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Ministres :Quelle performance ?
Navin Ramgoolam, le stratège
Entre son premier mandat (1995-2000) et l?actuel qu?il a entamé le 9 juillet 2005, le Premier ministre s?est imposé comme une véritable bête politique de la scène locale, menant d?une poigne de fer son gouvernement, tout en continuant à déstabiliser l?opposition, prônant une politique de gauche et en appliquant des mesures à droite, essentielles pour redresser l?économie?
On peut décomposer les douze premiers mois du gouvernement Ramgoolam II en trois phases. La première consiste à maintenir une suprématie politique en rassemblant sans arrêt une multitude de petits partis (le PMSD du tandem Allet-Guimbeau est venu s?ajouter à la plate-forme PMXD-MMSM-MR-MSD-Les Verts). Son flair et sa stratégie ont permis à son Alliance sociale de rafler coup sur coup trois victoires électorales (législatives, municipales et villageoises), provoquant du coup une cassure de l?alliance MMM-MSM, aujourd?hui à couteaux tirés sur les bancs de l?opposition.
« Il a beaucoup mûri depuis sa défaite de l?an 2000. Aujourd?hui, il utilise son expérience passée pour ne pas répéter les mêmes erreurs de jugement », confie l?un de ses proches. À voir la qualité et l?expérience de nombre de ses proches collaborateurs, on devine que l?homme ne veut plus qu?on l?associe à son image d?antan. Il s?est débarrassé de nombre de ceux qui l?entouraient et veut aujourd?hui les meilleurs pour les dossiers clés, d?où son souci d?éviter de procéder à des nominations purement politiciennes.
La deuxième phase était un positionnement résolument à gauche, qui était davantage un slogan politique : « Dan 100 zour, mo pou sanz ou lavi. » Les premiers cent jours étaient ceux des cadeaux. Ainsi alors qu?on savait la conjoncture économique difficile, il a rétabli la pension universelle, introduit le transport gratuit pour les étudiants. L?opposition est scandalisée devant tant de générosité : « Pe fer la bouche dou, pe amenn pays dan gouffre. »
À l?issue des cent jours, Navin Ramgoolam confie, le 14 octobre 2005, dans la rubrique Apartés : « Ceux qui nous ont mis au pouvoir mènent une vie difficile et c?est pour eux que nous sommes là. » Navin Ramgoolam est déterminé à ancrer son gouvernement plus à gauche. « C?est voulu, c?est volontaire. »
Et la troisième phase vient d?être entamée après la présentation du premier budget du gouvernement. Une véritable rupture avec la politique généreusement socialiste à laquelle nous avait habitués l?Alliance sociale. Une semaine avant le discours de Rama Sithanen, Navin Ramgoolam monte au créneau à côté de son ministre des Finances et prévient : « Les conjonctures ont changé. Il est très important de faire comprendre aux Mauriciens que nous n?avons pas le choix et qu?il faut changer de mentalité », déclarait-il vendredi à l?express.
Si sur plusieurs dossiers (dont la vallée de Ferney et les impopulaires réformes économiques), il y a effectivement un changement notable et salutaire d?attitude, en revanche, sur au moins un sujet, le Premier ministre semble vouloir laisser perdurer les choses : la réglementation de la presse, souvent brandie comme une menace.
On connaît la méfiance du Premier ministre envers la presse écrite.
Il estime que celle-ci lui a joué « un mauvais tour » lors de son premier mandat, d?où son intention de la réguler, quitte entre-temps à pénaliser le Media Trust, dont le nouveau board n?a toujours pas été nommé ! Un manque de respect pour la centaine de journalistes qui ont voté sous le regard du commissaire électoral, Irfan Rahman, le 10 janvier 2006.
Dans un registre similaire, plusieurs ambassades attendent toujours d?être remplies. Sources de gaspillages?
Mais une chose est sûre, après le temps des sacrifices, qui s?étalera sur encore trois ans au moins, la saison des cadeaux reviendra avec les prochaines législatives.
Madan Dulloo, le décalé
De l?aveu de ses propres fonctionnaires, mais aussi des observateurs maîtrisant le dossier du commerce international, le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international semble être quelque peu en déphasage.
Pourtant, au lendemain de sa prestation de serment, un des dossiers cruciaux de l?avenir économique du pays lui était confié. C?est en effet en compagnie de son collègue de l?Agro-industrie, Arvin Boolell, que Dulloo aurait dû participer à la campagne de lobbying pour garantir à Maurice les mesures d?accompagnement les plus favorables, susceptibles d?aider le pays à surmonter la baisse de 36 % du prix garanti du sucre mauricien sur le marché européen. Un an après, seuls Rama Sithanen et Arvin Boolell défendent réellement ce dossier.
« Le commerce international est devenu un domaine de spécialistes. Il ne suffit pas de demander une dérogation dans le cadre de l?Africa Growth and Opportunity Act.
Il faut connaître le profil commercial de plusieurs pays par c?ur. Dulloo essaye mais n?y arrive pas », commente froidement un cadre de son ministère.
D?autres se lamentent sur son manque de connaissance des positionnements au sein de l?Organisation mondiale du commerce (OMC). Ainsi, un cadre du secteur privé très au fait des négociations à l?OMC explique qu?au lieu de montrer sa solidarité avec les pays africains lors du sommet ministériel de l?OMC à Hong-Kong en décembre, Dulloo s?est davantage préoccupé de sa proximité avec le ministre du Commerce indien, Kamal Nath.
Comme ministre des Affaires étrangères, et de l?aveu même de certains diplomates, Dulloo n?a pas vraiment brillé, sauf peut-être au dernier sommet de la Commission de l?océan Indien, où il avait fait un bon plaidoyer pour la relance du commerce intra-régional.
L?un d?eux rappelle même le cafouillage qui a amené le bureau de Dulloo à souhaiter bon vent à la représentante locale du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) alors que son départ n?était pas à l?agenda.
Pourtant, Madan Dulloo avait été un ministre de l?Agriculture qui avait l?estime et le respect de ses pairs et de ses interlocuteurs ici et sur le plan international.
Il semble que ce ne soit pas le cas au ministère qu?il occupe désormais. Peut-être qu?il est toujours en rodage?
Dharam Gokhool, l?entêté
Le ministre de l?Éducation est sans nul doute le plus contesté du cabinet. Sa réforme du système éducatif, qui a complètement chamboulé la régionalisation mise en place par son prédécesseur, continue à soulever un véritable tollé à travers le pays.
Aujourd?hui, il y a deux camps : les pro-A + qui se prononcent pour un retour à la compétition pour départager les élèves à la fin du cycle primaire, et les anti-A + (dont un bon nombre de pédagogues et d?enseignants) qui estiment qu?une compétition pour avoir accès aux meilleurs collèges se fera au détriment de l?épanouissement des enfants.
La Cour suprême a été saisie de cette affaire qui continue à defrayer la chronique.
Ce que l?on retient de l?action du ministre Gokhool, c?est surtout sa détermination ou son entêtement pour aller jusqu?au bout de sa réforme, quelles que soient les prises de position et manifestations de rue. Sur ce dossier sensible, il a manifestement le soutien du Premier ministre et de ses collègues du cabinet.
C?est sans doute fort de ce soutien que le ministre, trop souvent, juge inutiles les consultations avec les partenaires de l?éducation. Un peu comme Steve Obeegadoo, Dharam Gokhool est convaincu qu?il a raison et consulte principalement une poignée de personnes. Ce qui pousse les nombreux stakeholders, dont l?Église catholique, à crier au manque de dialogue.
Le ministère de Dharam Gokhool a par ailleurs hérité de nombre de nouvelles infrastructures. La construction de nouveaux sites a été parmi les points forts de l?ancien régime. Toutefois, il reste encore à faire pour améliorer les établissements secondaires, par exemple la construction de gymnases.
Dharam Gokhool est également le secrétaire général du Parti travailliste, ce qui lui confère une visibilité autre que celle du ministre de l?Éducation. Et il ne s?en prive pas pour tenter de se refaire une image politique sérieusement entachée par le A +, et ce, malgré le soutien inconditionnel de Suttyhudeo Tengur. La récente mesure budgétaire pour suspendre la distribution de pain dans certaines écoles n?arrange guère les choses?
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