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Maurice au clair de la terre
Il est de ces fêtes qui se renouvellent sans devenir répétitives. De ces gestes qu?on exécute chaque année mais qui ne sont jamais du déjà vécu. Tout comme ces expressions jamais galvaudées car ce sont des vérités millénaires qui racontent la lutte entre le bien et le mal, qui annoncent immanquablement le triomphe de la lumière sur l?obscurité.
C?est la fête de la lumière. C?est Divali. Depuis des jours, les Mauriciens de foi hindoue ont préparé avec une insouciante piété et une profonde dévotion ces lampes, autant de voyelles étincelantes irradiant le ciel.
Toute une aventure vers la lumière. Aussi un cheminement vers la lumière intérieure. Un nouvel espace-temps qui annonce les possibilités d?une vie meilleure.
Tout commence dès l?aube. Par une prière. Dans un élan de partage. Dans une maison, temple du bonheur, demeure du divin, remise à neuf, commence un autre voyage. On exprime une autre soif, la purification de l?âme.
Dans une demeure qui dégage un parfum d?immaculé, les pensées impures s?effacent pour laisser la place à des résolutions. La tolérance, l?expression d?une manière d?être. La patience, la traduction d?un principe immanent.
Les premiers gestes en cette journée sacrée disent tous ce besoin d?installer l?ordre de la lumière. Suivra le bain lustral. La maison se décline en d?agréables senteurs : ladoo, bulfi, gâteaux patates, goolaab jammoon? Comme les premières notes du partage.
L?île Maurice s?est levée, souriant à la lumière d?une journée nouvelle. Les rires des enfants se mêlent gaiement à l?air empressé des adultes qui apportent les dernières touches aux festivités. Guirlandes, lampions et diyas ornent la maison de parures sacrées. Amis et voisins non hindous participent aussi à la fête.
La fête est devenue nationale. La nation a trouvé des repères. Elle se dit dans la pluralité des croyances et des pratiques. Toute l?île Maurice s?est composée en une poétique de lumière. Des immeubles publics et privés baignent dans des lueurs incandescentes. Comme chaque année, les Mauriciens vont sillonner l?île. Les ténèbres se sont retirées en cette nuit de célébration de la victoire de Ram sur Ravana.
Chaque maison mauricienne raconte à sa manière ce triomphe. Le message est universel. La vérité immanente. D?où cette ouverture qui permet à une fête religieuse de devenir nationale.
C?est une dimension nouvelle. Mais il existe fondamentalement la dimension religieuse où légendes et croyances sont intrinsèquement mêlées. Ce sont les imaginaires que nourrit le Divali.
Légendes et philosophie
C?est une parole qui se transmet de génération en génération. Ce sont ces voyelles et consonnes qui, alignées les unes après les autres selon une tradition orale, construisent le sens des convictions profondes. Des temps anciens jusqu?aux temps modernes, ces légendes épiques sont devenues des puits d?un savoir, les socles d?une philosophie, les enseignements d?une école de vie?
Il demeure que Divali reste ce moment où le mal cède devant le bien. Comme le conte le Ramayana où Ram, l?homme parfait, revient vers son palais après des mois d?exil où il a pu vaincre Ravana. Pour marquer ce retour, les habitants du royaume vont l?accueillir avec ce symbole transcendental qu?est la lumière.
Divali, c?est la légende de la victoire de Krishna sur le démon Narakaasura, libérant ainsi les habitants de Vrindavan ou encore celle de ce roi trop altier que fut Bali et qui perdit son contrôle sur la terre, les cieux et sa propre vie après qu?il eut cédé trois pieds de terre à Vishnu qui lui était apparu sous la forme d?un ascète nain.
Divali, c?est aussi l?occasion pour célébrer l?union entre Vishnu et son semblable féminin, Maha Lakshmi, la déesse de la prospérité et de la richesse spirituelle.
Au figuré comme au propre, le Divali marque un retour vers l?absolu. A travers les prières mais aussi à travers le chant et la danse. Car le Divali revêt également cette dimension ludique dans un esprit de joie commune. La finalité de l?effort reste la moksha, la félicité. C?est ce sentiment de plénitude intérieure que provoque le Divali.
Les cadeaux et gâteaux offerts aux autres traduisent ce don de soi et cet effacement de l?être devant le divin. C?est dans ces moments que l?être s?épure et se libère du matériel. La colère, la haine, l?arrogance, la cupidité, l?hypocrisie? Voilà de vains sentiments que le jeûne et la prière vont combattre.
De la même manière, le Divali, dans son hymne à la lumière, dit le refus de l?ignorance et la quête de la vérité. C?est un effort incessant qui ne se fait pas sans la grâce divine.
Divali est de ces fêtes qui font de nous un peu plus des Mauriciens. Elle permet surtout à nos compatriotes de foi hindoue de rappeler l?essence d?une croyance qui se conjugue avec sagesse et amour de son prochain.
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