Publicité

Love actually

4 mars 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La trilogie des Anneaux passée, voilà le film tout indiqué pour un retour tout en douceur à un quotidien pas forcément plus misérable ou plus sordide, mais définitivement plus ordinaire ; plus quotidien, en somme. Sans à priori s?adresser au même public que celui de la saga de Tolkien, Love Actually, fantaisie cinématographique signée Richard Curtis, s?adresse à tous ceux et celles qui aiment les beaux contes, qui sont d?incurables romantiques tout en n?excluant pas la notion qu?amour puisse rimer avec humour, qui aiment sortir d?une salle de cinéma le pas léger et avec une chanson au c?ur ; ceux et celles aussi qui pensent que dans un monde où presque tout n?est que mensonge, seule la vérité est capable de faire réellement rire, etc. Ce film s?adresse surtout à ceux et celles qui aiment que les histoires aient une fin heureuse.

En fait de fins heureuses, Love Actually, en contient six car il y a dans ce film au moins une dizaine d?histoires. Celle du jeune Premier ministre de Grande-Bretagne (Hugh Grant) qui tombe amoureux de Nathalie (Martine McCutcheon), la soubrette du 10, Downing street. Celle d?un père, Daniel (Liam Neeson) qui vient de perdre sa compagne et à qui son fils de 10 ans (Thomas Sangster) vient confier qu?il est amoureux d?une petite camarade à l?école. Celle d?un écrivain, Jamie (Colin Firth) qui s?en va tout seul dans le sud de la France en découvrant que sa femme le trompe et qui tombera amoureux de sa femme de ménage portugaise. Celle de John (Martin Freeman) et Judy (Joanna Page), deux doublures de cinéma qui font connaissance lors des répétitions pour le tournage d?une scène de sexe, qui sympathisent et qui finiront par s?aimer. Celle de Mark, amoureux de la femme de son meilleur ami. Celle d?un père de famille (Alan Rickman) confortablement installé dans la routine avec son épouse (Emma Thompson) et qui se demande s?il ne va pas finir par céder aux avances persistantes d?une de ses collègues de bureau. Celle d?une autre de ses collègues (Laura Linney), belle mais triste et solitaire, celle-là, pour qui il arrange le coup avec l?homme dont elle rêve. Celle d?un rocker ?has been? ringard dans le genre de Rod Steward. Celle d?un jeune homme (Kris Marshall), tout juste sorti de l?âge des boutons mais encore à l?âge des poussées de testostérone et qui rêve de passer des nuits entières à ?s?envoyer en l?air? comme il le dit, et ceci avec le plus grand nombre de belles jeunes femmes possible. Celle aussi, quoique dans une bien moindre mesure, d?un vendeur dans un grand magasin (Rowan Atkinson).

L?amour sous toutes ses formes et dans toutes ses couleurs, dans toutes ses joies et dans ses toutes douleurs ; toutes ces histoires sauf une, se passent à Londres et se concluent à l?aéroport de Heathrow. Toutes ces histoires ont chacune soit des gloires montantes du cinéma, soit des têtes d?affiche reconnues et acclamées. Comme elles arrivent toutes à retenir l?attention, même si elles ne sont pas toutes bien menées, il est donc bien difficile de parler de premiers rôles ou de personnages principaux. Love Actually est donc un film qui ne comporte que des seconds (et troisièmes ?) rôles. On retiendra un récit ou un autre selon son humeur du moment ou ses sensibilités et pour ces mêmes raisons, on retiendra les personnages et donc les acteurs. Hugh Grant en Premier ministre (campant pour une fois un personnage qui sied à sont côté insignifiant) et Martine McCutcheon en soubrette gaffeuse ; Liam Neeson aidant son fils à conquérir la fille de ses rêves afin de surmonter le deuil de sa compagne, une façon de reconstruire sa vie ; Emma Thompson abordant le quotidien avec ironie, en épouse trompée ; Laura Linney amoureuse transie de son collègue ; Joanna Page et Martin Freeman qui se découvrent mutuellement après s?être tout montré et avoir tout montré à tout le monde, etc. Il ne s?agit là que d?un choix personnel et subjectif, un choix avec lequel nul n?est tenu d?être en accord. Objectivement, on regrettera juste que certaines de ces histoires aboutissent d?une manière trop hollywoodienne et que d?autres n?aboutissent tout simplement pas. On peut faire le reproche à Richard Curtis (et certains critiques ne s?en sont pas privés) d?avoir rédigé un scénario quelque peu trop foisonnant, brassant une bonne douzaine de thèmes, qui à bien de moments échappe à son contrôle. Love Actually est son tout premier long métrage et ce défaut que présente le film est sans doute de ceux que l?on retrouve dans tout premier ouvrage.

Clinton, Bush et les Beatles

C?est peut-être la peur de ne pas se montrer assez généreux, car en tant que scénariste, Richard Curtis est en mesure de présenter une bien belle carte de visite : Quatre Mariages et Un Enterrement, Coup de Foudre à Notting Hill, Le Journal de Bridget Jones ; il a aussi été l?auteur de sketches pour Rowan Atkinson dans la série des Mr Bean, et même avant (celle des Blackadder, pour les moins ignares). Et, malgré les défauts, son film est une réussite parce qu?il est truffé de moments soit émouvants, soit tout simplement magiques. L?arrangement de la chanson des Beatles interprété lors du mariage par le ch?ur puis les invités avec des musiciens surgissant de partout. Le Premier ministre qui lors d?une déclaration publique dit ses quatre vérités au Président des Etats-Unis (Billy Bob Thornton dans un croisement entre l?arrogance imbécile de Bush et la lubricité de Clinton) parce q?il l?a surpris à tripoter la soubrette. Le chanteur de rock (Bill Nighy) qui multiplie les provocations dans des émissions destinées aux jeunes : ?Les jeunes, n?achetez pas de drogues. Devenez rock star et ce sera gratos !? et qui finit par se rendre compte à quel point celui qui est son manager et ami compte réellement pour lui. Liam Neeson et son fils. Emma Thompson faisant brave figure en recevant un cadeau de Noël qui n?est pas celui qu?elle attendait. Et surtout, la déclaration d?amour de Mark à la femme de son meilleur ami ? il ne veut pas être déloyal, il veut juste lui dire qu?il l?aime, rien de plus, et il le dit de la manière la plus élégante qui soit. Dans tous ces moments et dans autres Richard Curtis prend soin de nous préparer au cliché et finit par nous surprendre au dernier moment. Même dans les moments qu?on jugeait irrécupérables de mièvrerie l?instant d?avant : la deuxième apparition de Rowan Atkinson en est l?exemple. A tout cela il faudrait ajouter que le réalisateur a su faire quelques belles images de Londres, pas le Londres des touristes mais celui des londoniens, surtout certains des quartiers les plus récemment rénovés.

Alors voilà : une comédie romantique pétillante, pleine d?entrain et bien rythmée avec des dialogues scintillants et une distribution de tout premier choix où tous sont au mieux de leur forme. Courez-y vite !

Kenneth noyau

Publicité