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Mon père, ce héros...
Elle s?est assise sur le banc de pierre, un peu courbée, les deux mains appuyées sur une canne imaginaire, et c?est soudain François Mitterrand que l?on voit à travers elle. Mazarine Pingeot imite son père. ?Papa? en train de caresser les arbres; ?papa? la recevant pour déjeuner dans la cuisine de l?Elysée ; ?papa? faisant le petit train autour de la table du salon, avec une ribambelle d?enfants. Les traits sont les mêmes. Les gestes semblables. Elle a dû beaucoup l?observer, ce père qui l?a si longtemps cachée aux Français.
Devant la caméra d?Anspach, la fille de l?ancien président (dont le compagnon, Mohamed Ulad-Mohand, a coproduit ce documentaire intitulé Le Secret et diffusé dans ?Passé sous silence?,) raconte sa version personnelle de la clandestinité.
La voici en écolière, comprenant que toute la classe se fait passer de table en table un mot révélant qu?elle est la fille du président. Voici ses amies d?enfance, impressionnées par les week-ends familiaux à Souzy-la-Briche, la résidence privée des chefs d?Etat. Puis Robert Badinter contresignant devant notaire, ce 25 janvier 1984, l?acte par lequel Mitterrand reconnaît enfin légalement sa fille. ?Tu avais 9 ans?, rappelle l?ancien garde des sceaux. ?Je n?ai pas très bien su pourquoi il s?était enfin décidé, mais aujourd?hui, je pense que c?est peut-être lié à sa maladie.?
André Rousselet, exécuteur testamentaire de l?ancien chef de l?Etat, explique, dans une scène qui tient du vaudeville, comment il a appris la nouvelle. ?Je savais déjà, mais officiellement, j?ai été informé entre les deux tours de la présidentielle, en 1981. Ton grand-père maternel Pingeot m?avait invité à déjeuner chez lui. Lorsque je suis arrivé, ton père, qui faisait pourtant les cent pas devant la porte, a feint la surprise : ?Ah, André Rousselet, vous êtes donc là ?? Puis, il m?a pris par le bras : ?Ecoutez, il faut que je vous dise : j?ai une fille.? Je mime l?étonnement parce qu?il fallait toujours jouer celui qui n?était pas encore au courant : ?Ah, bon ?? Il a alors ouvert une porte et là, il y avait quatre enfants qui jouaient. A ce moment, j?ai dit cette phrase qui n?a pas dû lui plaire : ?Mais ce n?est pas une fille, c?est un lot !? Evidemment, l?effet de cette phrase n?était pas merveilleux...?
De la mise à disposition de l?appareil d?Etat pour protéger la double vie mitterrandienne, des écoutes téléphoniques déclenchées en partie pour préserver le secret de son existence, Mazarine Pingeot ne dit pas un mot. Comme elle évoque peu sa mère, Anne, qui reste la personnalité la plus mystérieuse de cette incroyable histoire. Du coup, c?est moins la construction du secret par un homme de pouvoir qui apparaît que l?effet que ce secret a eu sur sa fille. ?Je lui demandais s?il préférait la France ou moi, et il ne me répondait pas...?, dit-elle.
Des extraits d?un petit film amateur achèvent de montrer l?héritage psychologique laissé par ce patriarche séduisant et terrible.
Raphaëlle BACQUÉ © 2005 Le Monde News Service- Distribué par The New York Times Syndicate
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