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L?élimination d?un symbole
Grève de la faim, manifestations de rue, menaces et lamentations? La fermeture de la Development Works Corporation (DWC) se fait dans la douleur. L?image de l?organisation n?est plus à faire. Elle est érigée en symbole du laxisme et de l?inefficacité du service public. Etait-elle irrécupérable au point de mériter la fermeture ?
La DWC est un trou sans fond, engloutissant de précieux deniers publics année après année, disent les politiques, pour justifier leur décision de fermeture. En annonçant la nouvelle, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a parlé d?une ardoise de Rs 502 millions. De plus, l?Etat contribue à hauteur de Rs 100 millions par an au budget de fonctionnement de la corporation.
Cependant, les chiffres avancés par les politiques pour résumer la situation financière de la DWC sont contestés. Les dettes de la corporation envers ses fournisseurs s?élèvent à Rs 70 millions seulement, disent-ils. De cette somme, un montant de Rs 50 millions est garanti par l?Etat. Le gouvernement doit encore payer Rs 82 millions à la compagnie en guise de rétribution due. La corporation entend utiliser cet argent pour payer tous ses créanciers indistinctement.
??la fermeture d?une compagnie de construction, alors que ce secteur s?apprête à vivre un véritable boom, laisse perplexe. La fermeture était-elle inévitable ??
Depuis l?annonce de la fermeture, la DWC n?a plus de contrat. Elle a passé les six mois à faire la maintenance des équipements et à évaluer les stocks. L?exercice lui permet d?évaluer ses avoirs à Rs 100 millions. La DWC est également propriétaire du concasseur Fine Crush Ltd, à hauteur de 40 %. Bhunjun and Sons détient le reste du capital. Ce partenariat lui a permis d?engranger Rs 1,5 million au cours des trois dernières années.
Autant de raisons avancées par ceux qui croient encore dans la DWC pour dire que la corporation n?est pas insolvable. ?Nous avons déjà fait la démonstration, au cours des cinq dernières années, que nous sommes à la hauteur, si on nous en donne les moyens?, peut-on lire dans un document préparé par le directeur Dhaneshwar Soobrah, dans lequel il fait des propositions pour donner une seconde vie à la DWC.
D?ailleurs, Navin Ramgoolam n?en disconvenait pas au début de 2005, alors qu?il était encore leader de l?opposition. Il se disait parfaitement d?accord avec le Premier ministre d?alors qui soutenait, en réponse à une Private Notice Question au Parlement, que la DWC est un outil de dépannage pour les travaux urgents de l?Etat et qu?il était personnellement satisfait de sa performance.
Mais les donnes ont changé. Un observateur soupçonne que certains lobbys sont à l??uvre. Les travaux publics représentent un marché de plusieurs milliards de roupies. Les gros chantiers vont aux constructeurs de grade A. La DWC s?en taille environ 10 %. Il semblerait que ce segment est convoité par un groupe de quatre constructeurs, relativement nouveaux dans le domaine.
Note salariale trop élevée
Théories de complots ou véritables pistes de réflexion ? Difficile à dire à ce stade. Mais en tout cas, la fermeture d?une compagnie de construction, alors que ce secteur s?apprête à vivre un véritable boom, laisse perplexe. La fermeture était-elle inévitable ? N?aurait-on pas pu choisir l?autre option généralement ouverte aux entreprises en difficulté, à savoir, une restructuration de fond ?
La DWC a toujours été un levier politique aux mains de politiciens clientélistes. De fait, jusqu?à présent, les gouvernements qui se sont succédé ont tous préféré la restructuration à la fermeture. Ce n?est pas faute d?avoir envisagé cette dernière option. Mais quelque part, le courage de passer à l?acte a toujours fait défaut.
La DWC était lourdement handicapée par une note salariale trop élevée en raison d?employés en surnombre. Cela a été l?unique facteur responsable de l?inflation de son budget de fonctionnement. Les employés de l?administration, pourtant dits improductifs, étaient particulièrement nombreux. A titre d?exemple, la DWC employait 11 fois plus de foremen qu?il ne lui en fallait et deux fois plus d?administratifs que nécessaire.
Toute restructuration de la DWC passait donc nécessairement par un dégraissage. La corporation en a connu deux, en 1992 et en 1993. Après les élections de 2000, un plan stratégique préconisant notamment une réduction graduelle de l?excédent de la main-d??uvre qui subsistait, à été adopté. A cette époque, quelque 350 salariés étaient surnuméraires. Ils coûtaient quelque Rs 60 millions à la corporation par an. Les frais administratifs représentaient 109 % des revenus. Il était prévu de ramener ces coûts à environ 45 % cette année.
Caser les mandants demandeurs d?emploi
Le plan proposait de licencier une centaine de salariés chaque année pendant trois ans. Mais il n?a pas été appliqué. La corporation est restée un vivier où caser les mandants demandeurs d?un emploi dans le service public. Le présent régime a brisé le cycle de réorganisations infructueuses pour envisager la fermeture. Les syndicats des employés de la DWC estiment que l?organisation a été sabotée par les politiques afin d?en précipiter la fermeture.
Comment ? En sus des élus politiques, l?administration publique est accusée d?avoir asphyxié la DWC financièrement. L?Etat, unique client de la DWC, est mauvais payeur. Le directeur de l?audit est lui-même contraint de le reconnaître. Depuis l?annonce de la fermeture, l?Etat a finalement payé Rs 127 millions en termes de rémunérations dues à la corporation.
Le gouvernement casse également les prix, déjà avantageux selon les défenseurs de la DWC. De surcroît, il se fait prier pour honorer son engagement de contribuer au paiement des salaires d?employés surnuméraires. Il a également précipité le fonds de pension de la corporation au bord de la faillite en rechignant à payer sa part, comme convenu lors de l?exercice de dégraissage d?il y a dix ans. Tous ces facteurs ont des incidences prévisibles sur le cash-flow de l?entreprise.
On peut comprendre que, face aux résultats peu probants du passé, le ministre des Finances ait résolu de se défaire de la source du problème plutôt que de se lancer dans une bataille pour essayer d?amener les élus, les salariés et le public à changer son attitude envers la DWC.
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