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Maurice dans la course aux biocarburants

11 juillet 2008, 00:00

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Depuis le dernier budget dans lequel le ministre des Finances parle de production de biocarburants, les choses se sont accélérées. On ne parle plus uniquement d?éthanol qui peut être utilisé dans le moteur à essence. Le pays se tourne également vers le biodiésel pour faire tourner les moteurs de véhicules avec l?huile obtenue de diverses plantes. Et surtout les micro-algues avec l?arrivée d?un expert indien pour un projet pilote.

Pourquoi les micro-algues ? Des expériences menées aux États-Unis indiquent que la production horizontale en serre de ces micro-organismes sur un hectare donne 24 000 litres de biodiésel par an, alors qu?un hectare de maïs ne donne en moyenne que 1 500 litres et les palmiers 6 000 litres. (Voir infographie). Un Américain, Michael Briggs, a évoqué 52 000 km_ de serre produisant des micro-algues comme pouvant couvrir les besoins mondiaux en carburant. Ces résultats et affirmations ont provoqué une ruée vers les micro-algues dans le monde.

Maurice s?y est lancé également. C?est l?Institut océanographique de Maurice (IOM) qui pilote ce projet. «Nous attendons l?arrivée d?un expert indien. Il travaille au sein d?un corps para-étatique indien qui produit du biocarburant à partir des micro-algues sur une base expérimentale», affirme le Dr Mitrasen Bhikajee, directeur de l?institut.

En fait l?IOM ne veut pas que Maurice prenne du retard dans la production du biodiésel à partir des micro-algues. Production que les multinationales du pétrole ont cherché à décourager et à supprimer à partir des années 70 et jusqu?à tout récemment. Les premières expériences de cette époque indiquaient déjà que Monsieur tout le monde pourrait produire des micro-algues, et donc du biodiésel, dans son arrière-cour. (Voir hors texte).

Prakash Mussai, chercheur à l?IOM, indique que Maurice mènera son projet pilote sur des micro-algues marines. La variété qui sera utilisée a déjà été identifiée dans nos eaux. L?expert indien viendra avaliser le tout. Les chercheurs estiment entre 200 000 et plusieurs millions le nombre d?espèces d?algues existantes ; un nombre bien supérieur aux 250 000 espèces de plantes supérieures recensées. «C?est une combinaison portant sur la variété choisie, les heures d?ensoleillement nécessaires, le dosage de dioxyde de carbone, la salinité de l?eau qui donnent une production optimum et industrielle. Les micro-algues sont en fait des plantes microscopiques très fragiles», explique aussi Prakash Mussai.

<B>Pas besoin d?apports en produits phytosanitaires</B>

Les micro-algues ? d?une taille de l?ordre de 2 à 40 millièmes de millimètre ? ont en effet des avantages sur les espèces oléagineuses terrestres : elles peuvent accumuler jusqu?à 50 % de leur poids sec en acides gras, ce qui permet des rendements à l?hectare largement supérieurs aux espèces oléagineuses terrestres. Leur production pourrait éliminer un des facteurs ayant entraîné la présente crise alimentaire.

En outre, selon les chercheurs, toujours comparées aux espèces oléagineuses terrestres, ces micro-algues présentent de nombreuses caractéristiques favorables à une production d?acides gras. Si les biocarburants des céréaliers sont accompagnés de pesticides et d?engrais, la culture de micro-algues en serre à grande échelle n?a pas besoin d?apport de produits phytosanitaires et permet de maîtriser le cycle de l?azote et du phosphore en contrôlant le recyclage des éléments nutritifs.

Maurice a déjà sollicité l?expertise étrangère pour la production du compost à partir des algues qui proliféraient il y a quelques qnnées sur la côte de Palmar (Voir hors-texte).

Les micro-algues sont également cultivées depuis quelque temps pour des besoins alimentaires. Ainsi, la propriété sucrière de Médine se lancera dans quelques mois dans la production de micro-algues pour offrir un supplément alimentaire aux élèves des écoles de la ZEP. (Voir explications de Paul Olsen, de TAMRIV et Anne Sriesse de Médine dans le hors- texte sur Médine)

Si la spiruline que Médine cultivera dans des bassins peut être disponible d?ici l?année prochaine, tel ne sera pas le cas pour le biodiésel. Maurice ne sera en mesure de commencer la production du biodiésel sur une base pilote que d?ici trois ans, affirme le Dr Bhikajee. «Mais la production pourrait commencer plus tôt si un investisseur qui a de l?expérience dans ce secteur s?intéresse à commencer une telle production à Maurice.»

Puisque la hausse des prix des fertilisants inquiète autant que celle des carburants, le pays initiera en même temps des études sur la production de biofertilisants à partir d?algues. Des études menées en ce sens par le Mauritius Research Council, montrent qu?il y a de grandes perspectives pour la production de biofertilisants liquides à partir d?algues, indique le Dr Suddhoo. (Voir hors-texte).

<B>Le CEB en mesure de produire du biocarburant</B>

■ Les usines polluantes, c?est-à-dire qui émettent beaucoup de CO2, par exemple le CEB et les centrales thermiques qui brûlent bagasse, charbon ou huile lourde sont en mesure de produire du biodiésel sur une base industrielle. Elles éliminent en même temps presque la totalité leur émission de dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre. En effet, des installations industrielles de ce type suivent de plus en plus l?exemple de deux pionniers en la matière, l?un israélien, l?autre américain. Basé dans un kibboutz dans le sud du Néguev, le premier, «Algatech», fabrique depuis plusieurs années des produits dérivés de plus de 150 espèces d?algues dans les domaines de la cosmétique et de l?agroalimentaire. Le deuxième, «GreenFuel Technology», est basé dans le Massachusetts et développe des systèmes de recyclage d?émissions de CO2 à des fins de production de biocarburants, de biodiésels, d?éthanol ou de méthane. Le procédé est relativement simple. La fumée des cheminées est dirigée dans des tubes cylindriques et transparents contenant une eau saturée en micro-algues. Ces derniers absorbent le dioxyde et relâchent de l?oxygène lors du processus de photosynthèse. C?est la capture de CO2 par les micro-algues qui réduit ainsi les émissions de ce gaz à effet de serre. Les micro-algues qui prolifèrent très vite sont récoltées et pressées pour l?obtention de l?huile qui sera utilisée comme carburant.≥

CNN a récemment réalisé une série de reportages sur la production du biodiésel. L?un d?eux, qui donne une idée de la production verticale des micro-algues est disponible sur Youtube à http://www.youtube.com/ watch?v=nudXxMYaok8.

<B>Du biofertilisant à partir d?algues marine</B>

■ Les Drs Ghosh et Eshwaram, experts indiens dans la production de fertilisant liquide à partir d?algues, ont visité la semaine dernière des sites potentiels d?algues à Maurice et à Rodrigues.

«Ils ont indiqué que Maurice a un gros potentiel de production de biofertilisant liquide à partir des algues», indique le Dr Suddhoo, directeur du «Mauritius Research Council».

Après la visite de prospection des deux experts indiens, le MRC a organisé un atelier de travail sur le sujet avec l?Areu, le BOI, l?Institut océanographique et des techniciens du ministère des Finances. Selon certains participants à cet atelier, il ressort que l?Inde produit son biofertilisant à partir d?algues selon une technique développée par le Japon.

Ce biofertilisant contient une hormone de croissance pour les plantes et est également un fongicide naturel. Il est normalement appliqué sur les feuilles de plantes qui les absorbent. Or, il se trouve que les algues utilisées en Inde sont disponibles en très petite quantité dans nos eaux. Ce qui fait que le pays aura à recourir à la culture d?algues si elle veut se lancer dans la production de ce biofertilisant. «Il va falloir avoir recours à une culture hors lagon en raison du peu d?espace que le pays a en termes de lagon que se partagent le tourisme, la pêche artisanale et le public en général», explique le Dr Daniel Marie de l?Institut océanographique de Maurice. Reste à savoir si une telle production hors lagon sera économique pour Maurice, de même que l?incidence d?une telle culture sur l?environnement marin.

<B>Médine va produire des micro-algues </B>

■ «Dans quelques mois nous pourrons commencer la production de la spiruline dans nos bassins», affirme Anne Sriesse, un de responsables du projet à Médine. La spiruline est une micro-algue utilisée pour produire du biodiésel. Jusqu?ici elle a été surtout utilisée comme complément alimentaire. Elle pousse dans des lacs des régions chaudes et apporte protéines (60 % en poids sec) vitamines, acides aminés, oligo-éléments, enzymes et minéraux. Bénéfique pour la peau et le vieillissement en général, permettant de ralentir la production d?acide lactique pendant la pratique du sport elle est une réponse à la malnutrition. «TAMRIV, un organisme à but non-lucratif et Médine se lanceront dans la production de la spiruline pour offrir ce complément alimentaire aux élèves des écoles ZEP», explique Paul Olsen, responsable de TAMRIV. Il ne sait cependant pas comment la spiruline sera offerte. «Elle peut être sous forme de comprimé, de boisson ou mélangé à du yaourt.» La spiruline est déjà utilisée par des organisations humanitaires. Elle est disponible en cachets dans des supermarchés locaux.

<B>Les algues de Palmar utilisées comme compost</B>

■ La culture et l?utilisation d?algues sont normales dans les pays asiatiques. Les Mauriciens le consomment surtout sous forme d?agar-agar. «En 2004 l?Areu a fait appel à un expert étranger, le Dr Shaktivel pour nous conseiller dans la transformation des tonnes d?algues qui se formaient dans le lagon à Palmar», explique le technicien Bistnahsing de l?Areu. L?expert, après analyse des variétés d?algues, devait conseiller le compostage qui fut utilisé par les planteurs d?oignons. «Pendant plusieurs années, nous avons composté ces algues pour les planteurs. Nous avons traité un champ avec ce compost et une superficie identique plantée de la même variété d?oignons avec des fertilisants chimiques. Quand le champ traité aux fertilisants chimiques donnait 100 kg d?oignons, celui traité au compost donnait 75 kg. En enlevant le prix du fertilisant chimique, les revenus sont identiques », explique Indoomatee Ramma de l?Areu. Mais tout dépend du sol. On ne fait plus de compostage à Palmar car il n?y a presque pas de prolifération d?algues. Celle-ci était due à une forte utilisation de fertilisants chimiques, dont le nitrate, dans les champs d?oignons.

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