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Mission accomplie
L?année 2008 a certes sonné l?heure de la retraite pour Krishna Ponnusamy, ancien Senior Chief Executive, qui s?est retiré de la Fonction publique après 40 ans de service. Mais cette année a aussi été porteuse de bonnes nouvelles pour lui. Il est en effet un des décorés de la République. En juillet, il recevra l?insigne de Commander of the Star and Key of the Indian Ocean.
De plus, on lui a proposé le poste de président du National Pay Council qu?il a accepté. Il savait l?exercice de détermination de la compensation salariale délicat. S?il l?a fait, c?est qu?à ses yeux, «un homme doit toujours se mettre à l?épreuve». Par rapport au pourcentage arrêté, Krishna est satisfait d?avoir fait ce qu?il fallait dans les paramètres imposés. Il pense cependant que, si les syndicalistes étaient restés à la table des négociations, ils auraient peut-être pu grignoter davantage sur le pourcentage final. De toutes les façons, souligne-t-il, maintenant que ce chapitre est clos, le travail du conseil se poursuit. «La compensation salariale n?est qu?un exercice parmi d?autres. Il faut revoir les structures du secteur privé et discuter. Nous aurons d?autres réunions de travail que je prévois à un rythme mensuel.»
Il est le troisième fils d?une famille de huit enfants et grandit dans le Ward III à Port-Louis. Son père est planton à la douane. Tous vivent sur le maigre salaire de ce dernier. Krishna fréquente l?école primaire de la rue Arsenal avant d?intégrer le collège Royal de Port-Louis où les enseignants feu Jean Baptiste Mootoosamy et Joseph Tsang Man Kin développent et façonnent son amour pour les langues et la littérature. Le recteur d?alors, Camille Nairac, qui remplace un enseignant absent, aiguise son imagination en le faisant pénétrer l?esprit du poète étudié.
À la fin de sa Form V, il doit faire comme ses aînés et postuler pour un emploi dans la Fonction publique afin de subvenir aux besoins de la famille. Il se dit que c?est temporaire. C?est par voie de télégramme qu?on lui signifie qu?il est accepté comme clerical officer. Il prend son emploi le 2 septembre 1966 et il est posté à l?establishment division qui est le poumon de l?administration. C?est là qu?il vit de très près l?indépendance et la «mauricianisation» du service civil. Voyant la nécessité pour les Mauriciens d?assumer des responsabilités au niveau de l?administration, il décide de parfaire ses connaissances.
C?est ainsi qu?il prend part à l?examen pour devenir executive officer en 1971. Examen qu?il réussit du premier coup, étant le plus jeune à occuper ce poste. Ce succès lui donne des ailes. Il étudie pour passer l?examen d?administrative officer qu?il réussit en 1972, devenant une fois de plus le plus jeune à occuper cette fonction. Muté au Home Affairs Division qui tombe sous le bureau du Premier ministre qui est à l?époque sir Seewoosagur Ramgoolam, il se retrouve à nouveau au c?ur des décisions. Il agit aussi comme secrétaire lors de réunions entre le gouvernement et le secteur privé.
«J?ai côtoyé bon nombre d?hommes exceptionnels. Je pense, par exemple, à sir Seewoosagur Ramgoolam.»
Krishna devient le plus jeune principal assistant secretary de l?administration en 1980 alors qu?il est en poste au ministère de l?Information. Là, une petite équipe de rédacteurs en chef, des académiques de l?Université de Maurice et lui montent un programme de formation à l?intention d?aspirants journalistes. Ledit programme donne d?abord droit à un certificat et finalement à un diplôme en journalisme.
Krishna est nommé secrétaire permanent en 1991. Il est au ministère de la Fonction publique lorsqu?il est nommé Senior Chief Executive en 2003 et il termine sa carrière au ministère des Infrastructures publiques. Au cours de celle-ci, il a fait plusieurs ministères notamment celui du Tourisme où il a travaillé « en bon tandem» avec Michaël Glover qu?il qualifie «d?extrêmement dynamique, qui sait où il va et qui a le goût de la réussite», de même qu?aux Affaires étrangères où il a eu pour ministre Paul Raymond Bérenger avec lequel il a éprouvé «un plaisir immense à travailler car il est discipliné. Avec lui, les réunions commençaient à l?heure et se terminaient à l?heure. Il a un style qui donne des résultats». C?est aussi aux Affaires étrangères qu?il retrouvera son «ami de classe, Anil Gayan, qui aime passionnément les affaires étrangères et qui maîtrisait ses dossiers».
Son affectation la plus pénible a été au ministère du Développement rural et urbain qui tombe sous le Premier ministre d?alors qui est Navin Ramgoolam. Celui-ci, fortement pris par ses responsabilités, délègue le travail à quatre secrétaires parlementaires avec qui Krishna a «régulièrement des divergences d?opinions». C?est pendant cette période qu?il est pris «d?un grand désir d?étudier pour diminuer la frustration» et demande à aller suivre le programme de formation délivré pour les fonctionnaires de haut niveau par l?International Management Institute en Suède. Demande agréée et qui le tient absent du pays pendant un mois. À son retour, la situation demeurant inchangée au ministère, il fait une demande pour aller suivre cette fois le Executive Programme for Leaders in Development de l?Université de Harvard aux États-Unis et réussit à trouver le financement nécessaire pour le faire.
Ces formations, explique-t-il, permettent de connaître les nouveaux courants de l?administration. Et dans un désir de transmettre aux autres ce qu?il a appris, Krishna laisse à chaque retour de formation ou de mission, un rapport pouvant être consulté par ses collègues.
Sa retraite est effective depuis mars dernier. Il dit s?être préparé à cela. Ce n?est pas son épouse Sharmilla, qui s?en plaindra. Ni leur fille Kobashni, mariée à l?avocat Neil Pillay et qui leur a donné un petit fils appelé Adi Shankara qui a quatre mois. En sus de leur consacrer davantage de temps, Krishna lit. En ce moment, c?est l?autobiographie de Nelson Mandela, The Long Walk To Freedom, qui est sa lecture de chevet. «J?étais son aide de camp quand il était à Maurice. C?est un géant. Je marchais à côté d?un géant sans le savoir».
En sus d?être en communication régulière avec son fils Dhiren qui est Chartered Financial Analyst à Londres, Krishna met de l?ordre dans ses papiers et notes amassés au fil des ans, tout au long de sa vie active. «J?ai côtoyé bon nombre d?hommes exceptionnels. Je pense par exemple à Sir Seewoosagur Ramgoolam que j?ai eu l?occasion de mieux connaître quand j?étais au Home Affairs Division. Son sens de l?hospitalité et du savoir-vivre était fascinant. Quand il recevait à déjeuner ou à dîner à l?hôtel du gouvernement, il composait lui-même le menu et choisissait les vins. Il venait attendre ses invités sur l?escalier de l?hôtel du gouvernement et leur serrait la main personnellement. Il les raccompagnait de la même façon après la fonction. J?étais à ses côtés. J?ai des choses à raconter.» Pour la postérité?
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