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Maquettes de bateau : L?Histoire en modèle réduit

27 juillet 2007, 20:00

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Sur l?établi, une couverture de magazine dépasse. Un titre retient notre attention. «Oh ça?» fait Gérard Munbode, concentré sur le montage d?une maquette de bateau. Il s?arrête et feuillette le papier glacé. En une : le film Pirates des Caraïbes. Chez First Fleet Reproduction Ltd, la commande a déjà été passée. Pour des répliques des bateaux vus dans cette trilogie hollywoodienne déjà culte. Des cinéphiles russes ? dont First Fleet protège jalousement l?identité ? veulent avoir chez eux le «Hollandais volant» et le «Black Pearl».

Branle-bas de combat dans l?atelier situé à Phoenix, où travaillent une trentaine de personnes. Et si de nombreuses tables de travail sont vides, c?est à cause de la grippe. A la barre, Pinuccia Tonani, Italienne installée à Maurice depuis deux décennies. Les bois sont choisis avec soin. Ce sera du teck et du sapelier pour ces vaisseaux de pirates reproduits en 80 cm pour le «Hollandais volant» et en 60 cm pour le «Black Pearl». «On a cherché des DVD, des magazines, tout ce qui pouvait nous aider», explique la directrice de First Fleet.

Car il s?agit de reproduire l?Histoire au plus près. Avec le maximum de détails. Les courbes de la tête de mort, les moindres détails de la figure de proue. Procédé de fabrication atypique : l?utilisation d?os de b?uf, nettoyés, bouillis, blanchis avant d?être sculptés. Gérard Munbode nous tend un lion qui ornera bientôt une proue. Au premier coup d??il, on dirait presque que c?est de l?ivoire. «Nous pouvons faire jusqu?à 150 modèles dans l?atelier.»

Parmi les plus demandés : le «Saint Géran», dont le naufrage est à l?origine du drame de Paul et Virginie. Pinuccia Tonani peut vous parler de maquettes durant des heures. «Vous savez, parfois pour un seul bateau, il a fallu faire des mois de recherches. Et pas que dans l?univers féerique de Hollywood.» Car habituellement, c?est surtout du côté des musées de marine, de Paris, d?Espagne entre autres, que la Milanaise traîne ses carnets de notes.

«Plus que du commerce, c?est devenu une passion pour l?Histoire. On garde la part de rêve, on cherche à faire de jolies choses», explique Pinuccia Tonani en nous montrant les plans à échelle 1/150e achetés à l?Association des amis des musées de la marine. Celui que nous avons sous les yeux détaille les ponts et dimensions de Soleil Royal, vaisseau de la flotte de Louis XIV.

Une fois le plan reçu, les petites mains vont le lire et l?exécuter. Tout doit être taillé au millimètre près, «pour être le plus proche possible de l?original». Chaque pièce sera rabotée et vernie jusqu?à satisfaction. De la marqueterie du «château» ? structure placée au milieu d?un navire, sur toute sa largeur, pour le logement des passagers et de l?équipage ? aux voilures en passant par les boulets de canon, les sacs de farine, les barils de poudre ou les hamacs et les malles, rien ne manque à l?appel. «Parfois, c?est le client lui-même qui nous aide à chercher toutes les informations nécessaires à la réalisation de la maquette.»

Le travail à la chaîne s?assure que toutes les pièces des navires de guerre ou d?apparat, les bateaux de corsaires ou de souverains soient rendus avec le plus de réalisme possible. Même raffinement dans les finitions, ce qui augmente la valeur de ces maquettes. Des décorations en bois d?ébène contribuent à l?élégance racée de ces lignes qui, au fil des siècles, s?est débarrassée des lourdeurs pour préférer des formes plus aérodynamiques.

Comme en témoigne ce chebec, un trois-mâts très fin utilisé par les pirates d?Afrique du Nord et allant à la voile ou à l?aviron. First Fleet Reproductions Ltd propose un voyage dans le temps. Le Soleil Royal de Louis XIV y côtoie le Sovereign of the sea, fierté navale britannique «On a beaucoup travaillé pour réaliser les deux jumeaux que vous voyez à la poupe.»

La visite prend des allures de cours magistral. «Chaque bateau a son histoire. Parfois, quand on reçoit, cela peut arriver que la conversation piétine. Une maquette de bateau chez vous, c?est un sujet de conversation inépuisable, cela réunit les gens.»

Autre vaisseau du grand écran transposé à Phoenix, le HMS Surprise, du film Master and Commander. Du Wasa, bateau suédois construit en 1628, qui coula le jour de son lancement et qui fut retiré des eaux de Stockholm trois cents ans plus tard. «Cela vous donne des frissons de savoir que le vrai bateau existe toujours dans un musée, vous ne trouvez pas?», lance notre guide pour la visite, en se frottant le bras.

Un tour de la boutique de First Fleet nous ramène devant le géant placé face à la porte d?entrée. Il s?agit de La Confiance de Surcouf, daté de 1792. «Vous savez, les collectionneurs fonctionnent de manière méthodique. Il y a ceux qui veulent avoir les bateaux-écoles de tous les pays. D?autres choisissent une époque et réunissent tout ce qui se rapporte à ce moment donné de l?Histoire», dit Pinuccia Tonani. Elle en profite pour nous montrer les caravelles de Christophe Colomb : la Santa Maria, la Nina et la Pinta, toutes de 1492.

La passion de la collection a un prix. Il varie de Rs 300 pour des pirogues rudimentaires à Rs 60 000-Rs 70 000 pour des petits bijoux de savoir-faire mauricien.

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