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Mare-Chicose bout d?impatience
Trois cents villageois se lèvent et se couchent dans la puanteur. Leur rêve d?horizons lointains, hors de la vue du centre d?enfouissement technique de Mare-Chicose se dissipe peu à peu. Dès cinq heures du matin, à la vue des camions-bennes, l?impatience gagne les c?urs et une question revient comme un leitmotiv : quand quitteront-ils ce lieu de calvaire pour Marie-Jeannie ?
À l?évocation du doux nom de Marie-Jeannie, localité où les habitants de Mare-Chicose sont censés être relogés, Desirella Heeraloll revit. « Vous ne pourrez pas comprendre ce que c?est que de vivre ici. Depuis que les autorités nous ont promis un terrain à Marie-Jeannie, nous comptons les jours, les heures et les minutes qu?il nous reste à passer ici », confie-t-elle. L?attente est encore plus dure depuis que son fils aîné a développé une maladie de la peau. « Nos enfants ne vivent pas leur enfance en ces lieux. »
Chaque jour, il faut composer avec les effets néfastes du dépotoir. Avec le retour des beaux jours, les mouches font bombance. Elles ont même joué les trouble-fêtes à un mariage qui a eu lieu récemment, mettant prématurément fin à une fête qui devait durer jusqu?à fort tard. La nourriture, laissée à découvert, est contaminée en un tournemain. « Les insectes ont pondu dans un curry de viande que j?avais laissé à découvert sur la table de la cuisine. J?ai dû tout jeter à la poubelle », s?indigne Desirella Heeraloll.
Elle est convaincue que le changement d?air ferait le plus grand bien à sa famille, tout comme sa voisine, Amrita Ujodha qui souffre depuis quatre ans d?enflures aux doigts et aux orteils. « Mo finn ne isi, mo finn marie monn al ress Trois-Boutiques, zame mo pa finn malad otan. Kan mo retourn isi tou kalite problem », raconte-t-elle. Son rêve, c?est de pouvoir faire le ménage sans avoir à porter de gants?
Ils veulent tourner la page
Les habitants voudraient une fois pour toutes tourner la page de Mare-Chicose, reléguer dans un coin de leur mémoire ce chapitre douloureux de leur existence. Vivre une vie normale, recevoir parents et amis dans un cadre agréable, laisser les fenêtres ouvertes à loisir, regarder les enfants jouer à l?air libre? « Ces plaisirs simples de la vie nous ont été ravis depuis trop longtemps. Il est temps pour nous d?avoir une vie normale? » souligne Gianee Khokkah.
Les bribes d?information grappillées ça et là font état d?un relogement dans deux mois. Mais les terres, s?inquiètent-ils, sont encore à l?état d?abandon. Aucune infrastructure, depuis l?annonce du projet, n?est encore venue se greffer sur le lieu qui leur a été dévolue. « Bann dimounn impasian parski soufrans la pe ale mem, li pe plis agrave », soupire le président des forces vives, Balkrishna Goorcharan.
Le président du conseil de village, Mahendranath Boyjnath, se dit également « tracassé ». « Depi zanvie ine pran desizion pou reloz nou a Marie-Jeannie. Nous ti panse bann lotorite pou al bien vite. Me la, nou pa pe konpran, pa pe tanne narien ».
Au ministère de l?Administration locale, on se veut rassurant. Le projet de relogement des habitants de Mare- Chicose va bon train. Les plans d?agencement ont déjà été finalisés. Il s?agit maintenant d?attendre les résultats des tests effectués par les ingénieurs pour connaître la nature des sols. « Pourvu qu?ils ne s?éternisent pas. Notre patience à des limites », préviennent les villageois.
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