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L?opération de charme de Navin Ramgoolam
Depuis l?élection du nouveau gouvernement, Navin Ramgoolam, avait troqué sa veste de charmeur utilisée durant la campagne électorale pour celle d?un Premier ministre ferme, agacé, presque hostile. Un mois après, il remet l?opération séduction en branle. Pour sa première conférence de presse en tant que Premier ministre, c?est un Navin Ramgoolam, relaxe, souriant, charmeur et raisonnable, qui répond de bonne grâce aux questions, n?hésite pas à éclater de rire. Opération réussie à tous les coups.
Le Premier ministre parle ouvertement du conflit qui l?oppose au président de la République. Il veut s?expliquer et ?il faut comprendre le contexte.? Il fait donc l?historique des relations tendues entre SAJ et Navin Ramgoolam depuis la campagne pour l?élection partielle au n° 7 en décembre 2003. La tactique est claire. Ramgoolam présente les arguments et s?arrête aux faits : ?SAJ s?est comporté en agent politique?, dit-il en soutenant sa thèse - réunions politiques privées en 2003, commentaires sur les 100 jours de ?ena dimoun? (Ramgoolam ajoute qu?il ne faut pas être astrologue pour savoir à qui SAJ faisait référence), l?épouse du président qui prend part à la campagne du camp adverse, les chèques signés pour payer les ?T-shirts et le briyani? du MSM (?Na pa fer nou krwar ki ant septam 03 ek ziyet 05, li pann gayn letan sanz so nom lor sekie.?)
Navin Ramgoolam n?attaque pas. Il laisse au président la décision ?qui s?impose? et fait appel à ?son bon sens?. Le Premier ministre reconnaît même des qualités à SAJ. ?SAJ inn servi le pays (?) c?est un homme qui a fait des sacrifices, ce n?est pas un travail facile (?) Mo atan ki li ena ase bon sens pou li trouve ki seki li pe fer pa korek?, dit Ramgoolam sur un ton conciliant. Et le Premier ministre explique les raisons pourquoi ?li pa korek.?
Le Premier ministre rappelle que son gouvernement a un mandat du peuple alors que l?électorat a rejeté l?accord ?Medpoint? et, qu?en mettant des ?bâtons dans les roues du gouvernement?, SAJ est en train de faire un affront au peuple et de faire obstacle à sa volonté. Pour Navin Ramgoolam, le rôle de Paul Bérenger est clair dans ce conflit (il accuse aussi Harish Boodhoo de comploter) et c?est une preuve ?qu?ils ne peuvent accepter leur défaite?. Ramgoolam évoque aussi l?aspect moral. ?Ils sont en train d?invoquer le contrat légal mais ils oublient qu?il y a aussi un contrat moral.? Et il philosophe : ?Si vous ne pouvez accepter la défaite, vous ne méritez pas de gagner.?
Respecter les civilités
Navin Ramgoolam reconnaît à SAJ ses droits ? dont celui de faire de la politique ? mais ?li pa kapav res dan Réduit ek fer politik. Li gagn drwa demisione?. Mais lui ne se rendra pas au Réduit ?parce qu?il n?y a aucune raison pour que j?y aille? Il ne soumettra pas les cabinet papers au président ?parce que je ne lui fais pas confiance.? (Il explique l?importance des cabinet papers qui arrivent aux ministres cachetés dans trois enveloppes (qu?il faut couper aux ciseaux) et rappellent qu?il y a des sanctions contre ceux qui révèlent le contenu de ces documents. ?Aster la ou krwar mo kapav donn sa SAJ ? Kouma dir mo pe donn Bérenger ek Pravind.?
Si le président veut aller en cour à cause de l?attitude du Premier ministre, ?les li ale? mais puisque les rencontres ne se font qu?aux réceptions, ?et qu?il faut respecter les civilités?, Navin Ramgoolam ne compte pas demander au président ?de partir? (mots utilisés par des journalistes) puisque ?li bizin kone ki li pou fer?. Et si SAJ ne compte toujours pas partir, ?le peuple tirera les conclusions qu?il faut?. Blocage constitutionnel ? ?Ala rezilta kan MMM tous konstitisyon !? réplique le Premier ministre.
Le Premier ministre reprend un ton raisonnable pour expliquer que le problème ne vient pas de lui. Quand il a été élu en 1995, ?mem MMM ti met Cassam Uteem, nou ti gard li?. Après avoir qualifié Paul Bérenger de ?bluffer? à cause de ses déclarations sur le différend entre la présidence et le gouvernement, Navin Ramgoolam ajoute que, même si lui en tant que leader de l?opposition n?a jamais eu de bureau, malgré les promesses du gouvernement d?alors, ?nous donnerons au leader de l?opposition un bureau?. Pause. Sourire. ?Mais il ne sera pas aussi beau que son bureau au Caudan?, ajoute-t-il en riant.
En constatant l?intérêt des journalistes pour le conflit entre le président et lui à l?heure des questions, Ramgoolam s?inquiète. ?Mo espere zot pa pou blie conferans COI la, (abordée en premier volet) li pli importan ki sa bann ti problem ek enn prezidan la.? Concernant la conférence de la COI justement, le Premier ministre s?estime satisfait des retombées malgré le fait que ?nous sommes limités dans nos démarches?. Les chances de Maurice dans le dossier sucre sont meilleures ?parce que la diplomatie économique du pays est maintenant appuyée sur des dossiers bien préparés et des relations privilégiées avec les pays amis?. Navin Ramgoolam annonce aussi l?introduction d?une nouvelle carte d?identité qui ira de pair avec le nouveau passeport biométrique dans le cadre de la coopération régionale pour plus de sécurité dans la région.
Tactique de proximité
Se référant aux accusations de chasse aux sorcières, Navin Ramgoolam durcit le ton : ?Certains ont la mémoire courte. C?est tout à fait normal que des nominés politiques démissionnent après un changement de gouvernement. Mais ici, personne ne veut partir. Ils attendent des diamond handshakes. ?La desans ti pou diman ki zot ale, na pa al rod gro lamone asterla?.
La conférence de presse est suivie d?une séance de questions-réponses pendant un quart d?heure. Questions directes, réponses toutes aussi directes, entrecoupées d?éclats de rire, d?un peu de tension par moments? Elle se termine par un ?merci beaucoup? et une invitation à des rafraîchissements.
Là, encore la surprise : le Premier ministre fait le tour des journalistes, rit, écoute, parle? Interrogé sur cette tactique de proximité, Navin Ramgoolam sourit. L?opération de charme a bien démarré?
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