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Lorsque les intentions butent sur des résistances

6 novembre 2007, 20:00

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Pour participer à l?actionnariat d?une société, d?une entreprise ou d?une compagnie parapublique, il existe diverses formules. Ces compagnies doivent être listées à la Bourse. Il y a aussi la possibilité de l?actionnariat salarié. Ou encore la participation au fond du SIT. Aujourd?hui, afin de pousser la logique plus loin, le Premier ministre évoque même des participations plus directes. Cette question a été évoquée dans le dossier du Multi Annual Adaptation Strategy (MAAS). Le thème est revenu au premier plan. Il s?agit de s?assurer d?une meilleure redistribution des profits. Reste à savoir si les conditions sont réunies pour que l?ouverture de l?actionnariat, couplée au thème de l?ouverture des conseils d?administration, puisse être réalisée.

La transformation de l?industrie sucrière représente, en ce sens, une opportunité. Déjà, des anomalies sont apparues notamment dans le cas des compagnies productrices d?électricité. A ce chapitre, la députée de la majorité, Nita Deerpalsing, est sans équivoque. ?L?industrie sucrière se doit d?ouvrir l?actionnariat sur ce volet de production de l?électricité. L?ouverture de l?actionnariat n?est même pas quelque chose qui doit être demandée?, insiste l?élue de l?Alliance sociale. ?C?est quelque chose qui doit être obtenue de facto. Cela relève d?une logique implacable. La population qui paie sa facture d?électricité a le droit à une forme de participation. De facto, elle est déjà actionnaire dans ces entreprises?, ajoute-t-elle.

Etayant son argumentation, elle rappelle que c?est le propre de l?économie libérale que le profit soit soumis au degré de risque auquel s?abandonne un investisseur. ?Et plus une compagnie prend des risques, plus grandes sont les possibilités de profit. Or, dans le cas des compagnies productrices d?électricité, les risques sont minimes voire inexistants?, soutient Nita Deerpalsing. Elle maintient que les contrats qui lient ces compagnies au Central Electricity Board (CEB) font que la population soit déjà en train de subventionner ces entreprises. ?C?est indécent ! Le niveau de profitabilité ne reflète pas le niveau de risques pris qui sont, en fait, reportés sur le dos de la population. Tous les risques, comme les taux internationaux, l?inflation, la pénurie? sont passés directement au consommateur. Aujourd?hui, de facto, la population est actionnaire dans ces compagnies sauf que cela n?a pas pris de forme légale. Il s?agit donc, désormais, soit de renégocier la facture ou revoir tout le contrat. Ces compagnies ne peuvent pas bénéficier de prix garantis?, souligne Nita Deerpalsing.

La réforme de l?industrie sucrière se met en place et elle soulève de nombreuses interrogations. Que ce soit en termes de participation aux nouvelles activités ou en termes de diversification foncière. Les formules envisagées ne font pas toujours l?unanimité. Lorsqu?on sait que c?est une réforme qui a provoqué beaucoup d?attentes, on mesure les difficultés des autorités publiques à préserver le dynamisme du secteur concurrentiel et les intérêts de la population.

?Avec la réforme du secteur sucrier et la mise en avant du concept de démocratisation de l?économie, il y a eu beaucoup d?espoir. Dans ce contexte, on a eu le document MAAS. Dès le début, on avait dit que ce document ne prenait pas suffisamment en compte les intérêts des planteurs. Et on a eu raison. Nous nous attendons plutôt à une forme de discrimination positive dans ce dossier. Nous voulons plus de participation que ce soit dans les projets de distillerie, de production d?énergie, d?éthanol? Jusqu?ici, nous avons rempli notre contrat dans la production de la canne. Nous n?avons rien quémandé. Mais avec la réforme, nous allons souffrir d?un manque à gagner. C?est la raison pour laquelle, nous plaidons pour que nous ayons désormais un taux de participation à 40 % dans les nouveaux projets découlant de la réforme?, explique Salil Roy, président de la Planters Reform Association.

?Que fait le gouvernement avec les conseils d?administration? Ce sont toujours les mêmes têtes. Pourtant, si l?Etat agissait différemment, le secteur privé aurait été contraint de suivre l?exemple ?

Ce dernier rappelle que les planteurs ont toujours agi en partenaires des usiniers de la canne à sucre. ?Nous déposions nos cannes et nous étions les derniers à être payés. Nous avons fait une confiance totale à tous les partenaires. Il est légitime qu?aujourd?hui, nous ayons d?autres attentes?, fait ressortir Salil Roy. Rejoignant les propos du Premier ministre, il plaide pour un actionnariat direct, et non celui qui passe par le SIT. Pour lui, cet actionnariat peut être obtenu à travers les sommes qui sont versées par l?Union européenne en forme de mesures d?accompagnement. ?Notre participation est diluée lorsque nous passons par le SIT. Nous voulons un actionnariat direct. Sans les planteurs, il n?y aura pas de démocratisation parce que celle-ci passe par la terre. L?Etat a un devoir national à l?égard des planteurs?, insiste Salil Roy.

Devoir et responsabilité de l?Etat, c?est l?autre volet dans ce dossier de l?ouverture de l?actionnariat. Or, se demande Philippe Lam, économiste et directeur d?Economic and Marketing Consultants, l?Etat est-il justement en train de donner le bon exemple ? ?Lorsqu?on parle d?ouverture des conseils d?administration, on dit qu?il faut de nouvelles compétences. Cependant que voit-on dans les faits ? Que fait le gouvernement avec les conseils d?administration ? Ce sont toujours les mêmes têtes. Pourtant, si l?Etat agissait différemment, le secteur privé aurait été contraint de suivre l?exemple?, assure l?économiste.

Celui-ci rappelle également que les institutions de l?Etat ne se modernisent toujours pas malgré le projet de réforme global. ?Pour les investisseurs, on ne peut les contraindre à ouvrir leur actionnariat. Certes, il reste l?actionnariat salarié ou l?achat des valeurs en Bourse. Mais d?abord, c?est à l?Etat d?agir. L?ouverture de l?actionnariat fait partie de la réforme globale. Sans une action poussée de l?Etat, elle ne se réalisera pas?, maintient Philippe Lam.

Si les intentions sont bonnes, les conditions ne sont, par contre, pas encore réunies. Une nouvelle fois, les dysfonctionnements provoqués par des choix et discours politiques mettent en péril des projets à intention noble.

<B>Via le SIT</B>

Plus grande compagnie à base d?actionnariat public, le Sugar Investment Trust (SIT) a été établi en 1994. Il compte plus de 40 000 membres et plus de 55 000 actionnaires. Conçu initialement comme une plate-forme pouvant accueillir des plans de participation ciblant l?industrie sucrière, le SIT est souvent présenté comme un outil de démocratisation. Le SIT, désormais, s?enorgueillit du fait d?être devenu un forum permettant aux planteurs et aux employés de participer au plus haut niveau au sein des compagnies sucrières. Si ses actifs s?élévaient à Rs 296 millions à sa première année d?opération, ce chiffre est désormais passé à plus de Rs 2 milliards. Depuis sa mise en place, le SIT a évolué de sa mission originelle et compte à présent une participation élargie dans différents secteurs de l?économie mauricienne. Il est en effet aussi présent dans le secteur énergétique, dans des projets découlant de l??Illovo deal?, dans des compagnies comme BBHM Holdings Ltd (35 %), Mauritius Post and Cooperative Bank Ltd (10 %), SIT Property Development Ltd (51 %), SSR Botanical Garden Investment Company Ltd (51 %).

QUESTIONS À?

<B>Tim taylor, Président du comité national sur le gouvernement d?entreprise</B>

● <B>Le principe de l?ouverture de l?actionnariat peut prendre plusieurs formes, entre autres, la privatisation des compagnies publiques. Où en est-on à Maurice par rapport aux différentes formulations de ce concept ? </B>

La question se pose à deux niveaux : la participation à la propriété et celle au plan directorial. Dans le premier cas de figure, l?ouverture se fait sous la forme du listage à la bourse et une participation à travers le Development and Entreprise Market. Pour être listée en bourse, une entreprise doit être d?une certaine taille. Il s?avère, à ce chapitre, que pour un certain nombre de compagnies familiales, cette option n?est pas perçue comme étant intéressante. Il reste les Public Interest Enterprises, il faut les encourager à être listées en Bourse. Un autre aspect serait l?ouverture de l?actionnariat aux salariés par le paiement du boni ou une partie du boni par les actions. Il se trouve qu?un employé n?est pas toujours réceptif à l?actionnariat salarié parce que beaucoup d?employés ont des engagements financiers et préfère toucher le boni en argent. C?est une formule qui doit demeurer optionnelle car on ne peut contraindre une personne à prendre des actions si elle ne le désire pas.

Je suis un partisan d?une ouverture des conseils d?administration. Un comité directorial ne peut être composé indéfiniment des mêmes têtes, souvent avec les mêmes forces et faiblesses. C?est un enjeu bien réel auquel il va falloir trouver des solutions. Reste le problème de la résistance. Les gens sont plutôt conservateurs et le renouvellement n?est pas toujours perçu comme une nécessité. Mais, je dois dire qu?on a quand même fait un bout de chemin.

● <B> Le politique n?est-il pas également en train de prendre le dessus sur des considérations économiques, voire sur des concepts comme la transparence et la bonne gouvernance ? </B>

Malheureusement à Maurice, la politique détermine souvent trop de choses. C?est ainsi que la logique du monde des affaires et de l?entreprise, elle-même, est régulièrement soumise à des considérations politiques qui vont au-delà des considérations économiques. Aujourd?hui, on cible le secteur sucrier. Demain, cela pourrait être l?hôtellerie. Les prétentions politiques sont dans la nature même de Maurice. Toutefois, il faut être prudent et ne pas occulter les impératifs économiques.

● <B> Le secteur privé mauricien est-il conscient de l?importance d?ouvrir l?actionnariat de ses entreprises pour leur insuffler un nouveau dynamisme ? </B>

Est-ce qu?en ouvrant l?actionnariat, on garantit une nouvelle dynamique ? Je n?en suis pas aussi sûr. Pour les grands groupes, il y a différentes formules qui sont exploitées. D?abord l??empowerment?. Il faut déléguer le pouvoir décisionnel au maximum. Aussi la vente d?une compagnie qui fait partie d?un groupe pourrait la redynamiser parce que les nouveaux propriétaires arrivent généralement avec de nouvelles idées et un besoin d?améliorer les résultats financiers pour repayer leur investissement.

● <B>L?Etat a mis en place le SIT. Celui-ci a-t-il rempli ses fonctions, surtout dans un contexte où le Premier ministre évoque la nécessité de développer des formules d?actionnariat public et / ou salarié plus direct ? </B>

Dans son projet initial, le SIT permettait un actionnariat à hauteur de 20 % pour les planteurs et les employées de l?industrie sucrière dans les compagnies usinières. Avec les reformes en cours au niveau de l?industrie sucrière, il y a un rôle accru pour le SIT. Mais d?autres questions se posent. A savoir notamment si l?action du SIT repose sur une vision, s?il y a une gestion qui permet de réaliser cette vision? Par exemple, je me demande toujours si le SIT aurait dû se lancer dans le Waterpark. Il faudrait éclaircir le rôle et les fonctionnalités du SIT. Une redéfinition et une réflexion sur sa stratégie.

● <B>Il est beaucoup question ces temps-ci des sociétés privées produisant de l?électricité et de la possibilité d?ouvrir leur actionnariat au public, sinon de remettre en question le principe de prix garantis. Quelle est, selon vous, la meilleure formule pour traiter cette question ? </B>

J?ai suivi ce dossier de loin, n?étant pas personnellement engagé. Si je comprends bien, le CEB ne disposait pas du muscle financier nécessaire pour investir. Il avait donc besoin de nouveaux partenaires. C?est évident qu?on ne demande pas aux gens d?investir des milliards sans que cela ne soit pas indexé à quelque chose. Il existe sur la scène internationale des formules qui permettent aux différentes parties de se retrouver dans un rapport économique sain sans que quiconque ne se trouve pénalisé et je crois que les contrats signés entre le CEB et l?Independent Power Producers étaient inspirés de ces formules. Je ne crois pas qu?aujourd?hui, il y aura de l?électricité à bon marché. Le prix de l?énergie est condamné à augmenter.

Sur la question de l?ouverture de l?actionnariat dans les nouveaux flexi-factories je trouve que c?est tout à fait normal que le gouvernement veuille un actionnariat qui inclut tous les stakeholders, et d?après ce que je comprends le Mauritius Sugar Producers Association a cette même vision.

● <B> Quel doit être le rôle de l?Etat sur ce dossier de l?ouverture de l?actionnariat ? </B>

Je vois le rôle de l?Etat comme un facilitateur usant de son influence avec toutes les parties concernées.

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