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Mare-Chicose fait grincer les dents

20 mars 2004, 20:00

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La mise sur pied de la commission d?enquête sur Mare-Chicose vient alourdir l?horizon déjà brumeux de l?alliance gouvernementale. Certains au mouvement socialiste militant (MSM) n?apprécient pas la célérité avec laquelle cette instance quasi-judiciaire a été établie.

Un ministre du MSM s?interroge même sur la procédure adoptée et parle de « deux poids et deux mesures dans la façon de traiter les demandes de commissions d?enquête dependant du fait que si le ministère concerné est dirigé par un membre du MSM ou du MMM ». Il évoque également des « connivences entre le mouvement militant mauricien (MMM) et le parti travailliste pour affaiblir le MSM. »

Toutefois lorsque la question est abordée au conseil des ministres vendredi, personne ne bronche. Mais en privé les langues se délient. Un ministre du MSM, légiste de formation, dit son désaccord sur le principe. « Nous sommes dans un régime parlementaire qui veut que les dossiers importants soient d?abord discutés au cabinet. Or, tel n?a pas été le cas pour cette commission d?enquête », affirme-t-il. Mais très vite le réalisme politique prend le dessus et le ministre atténue ses propos. « Dans les circonstances actuelles, je vois mal quelqu?un venir contester ouvertement la décision du Premier ministre », avoue-t-il. Le point de vue du ministre MSM est contesté par l?entourage du Premier ministre. Un des proches collaborateurs de ce dernier précise que, selon la loi, c?est le président de la République qui nomme des commissions d?enquête et non le cabinet. Il concède toutefois que la State House agit sur les conseils du chef du gouvernement.

Les étapes menant à l?institution de la commission d?enquête ont été très rapides. Ayant sans doute eu vent, en fin de semaine, que l?opposition reviendrait à la charge avec sa demande de commission d?enquête, Paul Bérenger en fin stratège, se prépare à tout. Il aborde la question dès lundi avec Pravind Jugnauth, vice-Premier ministre et leader du MSM.

Une fois l?assentiment de ce dernier obtenu, il met toute la machinerie en marche le lendemain matin. Le Premier ministre demande à son personnel d?aviser le président de la République. Il se renseigne à propos de la disponibilité de l?ancien juge Robert Ahnee. Il apprend que ce dernier rentre le même jour de Madagascar. Son choix est alors fait. Paul Bérenger demande que l?ancien juge soit contacté le plus vite possible. Ce qui est fait.

Les ministres du MSM ne sont cependant pas encore au parfum. Ils apprennent la décision premier-ministérielle en même temps que les autres parlementaires lorsque Prithviraj Putten répond à l?une des dernières questions supplémentaires du leader de l?opposition. Ce qui ne fait qu?exacerber la grogne. Dès lors certains visages se renfrognent.

Dans les coulisses à l?heure du déjeuner, on sent que quelque chose ne va pas. Chacun tente de trouver une explication. Un dirigeant du MSM va jusqu?à se demander si « le récent sondage de Synthèses ? « l?express » n?est pas monté à la tête de Paul Bérenger au point où il se croit autorisé à traiter son partenaire comme quantité négligeable. »

Joe Lesjongard qui a géré le dossier de Mare-Chicose quand il était ministre de l?Administration locale avoue qu?il n?a été mis au courant de la mise sur pied de la commission d?enquête que le jour où la décision a été annoncée. Toutefois, il ne s?en offusque pas outre mesure. « Lorsque je suis allé aux renseignements, on m?a fait comprendre que le Premier ministre en a discuté la veille avec le leader de mon parti. »

Si le gouvernement s?accorde à dire que tout a été fait dans la transparence, toutefois, en privé, certains ministres expriment des réserves sur la façon dont ce dossier a été géré. « Joe Lesjongard a été mal conseillé », révèle un ministre MMM. Une différence d?appréciation qui en dit long sur les relations entre ministres MSM-MMM, même si au sommet il y a unanimité.

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