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Longue vie au vinyle

3 mars 2006, 20:00

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par Aline GROËME

Refus poli mais ferme de la propriétaire. «À koz sa bann problem la, nou pa le piblisite.» Traduction : avec les récentes saisies de CD audio et vidéo piratés par l?Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU), une certaine frilosité règne dans le secteur de la vente du disque.

La réponse est pourtant paradoxale. Car depuis une semaine, Anzi, magasin de disques situé aux Arcades Fon Sing à Rose-Hill ( dernières arcades avant Notre- Dame-de-Lourdes) liquide 45 et 33 tours à des prix «défiant toute concurrence», comme dirait la pub.

C?est d?ailleurs ce qui a attiré notre ?il. Imaginez plutôt. Des raretés gravées sur du vinyle bradées entre Rs 5 ( le single 45 tours) à Rs 60 (le double 33 tours).

Après avoir été redirigés trois fois, avant de trouver cette enseigne défraîchie située au milieu d?un couloir sombre, nous arrivons enfin devant Anzi. Les lieux parlent d?eux-mêmes. Les rideaux de fer sont à demi-ouverts ou fermés, c?est selon. Tous les autres magasins situés après Anzi ont déjà mis la clé sous le paillasson.

À l?intérieur, les étagères placées au mur sont vides. Tous les disques ont été installés dans des bacs et des présentoirs au milieu du magasin. À la mi-journée hier, quatre personnes?pas d?acheteuse ? étaient penchées au-dessus de ces vinyles qui ont su conserver dans leurs sillons, qui des evergreens, qui les refrains de ces groupes qui n?ont fait qu?un tube avant de disparaître de la planète célébrité.

À l?ère du laser, du iPod et de la haute technologie, qui sont donc ces derniers des Mohicans qui flashent, comme nous sur ce type de petites annonces ? Est-ce seulement des collectionneurs qui sont prêts à passer des heures le nez plongé dans les trésors discographiques d?Anzi.

Il ne faut pas se leurrer. La bonne idée de cette braderie est de liquider un important stock d?invendus, restés en rade, à l?apparition des cassettes, puis des CD.

Un jeune homme de 21 ans est accroupi dans un coin du magasin, les doigts passant en revue des disques. Devant l?entrée, sa petite amie, l?attend patiemment. Lui est ailleurs. Dans cet univers prenant qu?est la musique. C?est la deuxième fois de la semaine qu?il vient chez Anzi. Il a eu de la chance. La première fois, il a mis la main sur le premier album d?Indochine.

Signe avant-coureur d?une disparition

Il est revenu pour chercher d?autres perles des années 80, type Niagara, Cerrone, Elégance ou Chic. La question nous brûle les lèvres. Pourquoi faire ? Petit sourire de l?interlocuteur derrière ses petites lunettes. «C?est pour mixer. Au fait, je suis DJ. Ma spécialité, c?est les années 80, le garage et la house.»

Avec un peu de réticence, il finira par nous livrer le pseudo qu?il utilise quand il est aux platines : David Van Austin. David nous avouera avec un peu de regret dans la voix, qu?il ne possède pas lui-même des platines, mais qu?il utilise le «matériel professionnel d?un ami».

Dans son dos, un amateur ? qui affiche à vue de nez le double de l?âge de David ? met un disque de Natalie Cole de côté. Ses yeux entraînés, repèrent tout aussi vite du Neil Diamond. «Pourquoi vous intéressez-vous à ces deux-là ?» L?argument sera d?abord d?ordre pécuniaire. «À l?époque, c?était à Rs 300 et maintenant c?est à Rs 30, faut pas aller plus loin.»

Monsieur est visiblement un connaisseur, à voir les précautions qu?il prend avec chaque disque. Il nous gratifiera même d?une démonstration. «Faut faire attention à la manipulation et enlever le disque sans poser ses doigts sur le sillon. Il faut toujours l?attraper avec le papier et le remettre correctement dans la pochette pour qu?il soit protégé de la poussière.»

Juste avant de pousser la porte, ce mélomane averti nous confiera qu?il «vient juste de commander une nouvelle platine. «Si vous voulez écouter un vinyle, vous cherchez la qualité, vous y mettez le prix. La qualité n?est pas comparable à celle du CD, cela n?a rien à voir.»

Derrière son comptoir, la femme du propriétaire emballe les achats d?un client dans un sachet en papier Pathé Marconi. «Seki bann klian plis rode se Elvis Presley, Jim Reeves, les Shadows, mais sa finn fini.» Elle promet pour aujourd?hui, un arrivage de disques reggae.

Le nouvel arrivant lui, cherche uniquement du jazz. Se présentant comme un «mélomane seulement», et pas un musicien, ce client au goût bien défini a un objectif précis. «Moi je veux des pochettes d?album de jazz pour décorer ma salle de musique personnelle.» De préférence du John Coltrane ou d?Ella Fitzgerald. Et les disques, demandons?nous. Petit haussement d?épaules. «Vous savez, je n?ai pas de platine, je n?y ai pas pensé.» Il partira sans avoir vraiment trouvé chaussures à son pied. à la place, sous son bras, un grand cru d?Al Jarreau. Se laissant aller à un brin de nostalgie, notre interlocuteur se souvient de «son» époque, ces jours bénis, où élève au collège John Kennedy, il venait souvent chez Anzi, «pour du rock».

Avec la fermeture d?Anzi, en effet, la braderie est le signe avant-coureur de la disparition de cette enseigne qui existe depuis plus de 30 ans, c?est une page de l?histoire de Rose-Hill qui sera tournée.

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