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L?OMC peine à libéraliser les produits manufacturés
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L?OMC peine à libéraliser les produits manufacturés
Le directeur général de l?Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy a convié, lundi dernier, au siège de l?OMC à Genève, les négociateurs des 152 Etats membres, dans une ultime tentative de ranimer les discussions sur la libéralisation du commerce international. Elles sont suspendues depuis le 2 juin, faute de consensus sur les produits industriels. En cas de succès, il souhaite convoquer une réunion décisive en juillet.
Pascal Lamy dit avoir senti chez la trentaine de ministres qu?il a rencontrés le 5 juin à Paris, «la volonté de conclure le cycle de Doha», ouvert en 2001 pour réduire les obstacles au commerce, réduire les subventions qui faussent celui-ci et accélérer le développement des pays les moins favorisés. Les négociations auraient dû se conclure en 2004. Suspendues au cours de l?été 2006, elles ont repris en 2007 et ne débouchent toujours pas.
Harcelés depuis des mois par le directeur général, les Etats ne sont pas très éloignés d?un accord sur l?agriculture qui obligerait, par exemple, l?Union européenne et les Etats-Unis à diminuer leurs droits de douane agricoles de 54 % en moyenne (contre 36 % pour les pays en développement) et à réduire leurs subventions pour les trois quarts environ.
Le projet sur les produits manufacturés prévoit que les pays développés réduisent leurs droits de douane à moins de 9 % et les pays en développement à moins de 26 %.
Les Brésiliens ont déploré que l?Amérique et l?Europe n?ouvrent pas plus leur marché à ses produits agricoles. L?Inde s?est indignée qu?on lui demande d?accepter les produits industriels occidentaux au détriment de sa production domestique. L?Europe et les Etats-Unis ont rétorqué qu?ils ne consentiraient un affaiblissement de la protection de leur agriculture que s?ils étaient assurés de vendre plus aisément leurs produits industriels dans les pays du Sud.
Les pays du sud s?affirment</B>
Tous ont dénoncé le Farm Bill américain, qui prévoit d?augmenter de 20 milliards de dollars les subventions agricoles d?ici à 2012, alors que l?OMC leur demandait de les baisser de plus de 20 milliards ! Parvenir à un consensus dans ces conditions, comme s?y échine depuis plusieurs années Pascal Lamy, est une gageure.
L?OMC n?est plus le cénacle du temps de l?Uruguay Round où les pays développés faisaient la loi et ne traitaient que peu de sujets. Aujourd?hui, les dossiers concernent aussi les services. D?autre part, les pays du Sud s?affirment et imposent que soit donnée priorité à l?agriculture.
Les 152 pays sont obligés de tenir compte de leurs lobbies qui défendent leurs intérêts bec et ongles. Le Japon tient avant tout à son riz, l?Europe à son boeuf et les Etats-Unis à leurs arachides, produits «sensibles» qu?ils entendent protéger par des taxes. L?Argentine et le Brésil veulent que les pays du Nord ne détruisent pas leurs industries. L?Afrique défend ses bananes contre les assauts de celles d?Amérique latine.
Autrement dit, chacun entend concéder le moins d?accès possible à son marché domestique tout en obtenant l?ouverture maximum de celui des autres.
Cette foire d?empoigne a-t-elle une chance de déboucher en juillet sur quelque chose de concret ? «Oui, répond Pascal Lamy, jamais il n?y a eu sur la table autant de dossiers près d?être bouclés.» Opinion que ne partage pas le ministre australien du Commerce, Simon Crean, qui juge les divergences «considérables».
Anne-Marie Idrac, secrétaire d?Etat du commerce extérieur français, exprime beaucoup de circonspection, alors que la France doit assurer la présidence de l?Union européenne à partir du 1er juillet.
<B>Equilibre pas assuré</B>
«Les négociations peuvent progresser», déclare-t-elle, «mais cela serait miraculeux, compte tenu des réserves et des incertitudes que j?entends : le dossier agricole n?est pas au point ; le dossier industriel non plus, puisque nous avons demandé qu?il soit remis à plat ; l?équilibre entre les libéralisations agricoles et industrielles n?est pas assuré ; les Etats-Unis et leur Farm Bill compliquent tout, etc. Et en plus, la position des uns et des autres changent tous les jours !»
Plus soucieuse du fond que du calendrier des négociations, la secrétaire d?Etat conclut : «Le commerce international ne s?est jamais mieux porté. Nous n?avons pas forcément besoin d?un accord dans le cadre du cycle de Doha, et des accords bilatéraux peuvent faire l?affaire.» Une position passablement provocatrice qui fera grincer des dents l?OMC.
© Le Monde 2008 - Alain Faujas</B> <I>Distribué par The New York Times Syndicate</I>
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