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L?éternel enfant de la mer
De ses années passées dans la fonction publique, en tant qu?auditeur à la municipalité de Port-Louis, Percy Julien est peu disert. A peine mentionne-t-il la ?période bleue? de la capitale, sur laquelle nous n?insisterons pas, et trois décennies de bons et loyaux services, de 1965 à 1995. Tout de même ! C?est qu?il existe un service et une onde bleue autrement plus évocateurs pour notre sémillant septuagénaire : la mer, tout simplement !
Cette mer qu?à maintenant 72 ans, comme maître nageur ou comme simple brasseur, il continue, au moins trois fois par semaine, d?honorer ?pour le plaisir et pour l?entraînement?. Selon un lien qui s?est tissé il y a 51 ans, quand elle le prit pour fidèle lieutenant. Naturellement et sous les meilleurs auspices, car Percy Julien, né un 10 mars, vint au monde sous le signe du Poisson.
Vous en connaissez beaucoup qui ne ratent pas le marathon annuel, de Péreybère à Grand-Baie, ces 5 kilomètres à bras-le-corps que Percy décrit comme du ?survival swimming?. Jamais la survivance n?a été aussi bien vécue !
C?est en 1956 qu?il est reçu garde-côte de la Royal Life Saving Society avec l?une des premières promotions mauriciennes. De ce deuxième baptême, Percy a gardé une médaille. Et surtout, inscrite en lui la vibrante devise de la société : ?Quem cumque miserum videris hominem scias? : en quiconque est détresse, reconnais un frère.
Cette devise, il l?a mise en pratique au moins 16 fois. ?Cela équivaut à 16 opérations, avec parfois plus d?une personne.? Valérie Dornard, une Sud-africaine en vacances avec son fiancé, lui a peut-être valu sa plus belle prouesse : ?Elle se trouvait en difficulté dans le lagon de Péreybère. J?ai dû la ?remorquer? jusque sur la plage. C?est une émotion indescriptible que de voir quelqu?un qui a failli mourir reprendre ses esprits.?
Son admirable devise, qu?il a héritée de la Royal Life Saving Society de Londres, placée sous le patronage du duc de Kent, Percy Julien l?a aussi inculquée à des générations de volontaires et d?apprentis policiers, stewards et, même, avoue-t-il non sans fierté à un certain Rudolf, le futur garde du corps de Paul Bérenger. Est-ce donc parce que le métier de sauveteur est aussi une histoire de discipline ? : elle ouvre des horizons que même le bon Moïse ne renierait pas.
Parmi les élèves, il y a aussi le jeune Jean-Paul, qui à 17 ans a sauvé une jeune fille gisant inconsciente dans l?eau. Acte valeureux qui fut récompensé par une distinction de la Société. Mais la première chose que l?on apprend quand on sait nager, ce sont les lois du corps : on n?ignore pas que ce corps a besoin de nourriture et de sommeil : 8 heures au minimum pour le repos du guerrier et des repas normaux à solides si on veut éviter les crampes et autres pièges en eau trouble.
Et puis on ne devient pas secouriste comme cela. ?Attention, prévient Percy, tout le monde ne peut s?improviser sauveteur. Si vous ne possédez aucune technique, vous risquez, en voulant porter secours à quelqu?un, de doubler le bilan.? Depuis Serge Alfred, mort en mer en voulant aider, la liste est longue.
?Attention, prévient Percy : tout le monde ne peut s?improviser sauveteur. Si vous ne possédez aucune technique, vous risquez, en voulant porter secours à quelqu?un, de doubler le bilan?.
Mais la natation ne se pratique pas sans plaisir. Surtout quand on arrive à la varier. Du style de nage, Percy connaît un rayon. S?il n?enseigne plus tellement les 4 styles de compétition qu?adoptent les sportifs, il est volontiers là, tous les dimanches de beau temps que Dieu permet, à Flic-en-Flac pour ses classes de sauvetage, de baleinière, de rétropédalage, ou de crawl?
Percy Julien est la bouée de secours des nageurs et sauveteurs professionnels et un convaincu des bienfaits de la natation : ?Aujourd?hui j?entraîne des asthmatiques, des nerveux et des dépressifs. Quand on nage, on consomme une grande quantité d?oxygène. Nous sommes comme drogués à l?endorphine, un véritable anti-stress.? Et puis il y a l?osmose, lorsque le corps s?imprègne des minéraux absents des piscines.
Sur la grève, il n?est pas sans être le témoin impuissant de comportements imprudents, des enfants laissés sans surveillance à ceux qui sans savoir nager, s?aventurent dans les profondeurs insoupçonnées.
Percy, lui, les connaît plutôt bien. Et, sachant que la mer réserve des surprises, il ne s?en lasse pas. Faut-il craindre l?eau, d?ailleurs ? La mer a toujours eu ses moments agités, répond-il, rassurant.
Infatigable, il poursuit ses études. Déjà, en 1968, au sein du Club des Sauveteurs, il avait décroché, il y a près de 40 ans donc, son certificat de maître-nageur.
S?il se sépare du club par la suite, c?est pour en fonder un autre, avant de reprendre lui-même, en 1997, la Royal Life Saving Society de Maurice. Et de concourir au diplôme de la Society, qu?il est le premier Mauricien à enlever.
Percy, sans en retirer un orgueil démesuré, n?en a pas moins préservé une âme généreuse et disposée à servir. En 2003, il avait déjà rédigé un masterplan pour proposer des solutions aux gardes-côtes. Aujourd?hui, c?est aux pêcheurs qu?il veut se consacrer. ?Il faudrait leur apprendre à nager, car nombreux sont ceux qui se noient encore.? Vaste travail. Mais sur l?onde bleue, l?enfant de la mer n?oublie pas ses frères.
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