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Mariage de raison
On a l?habitude de voir des partis politiques nouer des alliances préélectorales contre nature. Maintenant il y a également des mariages incestueux. Religieux, responsables d?ONG, et syndicalistes transgressent allégrement les limites de leur champ d?action pour déboucher sur le pré carré des politiques.
Un syndicaliste, Yousouf Sooklall, est monté sur l?estrade de l?Alliance sociale cette semaine et a donné des consignes de vote. Il avait, peu de temps auparavant, annoncé son souhait de se voir confier une investiture travailliste pour les législatives. Allez savoir si cette irruption du président de la Free Democratic Unions Federation (FDUF) dans la mare politicienne est le résultat d?une prise de position ou d?un calcul de positionnement !
Il est vrai qu?il y a eu, historiquement, un lien étroit entre le syndicalisme et la politique. A l?époque où les clivages entre la gauche et la droite étaient clairs, les mouvements ouvriers soutenaient naturellement, les partis qui partageaient leurs sensibilités. Aujourd?hui, la situation a évolué. Dans l?ensemble, les syndicats défendent la cause des travailleurs, pas celle des politiciens.
De toute façon, les grandes figures du syndicalisme mauricien n?ont jamais tenté d?aventure personnelle mais luttaient toujours au nom d?un mouvement syndical. Or Yousouf Sooklall admet que ses propos n?engagent pas la FDUF, syndicat qu?il dirige. Ainsi, il sera difficile de distinguer, dorénavant, quel est le chapeau qu?il porte à chaque fois qu?il prend la parole à une manifestation publique.
Au meeting de l?Alliance sociale, le syndicaliste a expliqué qu?il a adhéré à la plate-forme de l?Alliance sociale en raison de la ?trahison? de Paul Bérenger. Ces propos de meeting sentent davantage l?opportunisme que la fidélité à un idéal. En tout cas, demander le départ d?un adversaire politique n?est jamais un programme d?alternance.
Il y a d?autres concubinages qui choquent durant cette période de campagne. Certains se servent sciemment de la religion pour des intérêts partisans. Plusieurs dirigeants de fédérations religieuses, ou de mouvements socio-religieux se sont livrés à ce petit jeu dangereux. Ils ont été nombreux à monter au créneau pour soutenir l?un ou l?autre bloc. Des soupçons de partialité pèseront sur ceux-là après les élections. Leur crédibilité s?en trouvera affectée.
Parfois c?est un individu qui se positionne en vue d?un gain personnel, parfois c?est une organisation qui fait pression pour soutirer un avantage. Par exemple, un ?council?, jusque-là inconnu, a organisé, en pleine campagne électorale, une réception à la gloire des dirigeants. Il est permis de penser que ce comportement relève de l?opportunisme. De même le grouillement des individus qui se manifestent seulement à l?heure de la distribution des investitures pour disparaître ensuite de la vie publique pendant cinq ans est tout autant significatif de la vacuité du débat politique.
Il existe un défaut qui est très fréquent chez ceux qui affirment avoir une vocation sociale ou qui occupent des postes influents dans la société civile. Ils tentent souvent de réaliser un dessein politique sous couvert d?une activité en apparence neutre. Personne ne leur aurait fait des reproches s?ils se contentaient de donner des avis argumentés sur les programmes respectifs des partis politiques. Le problème, c?est qu?ils sont des partisans qui se cachent derrière l?honorabilité de leurs organisations. Comprendront-ils un jour que la politique se fait dans l?intérêt général et non par intérêt ?
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