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Merven la résurrection

14 novembre 2003, 20:00

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Il a été, au coeur des années 90, le n°1 incontesté et incontestable du tennis mauricien. Son règne a d?ailleurs duré sept ans. En ce temps-là, Jean-François Merven gagnait sur toutes les surfaces : la terre battue du Rose-Hill Club, le gazon du Mauritius Gymkhana, le dur du Racing Club. Rien ne l?arrêtait.

C?était, hélas pour lui, le temps des vaches maigres. Le contexte n?était pas le même qu?aujourd?hui. Le tennis se pratiquait en cercle fermé, les clubs privés se faisaient prier avant de céder leurs courts à la Mauritius Lawn Tennis Association. Les tournois se comptaient sur les doigts d?une seule main. Quant aux licenciés, ils n?étaient pas légion.

Rares, en effet, étaient les adversaires qui avaient le niveau pour défier le grand Jeff : Jean-Denis Carosin, Olivier Brousse, Jean-François Potié, Christophe Curé, Fabrice Nicolin étaient de ceux-là. Mais ils n?ont pas fait long feu, ayant tous choisi de quitter l?arène avant d?atteindre la maturité.

La solitude a donc fini par lasser Merven. Et comme en plus le sort ne l?a pas épargné, on croyait le grand Jeff à jamais perdu pour le tennis. Quand on traîne une rupture complète des ligaments croisés et qu?on doit en prime subir deux interventions chirurgicales, on ne peut que ranger sa raquette, non ?

Mais l?ancien numéro un national et multiple champion de Maurice aime trop le tennis pour passer à autre chose. Son genou abîmé, il l?a traîné comme un boulet pendant quatre longues années. Aujourd?hui, l?heure de la rédemption a sonné. Une deuxième intervention chirurgicale subie il y a six mois, à Paris, l?a miraculeusement remis sur les rails. Et Jean-François Merven, tel un enfant pressé d?ouvrir son cadeau de Noël, ne s?est pas fait prier pour s?incrire à l?Anglo Mauritius Open, histoire de refouler la terre battue bénie du Rose-Hill Club, là où l?adolescent qu?il était ne laissait que des miettes à ses adversaires.

Le joueur savoure sa résurrection. « Je me sens beaucoup mieux même s?il y a toujours une gêne qui persiste », explique-t-il. « Disons que je suis comme une voiture sans amortisseurs. Je n?ai plus d?élasticité dans mon genou. Je démarre une fraction de seconde trop tard. Mais, face à des joueurs qui n?ont pas un rythme soutenu, je peux m?en sortir. »

MERVEN FAIT FIGURE DE PETIT POUCET

Une nouvelle génération a entre-temps pris le pouvoir. Elle se compose de Simon Koenig, de Kenny Wong, d?Alexandre Daruty, pour ne citer que quelques noms. Du temps de Merven, ces garçons-là venaient à peine de commencer à fréquenter les courts et n?avaient pas le niveau pour contrarier le maître. Du lot, seul Wong avait, en 1998, réussi l?exploit de s?adjuger un titre, cela au terme d?une victoire d?anthologie en finale du UBP Open.

Aujourd?hui, les données ont changé. Et c?est Merven qui fait figure de petit poucet dans la cour des élites. Mais il n?en a cure : « J?ai une approche complètement différente du jeu. Je ne suis pas là pour gagner, mais pour me faire plaisir. Je reviens de tellement loin que je savoure chaque échange. Avant, seule la victoire était belle. Cela dit, quand je monte sur un court, j?ai toujours ce même tempérament de gagneur qui m?animait autrefois », concède Merven.

Il n?est peut-être plus le grand Jeff d?autrefois, mais son tennis est resté efficace. L?Anglo Mauritius Open, qui est actuellement en cours, n?a d?ailleurs pas tardé à mettre en scène un Merven étonnamment conquérant. Un premier tour facile face à Gaël Nicolin dimanche dernier (6-4, 6-0), puis un huitième de finale bien maîtrisé face à la tête de série n°4 Abdoollah Toorawa jeudi, et voilà Merven qui intègre le dernier huit du Roland-Garros mauricien. Pas mal pour un retour, non ?

« Contre Abdullah, j?ai eu un match plus facile que prévu. Il n?a pas un jeu rapide, donc, je n?ai jamais été contrarié. Par contre, contre des garçons du gabarit de Koenig, Wong ou Daruty, ça risque d?être plus difficile », analyse Merven, très lucide sur ce coup-là.

En attendant, l?ancien champion de Maurice a pris rendez-vous ce matin avec un autre revenant, Laurent Piat, dans le cadre d?un quart de finale qui promet.

Merven a beau dire qu?il n?est plus obsédé par la victoire, on a du mal à penser que le petit stratège curepipien n?a pas passé sa soirée de vendredi à cogiter un plan tactique diabolique pour se hisser dans le dernier carré.

Attendons voir.

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