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Mamade Kadreebux, globe-trotter du verbe
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Mamade Kadreebux, globe-trotter du verbe
C?est une errance. A la fois physique et intérieure. Commencée sur une route déserte et belle. Une route-frontière. Une route-danger. Le voyageur est clandestin. De ses pieds, il foule une terre inconnue et interdite. En même temps, c?est son âme qu?il dépoussière. Explorant les plus lointaines contrées du genre humain, Mamade Kadreebux nous entraîne à sa suite. Autobiographie, roman, Life in the shadows balance entre ces deux styles. Et au final, c?est sa quintessence à lui étalée sur de nombreux kilomètres.
C?est tout cela qu?à tenu à saluer le Collège Royal de Curepipe jeudi dernier au cours du lancement de Life in the shadows. L?établissement scolaire a également récompensé la meilleure rédaction ayant pour thème imposé le livre de Mamade Kadreebux.
De la Suisse au Pakistan, en passant par ses voyages imaginaires, ses incursions dans l?imaginaire des autres, l?auteur est un nostalgique de ses années en uniforme gris, où il arpentait la grissaille curepipienne.
Quand on lui demande de parler de lui, l?auteur rejoint le narrateur de Life in the shadows. A l?instar de ce carnet de voyage débordant d?impressions de soleil levant et couchant, de lac Léman paisible et silencieux, Mamade Kadreebux livre en vrac : ?J?étais boursier du Commonwealth.
J?ai fait des études d?ingénieur, je me suis beaucoup documenté sur des civilisations anciennes pour le compte de l?université de Berkeley, j?ai fait un passage éclair au Time magazine. J?ai photographié Tonbouctou et les villes perdues d?Arabie Saoudite? ? Stop. Le trop plein nuit.
?I am restless (?) And I have the desire to set fire to this town, to let it burn in front of my eyes, to let it all burn into ashes so that the next stranger who comes along finds only a gaping hole in the ground.? Désir de destruction nourri par trente années à fréquenter les chemins de traverse. Les cul-de-sac de la solitude. Les impasses du mal du pays. Pour n?en retenir qu?une blessure. Une brûlure. Dévorante. Curieux mélange d?hommes et de femmes, souvent sans noms, croisés au hasard des routes. Un parcours rythmé par ses échappées ? toujours de justesse ? du bras long de la loi. Un périple raconté à la première personne, entrecoupé de bribes de conversation, saisies au vol dans une rue.
Auxquels succèdent des passages de réflexion, d?introspection, parfois verbeux voire sentencieux. Qui pêchent par le désir de l?auteur de partager son érudition. A trop vouloir mettre ses pas dans ceux de Lord Byron, Mary Shelley, Voltaire, Dumas, George Sand, Victor Hugo? la quête de filiation fait dévier le lecteur de l?autoroute de la narration.
Tout à coup le lecteur regrette la simplicité du vagabond. Car Mamade Kadreebux connaît cela aussi . Il connaît la valeur d?un café au lait fumant pris au réveil dans les locaux de l?Armée du Salut. Il connaît la valeur d?un toît ? même d?emprunt ? après des nuits interminables passées à la belle étoile.
C?est justement de ce contraste que s?alimente Life in the shadows. Le narrateur y perd la notion de réalité. Emporté par son envie de trop écouter sa propre voix, il juxtapose les lieux jusqu?à ne plus faire la différence entre eux. La ville suisse de Lausanne et le village de Souillac, par exemple finissent par n?être qu?un seul et même terrain hanté par des morts violentes.
Une terre meublée de maisons où le ?poussari? est incapable d?apaiser l?âme errante brutalement arrachée à la vie. Mélangeant allègrement le poétique et le prosaïque, Life in the shadows est un voyage de 199 pages disponible à Rs 150.
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