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Questions à Arthur Carindal N'guessan

Le socle de l’avenir numérique de l’Afrique

9 juillet 2026, 13:16

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Le socle de l’avenir numérique de l’Afrique

Arthur Carindal N'guessan, Head of Stakeholder Development, AFRINIC Ltd.

1. Beaucoup de Mauriciens connaissent encore peu AFRINIC, bien que son siège se trouve à Maurice. En termes simples, quelle est la mission d’AFRINIC, et pourquoi les citoyens et les entreprises devraient-ils s’y intéresser ?

AFRINIC, l’African Network Information Centre, est le Registre Internet régional pour l’Afrique. Son siège se trouve à Cybercity, Ébène, à Maurice. La mission d’AFRINIC est de contribuer au bon fonctionnement et au développement de l’Internet à Maurice, en Afrique et dans la région de l’océan Indien. Nous gérons et distribuons des ressources numériques Internet, telles que les adresses IP et les numéros de systèmes autonomes, qui permettent aux appareils, aux sites web, aux réseaux et aux services en ligne de se connecter entre eux.

La plupart des gens ne voient pas directement ce travail, mais ils en dépendent tous les jours. Les services bancaires en ligne, le commerce électronique, les plateformes éducatives, les services publics numériques, les applications mobiles et la connectivité des entreprises reposent tous sur un système d’adressage Internet bien géré. En termes simples, AFRINIC contribue à une partie de la fondation technique qui permet à l’Internet de fonctionner à Maurice, en Afrique et dans l’océan Indien.

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2. Maurice souhaite se positionner comme un hub régional du numérique et des technologies. Comment AFRINIC contribue-t-il à cette ambition, à travers sa présence dans le pays et son action en Afrique et dans l’océan Indien ?

La présence d’AFRINIC à Maurice donne au pays une place importante dans l’écosystème mondial de l’Internet. En tant que Registre Internet régional pour l’Afrique et l’océan Indien, AFRINIC apporte une expertise technique précieuse à Maurice et contribue directement aux efforts de transformation numérique du pays. Avec environ trois (3) adresses IPv4 par utilisateur Internet, Maurice figure parmi les pays africains ayant l’un des taux d’allocation IPv4 par habitant les plus élevés. Cela renforce l’image de Maurice comme une destination crédible et fiable pour les activités numériques, les entreprises technologiques et le développement de l’Internet. À travers nos programmes, nos activités de renforcement des capacités et notre engagement auprès des gouvernements, des régulateurs, des opérateurs, des universités et du secteur privé, nous contribuons également à bâtir un écosystème Internet plus solide et plus résilient en Afrique et dans la région de l’océan Indien. Dans ce sens, AFRINIC participe à la transformation numérique plus large du continent.

3. Les ressources numériques Internet, telles que l’IPv4, l’IPv6 et les numéros de systèmes autonomes, restent largement invisibles pour le public. Pourquoi sont-elles essentielles au fonctionnement, à la croissance et à la résilience de l’Internet, et quels défis l’Afrique rencontre-t-elle dans la gestion de ces ressources de plus en plus rares ?

Les ressources numériques Internet sont essentielles parce qu’elles permettent aux réseaux et aux appareils de s’identifier et de se joindre en ligne. Une façon simple de comprendre les adresses IP est de les comparer à des numéros de téléphone pour l’Internet. Sans elles, les appareils, les sites web et les services en ligne ne sauraient pas comment communiquer entre eux. Le défi est que les adresses IPv4 sont limitées et sont devenues rares à l’échelle mondiale, alors que la demande de connectivité continue de croître en Afrique. Chaque jour, davantage de personnes, d’entreprises, d’écoles, d’hôpitaux, de services publics et de plateformes numériques se connectent à Internet. C’est pourquoi la gestion responsable des ressources IPv4 existantes reste importante, et pourquoi la transition vers l’IPv6 est devenue essentielle. L’IPv6 offre un espace d’adressage beaucoup plus vaste, donnant à Maurice et au continent africain la capacité nécessaire pour soutenir, sur le long terme, la croissance de l’Internet, l’innovation et l’inclusion numérique.

4. AFRINIC a connu plusieurs années de litiges et de défis de gouvernance qui ont attiré l’attention internationale. Quelles leçons l’organisation a-t-elle tirées de cette période, et quelles mesures sont prises pour restaurer la confiance des membres et de la communauté Internet au sens large ?

Il ne serait pas approprié pour AFRINIC de commenter le fond des affaires qui sont ou qui ont été devant les tribunaux. Ce que nous pouvons dire, c’est que cette période a rappelé l’importance d’une gouvernance solide, de la transparence, de la responsabilité institutionnelle et de la participation de la communauté. La priorité d’AFRINIC est de continuer à renforcer ses processus institutionnels et à rétablir la confiance de ses membres et de la communauté Internet au sens large. Cela passe notamment par l’amélioration des pratiques de gouvernance, le soutien aux processus communautaires ouverts, le renforcement des mécanismes de supervision, et la garantie que les décisions soient prises de manière équitable, transparente et responsable. La leçon est claire : une institution comme AFRINIC, qui gère des ressources critiques de l’Internet pour l’ensemble du continent, doit être stable, digne de confiance et guidée par les intérêts à long terme du continent qu’elle sert. AFRINIC reste pleinement concentrée sur cette responsabilité.

5. Certains acteurs estiment que les ressources numériques Internet devraient être considérées principalement comme des actifs contrôlés par les opérateurs de réseaux, plutôt que comme des ressources gérées selon un modèle régional de gérance. Pourquoi AFRINIC estime-t-il que cette approche de gérance demeure importante pour l’avenir numérique de l’Afrique ?

Les ressources numériques Internet ne sont pas de simples actifs commerciaux. Ce sont des identifiants techniques uniques qui font partie de la fondation commune de l’Internet mondial. En raison de leur importance et de leur rareté, les ressources IPv4 doivent être gérées de manière responsable, équitable et dans l’intérêt du développement à long terme de l’Internet. Le modèle de gérance des Registres Internet régionaux permet de veiller à ce que ces ressources soient administrées à travers des politiques transparentes et élaborées par la communauté. Il contribue également à promouvoir un accès équitable pour les opérateurs, les entreprises, les institutions et les pays de la région. Pour l’Afrique, cela est particulièrement important. Notre continent dispose encore d’un potentiel important de croissance de l’Internet. Nous avons besoin d’un modèle de Registre Internet régional qui soutient cette expansion, protège l’intérêt public et garantisse que les ressources numériques Internet continuent de servir le développement des réseaux, des économies et des communautés à Maurice et en Afrique.

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6. Le différend portant sur des millions d’adresses IPv4 a soulevé des questions plus larges concernant la spéculation, les transferts et l’utilisation des ressources Internet africaines en dehors du continent. Comment AFRINIC équilibre-t-il les besoins commerciaux légitimes avec sa responsabilité de veiller à ce que ces ressources rares continuent de servir le développement à long terme de l’Afrique ?

AFRINIC reconnaît que les opérateurs de réseaux et les entreprises ont besoin de flexibilité pour se développer, investir et répondre aux besoins du marché. En même temps, les ressources numériques Internet sont limitées et doivent être gérées d’une manière qui protège les intérêts à long terme de notre continent. Sans commenter un différend ou une affaire judiciaire spécifique, le rôle d’AFRINIC est d’administrer ces ressources conformément aux politiques applicables, aux obligations contractuelles et aux processus communautaires établis. L’objectif est de soutenir les besoins opérationnels légitimes, tout en garantissant l’équité, la transparence et une utilisation responsable. Cet équilibre n’est pas décidé par AFRINIC seul. Il se construit à travers le processus d’élaboration des politiques, dans lequel les membres de la communauté Internet discutent, proposent et adoptent des politiques pour la gestion des ressources numériques Internet en Afrique. Nous encourageons donc les fournisseurs d’accès Internet, les entreprises, les gouvernements, les régulateurs, les universitaires, les experts techniques et les utilisateurs ordinaires d’Internet à participer à ces discussions. L’avenir de l’Internet en Afrique doit être façonné par une communauté ouverte, informée et inclusive.

7. L’épuisement des adresses IPv4 a accéléré la transition mondiale vers l’IPv6, mais son adoption reste inégale en Afrique. Quels sont les principaux obstacles au déploiement de l’IPv6, et quel rôle les gouvernements, les opérateurs télécoms et les entreprises devraient-ils jouer pour accélérer cette transition ?

Les principaux défis sont la sensibilisation, la préparation technique, les priorités d’investissement et la persistance de systèmes anciens conçus principalement pour l’IPv4. Dans de nombreux cas, les organisations comprennent que l’IPv6 est important, mais son déploiement est retardé parce qu’il exige une planification rigoureuse, la formation du personnel, des mises à niveau des réseaux, une coordination entre les équipes et des décisions claires de la part de la direction. Les gouvernements peuvent jouer un rôle important en encourageant l’adoption de l’IPv6 dans les stratégies numériques nationales, les marchés publics et les discussions réglementaires. Les opérateurs télécoms et les fournisseurs d’accès Internet doivent progressivement activer l’IPv6 sur leurs réseaux. Les entreprises, les banques, les universités, les fournisseurs de contenus et les institutions publiques doivent également s’assurer que leurs sites web, plateformes et services numériques soient prêts pour l’IPv6. L’adoption de l’IPv6 n’est pas la responsabilité d’un seul groupe. Elle exige une action coordonnée de l’ensemble de l’écosystème numérique. AFRINIC continuera à soutenir cette transition à travers la formation, l’accompagnement technique, la sensibilisation et le dialogue avec les parties prenantes à Maurice et à travers l’Afrique.

8. En regardant vers l’avenir, quelle est votre vision pour AFRINIC au cours des cinq prochaines années ? Au-delà de l’allocation des ressources numériques Internet, comment voyez-vous l’organisation contribuer à la transformation numérique, à la résilience de l’Internet, à la cybersécurité et au développement économique en Afrique et dans la région de l’océan Indien ?

Notre vision est de faire d’AFRINIC une institution stable, fiable et orientée vers le service, qui continue à soutenir l’avenir numérique de l’Afrique. Au-delà de l’allocation des ressources numériques Internet, AFRINIC a un rôle important à jouer dans le renforcement des capacités techniques, la promotion de l’adoption de l’IPv6, le soutien aux bonnes pratiques de sécurisation du routage, l’amélioration de la résilience de l’Internet et l’encouragement de la collaboration au sein de l’écosystème Internet. Une infrastructure Internet solide est essentielle à la transformation numérique. Elle soutient l’innovation, les services en ligne, la modernisation du secteur public, l’inclusion financière, la préparation en matière de cybersécurité et la croissance économique. Au cours des cinq prochaines années, la contribution d’AFRINIC sera d’aider à faire en sorte que l’Afrique et la région de l’océan Indien disposent des ressources techniques, des connaissances et de la coopération nécessaires pour bâtir un Internet plus ouvert, plus sûr, plus résilient et plus inclusif.

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