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L’euro baisse, victime de la conjoncture
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L’euro baisse, victime de la conjoncture
La monnaie européenne bat de l’aile tandis que le dollar américain regagne du terrain. Les analystes sont partagés sur cette nouvelle situation qui a émergé il y a peu. Pour les uns, on assiste à une inversion de tendance en faveur du billet vert. Pour d’autres, ce n’est que conjoncturel.
À Maurice, les industries d’exportation suivent la situation de près. Toutefois, dans l’industrie du textile-habillement, on déclare qu’il n’y a rien à craindre pour le moment.
L’industrie sucrière a, elle, le temps de voir venir puisque la saison sucrière débutera en juin prochain et que les premières recettes devraient commencer à arriver vers fin juillet ou début août.
Néanmoins, le raffermissement du dollar et le repli de l’euro contribuent à exacerber un manque de devises qui est habituel à cette époque.
L’euro a hier atteint son niveau le plus bas depuis sept mois vis-à-vis du dollar. Un euro s’échangeait à 1,2580 dollar. À la mi-mars un euro valait 1,34 dollar alors qu’à son plus haut niveau l’euro taquinait la barre de 1,39 dollar.
Face à cette évolution, plusieurs analystes annoncent déjà la fin de l’euro fort de ces trois dernières années. Les plus courageux prédisent même que la parité euro-dollar sera atteinte au cours des prochains dix-huit mois.
Ils soutiennent qu’il y a un changement de sentiment de la part des investisseurs par rapport à l’euro. Les hedge funds misent à fond sur le dollar. La monnaie européenne devrait donc subir le même sort que le dollar il y a trois ans quand les investisseurs avaient perdu confiance dans le billet vert.
Plusieurs facteurs expliquent la perte de vitesse de l’euro et le retour du dollar. D’abord, la croissance dans la zone euro est hésitante. La France et l’Allemagne traînent les pieds tandis que l’Italie devrait connaître une deuxième année de récession.
La Banque centrale européenne maintient les taux d’intérêt inchangés et s’inquiète davantage du dépassement du niveau autorisé du déficit public dans plusieurs pays de la zone. Les investisseurs aussi s’inquiètent du non-respect du pacte de stabilité qui implique un gonflement des emprunts publics dans la zone euro.
Le calendrier politique européen n’arrange pas les choses. Le possible rejet de la nouvelle constitution européenne en France et dans les autres pays européens affaiblira le consensus autour de l’intégration de l’Europe. De plus, les sondages prévoient la défaite du gouvernement allemand actuel aux prochaines élections générales. D’importantes réformes sur le plan économique seront revoyées aux calendes grecques, craignent les analystes.
<B>Meilleures perspectives économiques aux USA</B>
Aux États-Unis, au contraire, cela fait longtemps que les nouvelles n’ont pas été aussi bonnes. Les perspectives de croissance économique y sont nettement meilleures qu’en Europe – 3,5 % contre 1.6 % respectivement. La consommation repart, le déficit commercial se contracte et les taux d’intérêt ont remonté jusqu’à 3 %. Certains prédisent que les taux américains pourraient finir l’année à 4 %.
Pour de nombreux analystes, c’est surtout ce facteur plus qu’autre chose qui suscite un regain d’intérêt pour les placements en dollar.
“Je pense que c’est conjoncturel. Fondamentalement, la principale cause qui avait plombé le dollar est le niveau élevé du déficit budgétaire. Sur ce plan, rien n’a changé et tôt ou tard, le marché reviendra sur cet aspect”, commente le trésorier d’une banque locale.
Selon lui donc, la remontée du dollar ne devrait pas durer. Pas plus de deux mois selon l’avis de plusieurs cambistes interrogés. Il est aussi un fait que l’euro a subi une correction normale après une longue période de hausse. “L’euro s’essouffle mais rien ne dit qu’il ne repartira pas. Il va reculer pour mieux sauter”, analyse le trésorier d’une autre grande banque de la capitale.
Sur le plan local, le déclin de l’euro s’est répercuté dans le taux de change. Le 17 mars dernier, un euro valait Rs 39,01. Hier il ne valait plus que Rs 36,95. La baisse de l’euro s’est accélérée surtout durant la dernière semaine où il a perdu 85 sous contre la roupie.
Au niveau de l’industrie textile-habillement, on ne s’inquiète pas outre mesure. “La baisse de l’euro n’est jamais une bonne chose pour nous mais si l’euro reste à son niveau actuel, on pourra se débrouiller. S’il descend davantage, ce serait fâcheux. Personnellement, je pense que cette dépréciation ne devrait pas durer. La zone euro est dans une mauvaise passe mais on ne peut pas dire que tout va bien aux États-Unis. Le problème du déficit budgétaire élevé aux États-Unis reste entier”, déclare Ahmed Parkar, président de la Mauritius Export Processing Zone Association.
Néanmoins, la perte de vitesse de l’euro a contribué à un manque de devises sur le marché. “À cette période de l’année, c’est normal car c’est à partir d’août que les recettes d’exportation en devises arriveront. Toutefois, puisque le taux de change de l’euro est moins intéressant il y a eu une contraction de l’offre alors que la demande est toujours là”, confie un cambiste.
De plus, avec la hausse des taux d’intérêt sur le dollar, de nombreux investisseurs institutionnels tels que les fonds de pension, ont commencé à faire de gros placements libellés en dollar ce qui a exercé une forte demande sur le marché, explique un spécialiste.
<B>La roupie reste stable face au dollar</B>
Face à cette situation, la Banque de Maurice est intervenue pour soulager le marché et soutenir la monnaie. Au mois d’avril, la Banque centrale a vendu pour un total de $ 15,3 millions sur le marché. Selon des sources bancaires, la Banque centrale est intervenue de manière encore plus conséquente en mai.
Si la roupie s’est appréciée considérablement par rapport à l’euro, elle est demeurée remarquablement stable par rapport au dollar. “Le dollar s’est moins apprécié par rapport à la roupie que par rapport à l’euro”, commente un observateur.
En fait, le dollar est resté stable pendant plusieurs semaines autour de Rs 29.30. Ce n’est que durant ces derniers jours qu’il a pu grimper à Rs 29,42. “La demande était trop forte. Le marché n’a pas pu tenir”, explique un trésorier. Le marché a reçu des consignes strictes de la part de la Banque centrale afin que la roupie ne se déprécie pas dans les mêmes proportions que l’évolution des taux sur le marché international.
“En période électorale, le gouvernement n’aime pas trop que la monnaie se déprécie et que les prix des marchandises importées augmentent”, commente un opérateur du marché des devises.
Pour les analystes de la Chambre de commerce et d’industrie, il est normal que le taux de change localement ne reflète pas strictement l’évolution des taux sur le marché mondial.
“Il faut tenir compte de nos réalités économiques. De plus, nous avions dit qu’une des conditions essentielles pour faire de l’île Maurice duty-free une réalité est que le taux de change reste stable”, explique Mahmood Cheeroo, secrétaire général de la Chambre de commerce et d’industrie.
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