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Manger pour vivre

9 juillet 2007, 00:00

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Cela fait tout juste une semaine que Bernard Betsy a repris la cantine scolaire de Bon Secours RCA à Port-Louis. Faire à manger, il connaît déjà, pour être le gérant de Copacabana, restaurant de Rose-Hill, qui propose de la ?cuisine de grand?mère, des plats traditionnels?.

Il est plus de 11h30. La récré ne va pas tarder. L?équipe de Bernard Betsy est déjà en place, gants blancs et casquettes prêts à satisfaire les petits estomacs creusés par les classes du matin. ?Nous n?avons pas le droit de cuire sur place?, déplore d?emblée le gérant. Ce qui lui aurait évité d?avoir à préparer burgers, le hot dog et la mayonnaise très tôt le matin dans les cuisines du resto. D?embarquer les plats avant 7 heures, ?pour éviter les embouteillages?, et arriver à l?école à 7 h 30. Et servir les premiers clients à 8 heures, à l?ouverture de l?école. Les portions de mines, vendues à Rs 10 dans des sachets en plastique ? avec la fourchette ? arrivent un peu plus tard, vers 11 heures. ?C?est toujours chaud, mais il aurait été mieux de pouvoir tout faire sur place, d?autant plus que la cantine est équipée pour cela. En plus c?est un endroit où les élèves n?ont pas accès. Qu?est-ce qui est meilleur ? Nous dire de ne pas cuire sur place et laisser les enfants manger les ?dholl puri? et ?rotis? qui sont vendus dans la rue??

La liste des repas proposés ressemble beaucoup à la carte de la plupart des petits restos. Riz frit, mine frit. ?Sao mai?, boulettes de poisson mais aussi de poulet rempliront le ventre des enfants. Les tranches de pizza ont également la cote.

Dès que sonne la cloche, c?est la ruée. Pains fourrés et mines partent en premier. Chocolats, gaufrettes en forme de cigarettes figurent aussi en bonne place. Malgré l?hiver, les sucettes à la fraise ont du succès. Cédric, Fabrice, Ruben et Stan, tous en Standard VI témoignent. Quand on leur demande ce qui a changé en une semaine, ils disent spontanément : ?Avan pa ti met legan, pa ti met kasket.? Stan avec ses joues rondes, insiste : ?Bann zafer ti ser. Ti vann minn siaow, aster ena poul ousi ladan.? Ruben se souvient : ?Minn la ti tro sale, ti ena zis lafarinn avek lake zoinion.? Catherina, plus timide, grignote avidement son ?piksidou?.

?Qu?est-ce qui est meilleur ? Nous dire de ne pas cuire sur place et laisser les enfants manger les ?dholl puri? et ?rotis? qui sont vendus dans la rue??

La course aux friandises, après la sonnerie est encore plus impressionnante au Piton State College, établissement qui partage ses locaux avec le Goodlands (Boys) SSS. C?est l?heure de la pause de l?après-midi. Dix minutes pour avaler un bol de ?halim? chaud vendu à Rs 10. ?Si nou mett tamarin la, li pou rest lamem, garson pa manz sa?, confie Vishnu Narainen.

A eux deux, ces collèges possèdent plus exactement deux cantines pour satisfaire les 800 élèves. Que ce soit à l? ?east? ou à la ?west canteen?, les casquettes et chapeaux enveloppent les têtes des équipes. Comme à Port-Louis, les aliments préparés sont recouverts soit de torchons ou placés sous des cloches en tulle.

Les lieux semblent propres. A l?est : Vishnu Narainen, propriétaire lui aussi d?un snack, à Piton même. A l?ouest : Indraowtee Marooday, qui tient un petit bouilli-bouilli à Plaine des Papayes. Entre eux, un grand préau meublé de tables et de bancs en bois. ?Gloup gloup.? Les morceaux de pain sec trempés dans du ?halim? réconfortent ces jeunes apprenants. Le bol pas encore terminé, et voilà le ?break? déjà terminé.

<B>Aline GROËME-HARMON

QUESTIONS À?

<B>Shameem Fatehmamode Nutritionniste</B>

● <B>Comment accueillez-vous l?initiative de bannir les ?snacks? dans les écoles ? </B>

C?est un bon pas en avant. Réduire les facteurs de risque du diabète, des maladies cardiovasculaires, à un si jeune âge, est excellent. Mais il y a tout un travail de sensibilisation à mener, au niveau des écoles. Il faut encourager les enfants à trouver des alternatives et à comprendre pourquoi il faut adopter ce comportement alimentaire.

● <B>Que reproche-t-on à ces ?snacks? et friandises ? </B>

Ils contiennent trop de mauvaises graisses, d?hydrates de carbone, et trop de sucre rapide. Ce sucre rapide se digère très vite et passe très vite dans le sang. L?enfant a de nouveau faim dans un court délai. Le grignotage est favorisé. Et plus vous mangez, plus vous en voulez. Les sucres lents contenus dans les pâtes, le pain, la farine notamment sont plus consistants.

● <B> Qu?en est-il des préservateurs ? </B>

Ce sont des substances chimiques qui sont très nocives pour la santé, surtout au rythme où les enfants ont tendance à consommer les friandises qui les contiennent. Cela peut, entre autres, engendrer des complications au foie ou être source d?allergies. Les colorants et édulcorants contenus dans ces friandises peuvent aussi leur faire beaucoup de tort.

● <B> Comment encourager l?enfant à bien manger ? </B>

Il doit prendre un bon petit-déjeuner, qui constitue 25 % de ses besoins nutritionels de la journée. Cela lui évitera aussi d?avoir recours au grignotage. Il est important que le petit-déjeuner comprenne des céréales de blé complet et non ceux qui sont à base de chocolat et autres composants sucrés. Le pain est aussi nécessaire ainsi qu?un yaourt au moins une fois par jour.

● <B> Quoi vendre en alternative dans les cantines ? </B>

Les yaourts à un prix raisonnable, les fruits, les salades, des biscuits allégés, des barres de céréales, du pain ? mais il faut encore savoir à quoi les fourrer ? de l?eau et des jus qui ne sont pas aussi sucrés que des boissons gazeuses. C?est toute une éducation à refaire et les nutritionnistes, ont un gros travail, tant pour éduquer les enfants que pour former les enseignants sur ces questions.

● <B> Certains jus ne sont pas moins sucrés que les boissons gazeuses?</B>

C?est là que le bât blesse. Il y a des jus qui sont des concentrés de fruits mais qui ont une teneur de sucre élevée alors qu?il y a des purs jus de fruits qui sont plus recommandés pour l?enfant.

● <B> L?obésité infantile à Maurice est-elle préoccupante ? </B>

Les récentes études démontrent que trois enfants sur dix sont obèses. Ce qui est effrayant. Leurs dépenses énergétiques par rapport à ce qu?ils mangent ne sont pas suffisantes. Et le fast-food a pris trop de place dans leurs habitudes alimentaires.

Propos recueillis par <B> Jane L.O?NEILL</B>

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