Publicité
MMM : autopsie d?une défaite
Les trois intervenants sont unanimes : le MMM est désormais un parti politique qui a presque totalement rompu avec son passé. Les structures, le leadership, la prise de décision au sein du parti ont connu de profondes mutations. « Le déclin du MMM a commencé un peu après 1980. À partir du moment où il a cessé d?être un mouvement politique pour devenir un parti politique se dissociant des grands principes qui constituaient son essence et sa justification : le combat contre le communalisme, le grand capital et un engagement en faveur des défavorisés », argumente l?avocat Rex Stephen.
Mais le MMM parvient néanmoins à conserver son électorat. « De 1993 à 2000, à chaque fois qu?il a été au pouvoir, son électorat a pensé qu?il n?avait pas les coudées franches pour réaliser ce qu?il voulait faire. Mais en 2000, après 35 ans d?attente, c?est la désillusion totale. Bérenger refuse de rencontrer les syndicats durant les tripartites. Il va adopter un comportement contraire à tout ce qu?il avait symbolisé tout ce temps », remarque le sociologue Malenn Oodiah. Le divorce entre Bérenger et l?électorat de son parti est alors pleinement entamé. « L?électorat type du MMM n?a pas vu d?amélioration dans sa vie quotidienne durant ce mandat », précise l?universitaire Shafick Osman.
Mais le bilan du MMM durant ces cinq dernières années n?est certainement pas nul. Des projets importants ont été initiés, des secteurs économiques développés. Le désaveu du MMM s?explique peut-être alors par le fait que l?électeur n?a pas compris ce que le parti a accompli. « Il y a de bonnes choses que le régime a mis en place, mais il n?a pas communiqué de manière efficace. La communication du MMM vient de Bérenger. Et il le fait seul. Les responsables du MMM n?ont jamais saisi les changements qu?il fallait apporter à sa communication et son marketing politique », pense l?universitaire.
« Le vrai problème de fond du MMM demeure son positionnement idéologique. »
Mais c?est peut-être la communication et le débat contradictoire au sein même du parti qui ont été déficitaires. Entraînant ainsi l?aliénation de bon nombre de sympathisants de la première heure. Le débat au sein du bureau politique, du comité central et des régionales a cédé la place à une ligne de parti et à une stratégie dictée quasi-exclusivement par Bérenger. « On a l?impression que le parti est la propriété privée de son leader », juge Rex Stephen.
Et si l?électorat avait changé, les aspirations d?hier devenant obsolètes aujourd?hui ? « À partir de 83, avec les années de boom, la communication du MMM est restée la même. Pendant tout ce temps, le parti a trouvé qu?il n?y avait pas de progrès alors même que la révolution vidéo était en cours, par exemple. De 1990 à 2000, le MMM est resté dans un jeu d?alliance arithmétique pour rester au pouvoir. Il fallait simplement s?allier à l?un des deux grands partis pour rester au pouvoir. Bérenger le fera en 1990, 1995 et 2000. Quand Bérenger dit que son électorat est fatigué et abasourdi par la défaite de juillet, il oublie aussi de dire que le MMM n?avait pas perdu une seule élection générale depuis 1987 ! », explique le sociologue.
Le leader du MMM semble porter une grande part de responsabilité dans la déchéance de son parti. Les intervenants analysent les « faux pas » de Paul Bérenger. « L?alliance sociale a joué sur la personnalité de Bérenger à fond. Il en a fait un argument de campagne, une frange de l?électorat y est très sensible. Pour les élections municipales, Bérenger est venu dire qu?elles avaient une portée nationale alors qu?il vient de perdre les élections générales. Quand il vient dire que l?électorat a voté sur des bases communales, c?est étonnant, car c?est justement cette politique que Bérenger a toujours pratiquée », explique Shafick Osman.
Le MMM est dans le creux d?une vague et affirme qu?une restructuration du parti le guidera. En tout cas, le parti semble difficilement regarder l?avenir sans Bérenger : « Pour l?heure, le MMM, c?est Bérenger et Bérenger, c?est le MMM. Mais il y a une dimension cyclique dans notre système politique. Le Parti travailliste était à son plus bas niveau il y a quelques années après avoir été très populaire. Anerood Jugnauth avait osé dire qu?il était bon pour la poubelle de l?histoire », rappelle Rex Stephen. Avis partagé par Malenn Oodiah : « Il est prématuré de parler de fin. Mais je considère néanmoins que le pire est peut-être à venir. Le vrai problème de fond du MMM demeure son positionnement idéologique. Ce sera avant tout un problème d?hommes. Il s?agira de savoir comment le parti compte se réinventer », prévient Malenn Oodiah.
<B>« Le renouvellement doit se faire sans Bérenger »
Shafick Osman estime également que l?avenir semble sombre. L?image du leader a été sérieusement écornée. « Il faudra avant tout changer de direction. Pour être efficace, le renouvellement doit se faire sans Bérenger. Mais on ne voit dans l?immédiat, personne qui puisse incarner un tel changement. Qui dit réorganisation dit aussi financement ! Le MMM disposera-t-il des mêmes ressources si Bérenger se retire ? La question va se poser », commente l?universitaire.
Un nouveau paysage politique semble donc se dessiner avec un MMM affaibli ? De quoi faire penser à une éventuelle hégémonie du Parti travailliste dans la vie politique. Rex Stephen préfère être prudent. « Nous sommes dans une période d?euphorie. On a le sentiment que le peuple est derrière le gouvernement. Mais rappelons-nous qu?après le 60-0 des élections de 1982, personne n?avait prévu l?éclatement 9 mois après ! »
Shafick Osman est résolument optimiste : « Navin Ramgoolam est désormais crédible, reconnu et il a mûri. Il est le maître du jeu jusqu?à 2010 au moins. C?est un long règne qui s?annonce. De surcroît, il est entouré d?une équipe qui le conseille efficacement et qu?il écoute. » Mais Malenn Oodiah partage plutôt la circonspection de Rex Stephen. Selon lui, rien ne permet de dire que des fissures ou conflits ne finiront pas par apparaître entre les cinq partenaires de l?Alliance sociale et le Parti travailliste. Ce qui paraît certain pour le sociologue, toutefois, c?est que Paul Bérenger « ne sera plus jamais Premier ministre. L?avantage de Ramgoolam, c?est qu?en face, le seul premierministrable est Pravind Jugnauth, un non-élu laminé aux élections ! »
Et si l?hégémonie du Parti travailliste encourageait l?émergence d?un nouveau grand parti ? Nos interlocuteurs accordent peu de foi à un tel scénario. Pour Rex Stephen, les permutations entre les différents partis sont tellement larges que toute 3e force semble impossible ? avis que partage Malenn Oodiah. Cette troisième force pourrait ne pas être politique, mais « intellectuelle », pense Shafick Osman, qui l?envisage davantage comme une force de proposition ou de débat.
<B>Absence du MMM</B>
Nos lecteurs auront noté l?absence de tout représentant du Mouvement militant mauricien (MMM) lors de cette table ronde. Malgré nos nombreuses sollicitations, aucun des quatre responsables mauves contactés n?a voulu participer à notre débat, estimant prématuré d?intervenir dans une analyse de la déroute de leur parti aux municipales.
Si tous considèrent important un débat sur cette débâcle, nul n?a tenu à intervenir publiquement avant que la question ne soit débattue au sein du parti.
Publicité
Publicité
Les plus récents