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Mi-figue mi-raisin

4 septembre 2005, 00:00

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Nazim ESOOF

Le secteur concurrentiel est satisfait. Le ministre des Finances l?a légitimé dans son rôle de créateur des richesses. En outre, des mesures incitatives, incontournables sont annoncées. L?environnement économique sera soigneusement entretenu pour créer des conditions maximales afin que le secteur privé puisse en tirer pleinement profit. Moins de radicalisme dans l?ouverture du marché mauricien. Plus de protectionnisme. On devrait être content. C?est le label mauricien qu?on protège. C?est le nouvel esprit du nationalisme mauricien qui triomphe. Pourtant il y a quelques raisons de s?inquiéter.

D?abord l?héritage colonial. De moins en moins certes, mais toujours présent ce réflexe de repli qui caractérise le secteur privé traditionnel. Fonctionnant dans un cadre hermétique, épargné de la nécessité à se soumettre aux règles du marché, quadrillant l?espace de la production en long et en large, le monde concurrentiel est arrivé à se constituer au fil des années, malgré les intentions de démocratisation, en une oligarchie économique qui fonctionne comme un doux mastodonte. Doux du fait qu?elle vit dans cette île Maurice qui ne se fait pas voir, qui, quasiment, se cache pour exister. Ailleurs, les possédants exhibent leurs richesses. C?est caractéristique des sociétés capitalistes. Ici s?il y a capitalisme, il s?apparente davantage à un impérialisme d?un autre temps.

Il ne s?agit pas de critiquer gratuitement les nantis. Qui n?aurait pas rêvé de vivre de cette manière ? Il est plus question de ce rapport vicié qui lie l?État à la classe des élus économiques. Une irruption brutale du marché dans le monde des affaires changerait bien des choses. Mais il semblerait que les politiques qui investissent l?État ont peur de le voir perdre son prestige, donc leur raison d?être. Bien étrange donc cette critique des grands capitaux par les politiques ! Ou alors vaine rhétorique qui cache le mal-être profond de la société politique ! À ceux qui ont érigé la critique du Capital en doctrine politique de nous démontrer qu?ils sont aussi capables de faire triompher les valeurs du Travail.

Il n?est pas simplement question du « gros capital ». Il y a également cette grande ambition de faire des Mauriciens une nation d?entrepreneurs. En guise d?entrepreneuriat, de nombreux Mauriciens n?ont pas mal réussi sauf? que c?est dans une forme d?économie souterraine dans certains cas. Trait caractéristique des sociétés qui peinent à se développer en société de marché. Il reste néanmoins que l?esprit d?entreprise est bien présent. Le problème se pose au niveau des facilités qui sont proposées. Des perspectives réelles existent autant que sont réelles les mesures incitatives. Mais l?État mauricien sait davantage assujettir ses citoyens plutôt que de les traiter comme des partenaires. Le grand v?u « d?empowerment » passe par un langage de vérité, par un travail de responsabilisation et par une désacralisation des décideurs politiques et économiques. De quoi refroidir les ardeurs les plus téméraires !

Des petites entreprises aux plus grandes, une révolution devient nécessaire. Le pouvoir exécutif a choisi de s?entourer des gardiens de l?État, que sont les hauts fonctionnaires, pour bien faire comprendre la philosophie qui l?anime. C?est un signal. Comme une certaine aristocratie économique, on veut cacher ses conseillers ou minimiser leur importance. Les symboles sont toujours très efficaces surtout lorsqu?ils sont maniés avec autant de dextérité. Mais ce ne sont pas eux qui vont redresser les grands équilibres de plus en plus menacés.

L?île Maurice est prête pour un changement d?une autre dimension. Certes l?opération de robinetterie économique a commencé. Toutefois, elle n?en sera qu?une de plus si elle ne traduit pas une nouvelle audace.

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