Publicité
Maurice veut relancer sa natation
Après des Jeux des îles décevants, l'île Maurice a décidé de structurer sa formation. Un sport-études a été créé. Il réunit treize jeunes âgés de douze à quinze ans, qui ont participé à ces championnats de la Réunion petit bassin.
Au bord du bassin de Plateau-Caillou, ils sont trois entraîneurs mauriciens à donner leurs instructions à la nouvelle génération. Dont un Breton et un Réunionnais. Ancien DTN sur l'île Soeur, Christian Le Cam entraîne en effet à Brest le restant de l'année, où il supervise à la fois le pôle espoirs et la section sports-études.
Ce sont ses compétences en matière de formation, que les Mauriciens ont reconnues. Ils l'ont donc invité, durant dix jours, pour qu'il apporte ses conseils éclairés.
Car l'île Maurice en a marre de ses échecs répétés aux Jeux des îles. Marre de regarder la Réunion empocher la plupart des médailles d'or. A Madagascar, seul Gaël Adam, aujourd'hui à Brest avec Le Cam, avait réussi au mois d'août dernier, à grignoter deux médailles d'or, sur 100 m et 200 m dos. Les deux seuls pour l'île Maurice, qui a donc décidé de réagir, via son ancien ministre des Sports.
Michaël Glover a donc lancé un vaste chantier destiné à ?relancer le sport à Maurice?, dixit Doreen Tiborcz, présidente de la Fédération mauricienne de natation, en portant ses efforts sur la formation des jeunes. On connaissait naguère le centre de formation de football, Glover et d'autres ont cette fois-ci réussi à convaincre le gouvernement d'investir sur des sports-études, calqués sur nos pôles espoirs.
La natation fait ainsi partie des sports choisis pour lancer l'expérience. ?Il y a également le tennis, le tennis de table et l'athlétisme?, indique Doreen Tiborcz, qui précise que ?ces classes à horaires aménagés? s'adressent aux enfants de 12 à 15 ans. ?On va les accompagner ainsi jusqu'à l'université. Pour nos treize nageurs, qui sont entrés dans la structure, on a tablé sur huit séances d'entraînement par semaine, à raison de quatre heures par jour, deux heures le matin et deux heures l'après-midi.?
Et pour encadrer le tout, on n'a pas seulement fait appel à un entraîneur breton. On a également convaincu un Réunionnais. Thierry Audourenq est né à la Réunion. Et s'il a beaucoup voyagé depuis, notamment à Maurice et en métropole, il a également exercé deux ans au Port.
?Un problèmes de moyens?
Aujourd'hui, il entraîne le club de Quatre-Bornes et a quelques nageurs dans le nouveau centre. Son constat sur la natation mauricienne est on ne peut plus clair. ?Je crois que l'on ne pouvait pas tomber plus bas aux derniers Jeux des îles, dit-il. L'équipe était très hétérogène. Aujourd'hui, on est reparti avec un groupe de jeunes. Les filles, notamment, affichent de belles promesses. Mais le problème reste un problème de moyens.?
Maurice ne peut compter en effet que sur quatre piscines, pour accueillir les dix-huit clubs de l'île. ?C'est trop peu?, indiquent en choeur nos entraîneurs, qui sont confrontés également à un problème plus général, pour le sport mauricien.
?A Maurice, le système scolaire n'est pas du tout adapté à la pratique sportive. Car on privilégie tout simplement les études. C'est la course à la réussite, avec des parents qui n'hésitent pas à recourir aux leçons particulières pour que leur enfant rejoigne l'élite de la jeunesse mauricienne. A côté de cela, on délaisse le sport?, pense Thierry Audourenq, qui voit donc d'un bon oeil le changement impulsé par Michaël Glover.
Car l'ancien ministre n'a pas seulement convaincu l'Etat. Il a également réuni des investisseurs privés, autour de son projet.
Le Trust Fund for Excellence in Sports est né avec l'apport de fonds privés et publics. En parallèle, la State Bank of Mauritius oeuvre aussi de son côté au financement de ces structures de formation, qui poursuivent un but ultime : ?Avoir des meilleurs résultats aux Jeux des îles?, explique Christophe Frivet, le responsable du sport-études de natation. ?Jusqu'à présent, l'écart au niveau des médailles s'est souvent fait sur la natation, en notre défaveur?.
Les Mauriciens ont donc envie de rectifier le tir, dès 2011. Reste que la natation mauricienne souffre pour l'instant d'une autre comparaison, avec son homologue réunionnaise. A la Réunion, la masse de licenciés avoisine en effet ?les 5 000?, avance Jean-Claude Caussanel.
A ses côtés, la présidente mauricienne ne peut pas en dire autant. ?C'est à peu près 500 chez nous?, confie Doreen Tiborcz, qui ne désespère pas gommer le retard pris à travers ?des collaborations avec la Réunion?, comme c'est le cas sur ce championnat, où hormis la compétition, elle a multiplié les discussions avec nos responsables locaux.
F.P.
Le Quotidien de la Reunion
Publicité
Publicité
Les plus récents