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L’économie perverse

21 mars 2007, 00:00

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<B>Par Akilesh ROOPUN</B>

La contrefaçon affiche ses marques. Le démantèlement de l’Anti-Piracy Unit (APU) de la police n’est pas sans conséquence sur le plan économique. Cette démarche envoie un mauvais signal sur le plan de la lutte contre la contrefaçon et les entorses à la propriété intellectuelle. Elle donne l’impression d’une incapacité de nos institutions à faire respecter un système de marché basé sur l’éthique, la transparence, la reconnaissance de l’effort et le principe d’un terrain égal pour tout le monde.

Il y a quelques années de cela, les faux vêtements et accessoires Ralph Lauren avaient défrayé la chronique. La gestion de l’affaire était certes laborieuse mais le bon sens avait finalement prévalu chez les exploitants. L’épisode Ralph Lauren avait permis aux uns et aux autres de mieux apprécier les vrais enjeux de développement autour de la propriété intellectuelle.

Malheureusement, ce mouvement n’a pas été soutenu. Le commerce des produits contrefaits a proliféré au nez et à la barbe des autorités. Les revendeurs de cédéroms, de logiciels, de vêtements et d’autres produits piratés ont pignon sur rue. Ils opèrent illégalement comme marchands ambulants, mais aussi comme des opérateurs légitimes.

La contrefaçon s’est infiltrée de manière dangereuse dans notre économie. D’abord, elle témoigne d’un certain déficit de créativité, d’innovation et d’entreprise chez les Mauriciens. Il est beaucoup plus facile de copier que d’inventer. Nous manquons encore d’entrepreneurs capables d’exploiter un modèle de business à partir d’une idée innovante. A la place, nous avons des opérateurs, dits débrouillards, qui cherchent toutes sortes d’astuces pour se faire de l’argent.

Le business des produits piratés alimente le commerce informel et en même temps se nourrit de ces canaux de distribution illicites mais lucratifs. L’étendue et la profondeur de l’économie parallèle à Maurice devraient interpeller tout le monde à savoir l’État, le monde du business et la société civile. Les associations de consommateurs, par exemple, sont trop timides dans la dénonciation de ces pratiques. La possibilité d’avoir des produits à bon marché ne peut justifier en aucun cas la contrefaçon.

Le gouvernement, de son côté, laisse la situation empirer en ne déployant pas suffisamment de ressources pour combattre ce fléau. Pire, avec la disparition de l’APU, il peut paraître même complice de ce trafic. Mais il y a aussi des considérations plus urgentes. Nos principaux marchés sont de plus en plus sensibles à notre capacité à faire respecter ou pas les règles de la propriété intellectuelle. L’habillement, notre principal exportation vers l’Europe et les Etats-Unis, est surveillé de très près. Toute infraction aux règlements risque de coûter très cher.

L’industrie de la confection ambitionne de devenir une industrie de la mode. Sans des garde-fous adéquats pour protéger les brevets et les designs, il est impossible de réaliser cette vision. Cela s’applique également au développement des logiciels et des produits de multimédias dont nous souhaitons faire un secteur d’exportation.

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