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Maman, j?ai filmé la guerre
Un nouveau cinéma-vérité de guerre déferle depuis peu dans les foyers américains, selon Louise Roug, qui a rencontré des soldats en Irak pour le quotidien Los Angeles Times.
Ainsi, Chase McCollough est rentré au Texas, en novembre 2004, avec un vidéoclip réalisé par ses compagnons d?armes. Sa famille et ses amis ont pu voir des images de corps brûlés, sanglants, mutilés, décapités, avec pour bande-son une musique du groupe Dope et ces paroles : « Meurs, je veux pas de ta résistance. Meurs, je veux pas de tes prières. » La famille n?a pas apprécié ces images, ressenties comme « terrifiantes ». « Pour moi, c?est un trophée à garder, se défend le soldat âgé de 20 ans. J?étais là, j?ai fait ça. »
La guerre en Irak est le premier conflit où les soldats sont équipés de caméras numériques légères qui leur donnent la possibilité d?enregistrer leur propre combat. Aujourd?hui, grâce aux techniques de montage sur ordinateur, les soldats peuvent fabriquer sur place des vidéoclips avec leurs images sanglantes, y ajouter de la musique, et les faire circuler entre eux et sur Internet.
<B>Des videos sanglantes</B>
Même si l?armée interdit la circulation de photographies d?Irakiens et d?Américains prisonniers, blessés ou morts, ce genre d?images prolifère. L?armée fouille les soldats, mais pas leurs ordinateurs.
« J?ai beaucoup d?images d?Irakiens morts, comme tout le monde », avoue Jack Benson, 22 ans, basé près de Baaqouba. Le sergent Benjamin Bronkema, 30 ans, estime que la chaîne MTV devrait même acheter ces vidéoclips : « Pour ce qui est de glorifier la violence, ces images sont comme ce qu?on voit au cinéma, elles ne sont pas plus violentes que le film Il faut sauver le soldat Ryan », se justifie-t-il.
« C?est le journal de guerre de la génération MTV », explique Thomas Do-herty, responsable du département cinéma de l?université Brandeis et auteur de Projections of War : Hollywood, American Culture and World War II.
Une association de défense des droits civiques, l?ACLU, a protesté contre un DVD où l?on voit des soldats donnant des coups de pied au visage d?un prisonnier blessé.
Le soldat Scott Schroder a préféré
ne pas montrer ces « vidéos meurtrières, démoniaques, cruelles » à sa propre famille. D?autres s?avouent dégoûtés et dénoncent ces vidéos sanglantes comme étant l?équivalent des images d?otages décapités venues de l?autre camp.
<B> @ 2 005 Le Monde ? Claudine MULARD ? Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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