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Maurice, Malte : destins croisés

19 février 2007, 00:00

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Raconter l?indépendance, c?est sortir de l?isolement. Replacer Maurice dans le contexte géopolitique international des années 50-60. Et lire dans l?après ? Seconde Guerre mondiale, le début de la fin de l?ère coloniale.

Plus que de simples échos, les luttes indépendantistes en Guyane britannique aujourd?hui Guyana, au Ghana, en Inde, au Pakistan et à Madagascar, ont joué un rôle déterminant dans le cheminement de la pensée travailliste locale, vers l?Indépendance. Des travaillistes qui selon les circonstances, ont adapté leurs discours. Pour ne pas dire en changer. Virer de bord pour passer de l?intégration à la Grande-Bretagne à l?Indépendance.

Plus que tout autre, Malte (indépendante en 1964) aura été le miroir grossissant du mouvement qui donnera ?Maurice aux Mauriciens?. C?est en tout cas l?avis du conférencier Paul Bérenger. Insistant, après une question de l?assistance, qui réduisait l?influence de Malte sur Maurice à ?un détail?, que ce serait ?manquer de perspective historique?.

C?est ce réseau de correspondances que Paul Bérenger a tissé pendant plus de deux heures, samedi, à la salle des fêtes du Plaza. Conférence marathon intitulée L?indépendance, Malte et l?île Maurice.

Dans l?île méditerranéenne, les élections générales de février 1955 sont remportées par le Parti travailliste (PTR). Ses dirigeants, comme nous, sous le régime colonial britannique, proposent l?intégration graduelle de Malte à la Grande-Bretagne, avec un siège de député à la House of Commons. ?Les Anglais trouvent que la proposition est raisonnable et une table ronde travaille sur la question?, rapporte le conférencier.

La même année, en juillet, une délégation composée de ?bolom Ramgoolam?, de Renganaden Seeneevassen et de Guy Forget, rencontre le Colonial Office. ?Le compte rendu officiel dit que Ramgoolam propose que Maurice s?aligne sur la demande de Malte.? L?année suivante, la Grande-Bretagne donne son aval à un rapport en faveur de l?intégration de Malte. En avril 1956, lors d?une rencontre avec le gouverneur général, Ramgoolam et Seeneevassen avancent à nouveau l?idée de l?intégration de Maurice à la Grande-Bretagne.

Mais avant d?établir ces parallèles, le conférencier s?est longuement appesanti sur les étapes constitutionnelles qui bouleversent le développement politique d?une colonie. Surfant allègrement sur les dates, Paul Bérenger les égrène, les assène sans répit à l?assistance.

Avec amusement souvent, avec ironie parfois, le conférencier fait passer un peu de la fièvre révolutionnaire dans son exposé. Évoquant la révolution française et la naissance en 1790 de la ?première assemblée élue par la population blanche seulement?, il illustre les avancées de la jeune colonie, puis son recul quand le décret du 4 février 1795, abolissant l?esclavage ?plonge la communauté blanche dans la consternation?, est suspendu à Maurice. Mais l?Histoire est en marche. Son moteur se nomme William Newton et la nouvelle Constitution de 1888.

Nous changeons de siècle. 1935 : Seewoosagur Ramgoolam entre en scène. Fraîchement débarqué de ses études de médecine à Londres. Là-bas, il s?est imprégné du combat de Gandhi, de Nehru et de Subash Chandra Bose.

Un an plus tard, le 23 février 1936, fondation du Parti travailliste. Mais c?est lors d?un ?maha yaj? ou grande prière, en 1943, qu?est lancé le concept de ?swaraj?, indépendance.

Le 20 avril 1945, Ramgoolam réclame le suffrage universel masculin, avant de lancer l?idée d?une nouvelle Constitution en mai. Face aux propositions des Anglais, le PTR organise des meetings de protestation. ?Le but ultime du PTR est le ?self government?, pena okenn koze lindepandans?.

La nouvelle Constitution de février 1948 donne le droit de vote à tous ceux âgés de 21 ans. Elle crée un Conseil législatif avec 19 élus et 12 députés nommés.

Début des années 50, des motions sont discutées au Conseil pour l?envoi d?une délégation à Londres. Veerasamy Ringadoo y demandera le suffrage universel tout de suite et le ?self government? après, ce qui pousse le gouverneur général à dire que leur demande n?est pas claire.

Une délégation de huit personnes sans Bissoondoyal rencontre le secrétaire aux colonies à Londres en juillet 1955. Leur demande : l?intégration de Maurice à la Grande-Bretagne avec représentation par un membre à la House of Commons.

La parenthèse est refermée. Retour aux atomes crochus entre Maurice et Malte. Qui a elle aussi proposé son intégration en février de la même année. Si la Grande-Bretagne accepte, elle propose un ?système bien compliqué pour Maurice?. En février 1957, nouveau déplacement pour Londres. Une commission électorale est mise sur pied. À Malte, les choses se gâtent. Avril 1957, c?est l?impasse. Malte réclame que son intégration soit suivie de l?application du même régime pour la sécurité sociale, la santé et l?éducation, que celui en vigueur en Grande-Bretagne.

Les Anglais ont forcé la main

Le mois suivant, le Premier ministre maltais est d?avis que s?il n?y a pas une vraie intégration, il faut aller vers l?indépendance. À Maurice, le ?bolom? ?parle de l?indépendance sans le dire clairement?.

À tel point, que le gouverneur général, dans un rapport à Londres, écrit que personne à Maurice ne pense à l?indépendance. 1958 : Malte réclame son intégration sans condition ou l?indépendance. Le 6 avril, le gouvernement démissionne. En octobre, Madagascar devient une république. En 1959, la Constitution est suspendue à Malte.

À Maurice, la première élection à suffrage universel a lieu le 9 mars 1959. Elle est remportée par le PTR et le CAM. Le ?bolom?, parti pour Londres en octobre, déclare à Reuters que ?nous voulons l?indépendance?.

Ici, deux camps s?affrontent. Le PTR en faveur de l?indépendance. Le Parti mauricien, l?Independent Forward Block et le CAM contre. Aux élections d?octobre 1963, le PTR ne fait pas de l?indépendance son principal thème de campagne. Et il perd la majorité absolue au Parlement.

Septembre 1965, se tient la conférence de Lancaster House. ?C?est là que sera décidé que si la majorité vote en faveur de l?indépendance aux élections générales, elle l?obtiendra.? Les négociations de Lancaster House, ou comment ?les Anglais ont forcé la main au ?bolom??, sera le thème de la prochaine conférence, qui se tiendra à la mairie de Port-Louis. Le point clé des Chagos y sera évidemment abordé.

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