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Marchands de rue : le jackpot

4 janvier 2005, 00:00

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Finie l?époque où les autorités faisaient la chasse aux marchands dits ambulants. Finie l?époque où à l?approche des fêtes de fin d?année, les municipalités prenaient des mesures pour empêcher que les trottoirs ne soient squattés par ces vendeurs de rue. Car pour le mois de décembre, environ 2 500 vendeurs de rue se sont joints aux mille ?ambulants? régularisés. Aucune taxe à payer, aucun loyer ni de facture d?électricité. C?est le rêve. Et pour les 20 derniers jours de l?an, les profits varient de Rs 50 000 à Rs 75 000.

Le maire de Port-Louis, Abdoullah Hossen, reconnaît qu?il y a eu ?prolifération de marchands ambulants? en décembre. Des commerçants établis commencent eux aussi à imiter les marchands ambulants. Sinon leur mode opératoire.

Tout porte donc à croire que ce business serait très lucratif. ?Si ce business ne rapportait pas beaucoup d?argent, on n?aurait pas eu autant de marchands ambulants envahissant les rues?, confirme Robert Hungsley, maire de Beau-Bassin-Rose-Hill.

Pourtant personne n?a cherché à savoir qui sont ces ambulants, d?où ils s?approvisionnent, combien d?argent ils se font par jour et s?il y a une filière bien établie dans ce secteur informel fort prospère. Et ce ne sont pas les marchands ambulants qui divulgueront leurs revenus exacts.

Razack D., un ancien marchand ambulant qui s?est lancé dans l?importation à travers des voyages en Asie en 1989 nous donne cependant une idée. Il dirige aujourd?hui une entreprise qui, en 2004, a importé pour Rs 25 millions de marchandises d?Asie. La cargaison était destinée à approvisionner les marchands ambulants et certains grossistes.

?Rien que pour décembre, il y a un marchand ambulant de Port-Louis qui a pris Rs 500 000 de marchandises à crédit. Il a presque tout écoulé. J?ai 30 marchands ambulants qui travaillent avec moi et je peux sans me tromper dire que pour les 20 derniers jours de décembre, le profit net de ceux qui savent travailler varie de Rs 50 000 à Rs 75 000. Les autres ont dû se faire un minimum de Rs 25 000. Pour les autres mois, le profit doit tourner autour de Rs 20 000 pour ceux qui achètent des importateurs ou des grossistes comme moi. Ceux qui importent leurs marchandises réalisent un profit plus important.? N?oublions pas ceux qui font venir des conteneurs de marchandises rien que pour le mois de décembre.

?C?est une mafia bien organisée?, affirme Hyder Ryman, président de l?Association des marchands ambulants régularisés. ?Chaque matin, des vans avec produits et vendeurs sillonnent les rues de la capitale très tôt et déposent des marchands ambulants. J?ai essayé de retracer ces importateurs mais en vain.? Cette année, il est décidé à traquer cette ?mafia? avec l?aide des autorités.

Autre mystère : ?Des 700 marchands ambulants qui renouvellent leur permis régulièrement, il n?y a qu?environ 300 à 400 qui travaillent?, affirme Abdoullah Hossen, maire de Port-Louis. Que font donc les autres ? Les autorités n?ont jamais effectué d?études socioéconomiques à ce sujet.

De même, personne ne peut dire qui sont les 2 500 ambulants qui ont envahi la capitale en décembre. A Port-Louis, Rachid, avec des jupes et blouses sous les bras, explique sa situation. Il travaille comme planton et a pris des congés pour décembre. Les marchandises qu?il écoule viennent d?une ?importation familiale?. Lui et ses parents ont cotisé pour importer un conteneur de vêtements, des jeans et des blouses vendus à des prix qui varient de Rs 100 à Rs 150.

?Si la polis vini bizin galoupe?

Il a commencé à vendre vers le 10 décembre alors que d?autres parents étaient déjà à pied d??uvre vers fin novembre. Le 31 décembre, avec ses parents, il a travaillé jusqu?à minuit. Mais Rachid ne nous dit pas ce que son ?importation familiale? rapporte comme profit. Ni comment il arrive à vendre à des prix aussi bas.

Que font les autorités ? Pour Rachid, tout se résume à un jeu de cache-cache. Il faut ?zoué ou rol?. Et ?si la polis vini, bizin galoupe?.

Justement un policier patrouille à quelques mètres de là. Mais, explique Rachid, ?sa bann la non. Zot pa fer narien sa. Bann qui vinn dan jeep ki bizin per. Mai si ou galoupe, zot pa pou poursuiv ou zot ale trankil et ler la ou revini?.

Et comment les prix sont-ils aussi bas ? ?Le marchand ambulant ne paie pas de loyer, n?a pas de facture d?électricité et pas de salaires à payer?, précise Hyder Ryman. Razack D? a une autre explication. ?Les marchandises sont sous-facturées en Asie et certains vont directement dans des usines en Chine qui ont des stocks sur le bras et peuvent les liquider. J?ai déjà acheté tout un conteneur de slips et culottes à Rs 1 l?unité alors que le prix normal est de Rs 5 et Rs 8 respectivement.? N?oublions pas non plus les produits volés mis en vente.

La situation est loin de plaire aux marchands qui se sont régularisés.? Je paye gros en termes de taxe douanière, en TVA, en impôt sur le revenu. Je suis entièrement pour une formule, à travers la Revenue Authority pour contrôler tout cela?, affirme Hyder Ryman.

Blanchiment d?argent

Et il y a un risque certain que cette filière soit utilisée pour le blanchiment d?argent. Un fonctionnaire, qui est entré dans la filière des marchands ambulants avec des vêtements mais qui compte se recycler dans les meubles, explique le processus. ?Il faut, par exemple, mettre disons Rs 4 millions gagnées en arrangeant des courses ou en vendant du brown sugar en banque. Et les transformer ensuite en devises étrangères au marché noir. Pour les trouver, il suffit de faire un tour à la place Bissoondoyal. On t?aiguillera. Les Rs 4 millions transformées en euros ou dollars, tu demandes un prêt de Rs 500 000 d?une banque. Tu pars vers l?Asie et tu achètes pour Rs 4,5 millions de slips que tu fais sous-facturer à Rs 500 000. Tu payes Rs 4 millions là-bas cash et quand la marchandise arrive, tu paies les Rs 500 000 avec le prêt. Le tour est joué et tu te mets à vendre à travers les ambulants. Tu peux à la fois laver l?argent sale et le faire fructifier. Les slips sont bons pour laver cet argent, ils ne se démodent jamais?.

Pince-sans-rire, le fonctionnaire mettra cependant le doigt sur une possible déviation du processus. L?importateur qui blanchit ainsi de l?argent peut accepter de perdre une partie des Rs 4 millions. ?S?il le fait, et je me demande si certains ne le font pas déjà, il vend à vil prix. Personne ne pourra les concurrencer.?

En attendant, verra-t-on un jour la fin de ces marchands ambulants dans les rues de la capitale alors qu?à Rose-Hill, ils ont tous été casés à côté du stade. ?Oui?, répond Abdoullah Hossen. Car la municipalité de Port-Louis prévoit un millier de places dans le Hawkers Palace pour ces marchands ambulants. Et quand l?établissment sera prêt en 2006, il n?y aura donc plus aucun marchand ambulant dans les rues de la capitale. Au train où vont les choses, la question mérite d?être posée.

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