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L?élite : ni superflue ni évitable
Entre ceux qui vont vers le nord et les autres qui se dirigent au sud, un échangeur permet de revoir la « road map ». Le ministre de l?Éducation a pris l?échangeur. Gloire, non au bouchon de Port-louis, mais à l?é-changeur du Réduit ! Mais en marge de la réforme que le minis-tre a apportée à sa première réforme qui réformait la réforme de son prédécesseur, il aura été question, de manière récurrente, de l?élite et de l?élitisme. Derrière ces termes se profile apparemment l?épouvantail d?une opposition inévitable entre l?élite et la masse, qui, pour des raisons humanistes ou politiciennes, rallie beaucoup de monde.
Le « Petit Robert » n?arrange pas les choses. Il constate et oppose deux significations du mot « élite » : « les personnes ?considérées? comme les meilleures » et celles « qui ?occupent? le premier rang ». La première est subjective et la deuxième objective, merci beaucoup !
Moi, je voudrais apporter mon grain de sel à la ratatouille de l?éducation civique en général en suggérant que l?élite soit, dans son essence, le produit naturel et bénéfique d?une salutaire différence entre les gens. Dans tous les domaines où s?exercent les aptitudes de l?humanité (sports et beaux-arts, recherche et commerce, astrologie et pétrologie), il est inévitable et bon que, sous un régime de liberté (disons démocratique, mais ce n?est pas la même chose que l?électoralisme), le principe fondamental de Darwin s?applique : les plus aptes sont aptes plus que les moins aptes. Ça devrait être clair. Ce qui l?est moins, c?est que l?aptitude est toujours relative. En d?autres termes, tout dépend des conditions d?après lesquelles les aptitudes sont jugées. Nadal peut triompher sur terre battue et Federer sur les autres surfaces, un sprinteur sur 100 mètres, un « stayer » sur 3 000 mètres, tel entrepreneur en achards et tel autre en aéronautique. Dans une classe d?élèves, l?un peut avoir la bosse des maths et l?autre un penchant pour les langues. L?école, qui insiste de plus en plus sur un large « spectrum » et une polyvalence des connaissances, décerne des rangs selon un système arbitraire ni lard ni cochon qui juge maths et lettres à la fois. S?agissant d?aptitudes, l?élève « moyen » est une abstraction.
Il ne faut pas avoir peur des élites, ni leur donner mauvaise réputation. Elles sont une conséquence utile du monde darwinien qui est le nôtre. La présence d?une élite est le résultat le plus phénoménal, le plus significatif, en tout cas le plus déterminant de la société humaine. C?est une élite qui, toujours, depuis 200 000 ans, trace le chemin que suit l?humanité. Dépendant des critères imposés, les plus aptes à satisfaire ces critères du milieu (honorables ou frelatés), assurent le progrès ou la déchéance de tous.
Puisque l?élite se dégage en fonction de l?environnement (dans un milieu qui met une prime sur la corruption et les petits copains ou, alternativement, sur l?intégrité et la méritocratie), c?est sur cet environnement que doivent s?exercer les efforts des humanistes. Pour ce qui est de la compétition scolaire ou professionnelle ou administrative, les plus aptes sont produits par le milieu ; et dépendent de ses valeurs ou de ses tares. Prenons une image un peu brutale, mais très actuelle : le vol, dans tous ses raffinements. Un commentaire à ce sujet devrait avoir l?effet d?un coup de poing ou d?un éclair : « Le vol cessera quand il sera plus profitable d?être honnête que de voler ». Aïe !
Soignons donc mieux l?environnement qui détermine les élites et, après, laissons-les tranquilles. Elles seront toujours relatives et inévitables.
Parler de méritocratie, même du bout des lèvres, sans favoriser en secret un agenda inavouable, sous-entend que le mérite, cela existe. Et comment choisir entre deux mérites, sinon en appliquant des critères justes et appropriés, c?est-à-dire, sans désigner une élite ? Parmi l?élite elle-même, dans tel ou tel domaine, il existe éventuellement, un individu plus apte que les autres. Toutes les offres d?emploi et toutes les nominations reposent sur l?ambition théorique de choisir le meilleur, celui qui est le plus à même de satisfaire les critères de sélection. Non seulement les élites existent, mais elles sont inévitables. C?est en l?ignorant que les sociétés conduisent les pays vers la déchéance par la voie de l?absurde.
Attendons de voir, maintenant, si l?« Equal Opportunities Bill » sait respecter l?évidence, ou s?il nous mène en bateau pour satisfaire les lubies du pseudo-libéralisme et du misérabilisme historique. Rappelons que bien des sociétés ont cru bien faire en préconisant la « positive discrimination ». Positive ou pas, toute discrimination trahit et l?élite et le mérite. Elle prétend corriger des erreurs passées en infligeant au présent d?autres erreurs. De là à l?Aston Martin, il suffit d?un faux coup de volant.
<B>Périscope</B>
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