la question auront besoin de plus de 50 jours pour expliquer l?ukase selon lequel les écoles créées par les chrétiens sont interdites aux élèves chrétiens.

Loin de moi l?idée de comparer ce procédé à celui de la Reine Rouge qui dans Alice au Pays des Merveilles exigeait qu?on condamne d?abord et qu?on juge ensuite !

- L?Etat squatter

La décision ne se borne pas à exclure toute solution juste : elle pose un nouveau problème. En reconnaissant à l?Etat le droit de renier sa parole, il abolit l?accord conclu entre l?Etat et l?Eglise. Puisque l?Etat n?est plus tenu envers l?Eglise, l?Eglise n?est pas tenue envers l?Etat. Elle n?a plus l?obligation de prêter gratuitement ses immeubles à un squatter. Il s?agit donc de déterminer quel loyer l?Etat doit payer pour utiliser des bâtiments et des terrains qui ne lui appartiennent pas.

Maurice RAULT

Publicité