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Morne comme le temps
Surtout ne pas s?arrêter à cette petite pluie traîtresse si caractéristique de la région. Elle ne décourage pas les petites vieilles qui marchent avec beaucoup de difficulté. Appuyées sur des jambes branlantes ou des béquilles, pas une plainte ne leur échappe sur la voie jusque l?isoloir.
Curepipe est une ville à cycles. Après des débuts léthargiques, elle s?éveille à 10 heures. C?est en famille que l?on vient accomplir son devoir civique. Vingt minutes auparavant, Geneviève Bérenger, la mère du Premier ministre, dite ?marraine,? vient tracer ses trois croix au Forest Side (Girls) SSS. D?un air dépité, elle montre son tailleur gris taché sur le côté droit. ?Je ne sais pas où je me suis fait cela,? dit-elle aux proches qui l?accompagnent. Petit souci vite oublié en échangeant des nouvelles avec ses connaissances.
À 10 heures 30, du côté de James Toolsy Government School, Mireille Martin échappe un instant à l??il vigilant de ses cousins. Pour assurer sa protection, ils ont équipé la candidate d?un talkie-walkie qui grésille à chacun de ses mouvements. Elle est la première à sourire de cette surveillance rapprochée.
Entre ses mains l?objet ressemble à un jouet. Ses tennis bleus, son jean et son haut neutre lui donnent d?ailleurs un faux air d?étudiante. La candidate est tout sauf désinvolte en parlant de ces nombreux électeurs ?qui habitent la région depuis longtemps, mais qui ne trouvent pas leur nom sur le registre?.
Du coeur à l?ouvrage
L?inspecteur Hector Tuyau, lui, a délaissé les attributions de l?Adsu pour assurer l?ordre à l?école de Wooton. ?Zot pou gagn lamerdman,? crie-t-il sans ménagement aux agents travaillistes qui, circulant à bord d?une voiture, ne respectent pas la limite des 200 mètres.
Alors que le centre de Curepipe et ses principales artères baignent dans une ambiance bon enfant, Midlands arbore déjà des airs de fête. Sur l?air de Sanz toi de Mighty Jah, qui tourne en boucle, la table occupée par les activistes travaillistes se fait la plus remarquée.
La cadence s?accélère après le déjeuner pour se stabiliser jusqu?à la fermeture des 11 bureaux de vote du No. 17, Curepipe - Midlands. À 16 heures 20, Rajni Lallah, candidate de Lalit fait sa tournée à l?école du gouvernement de Robinson Road. Avec un sourire cynique, elle assiste à une prise de bec entre partisans mauves. Ils s?engueulent pour une banale histoire de ?bouz loto.?
La fatigue est là. Juste sous la surface de l?effervescence, artificiellement alimentée par les sonos réglées à fond. Plantées côte à côte, les mauves se donnent du c?ur à l?ouvrage à coup de Soldat lalit militant. À 50 cm : les haut-parleurs diffusent le Bizin sanzman de Zul Ramiah. Au final : un tohu-bohu abrutissant pour des tympans moyens.
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