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Loin des passions d?autrefois
Tony Blair ne jouit plus guère de la fraîcheur et de la popularité qui l?ont porté aux triomphes électoraux de 1997 et de 2001, et son engagement militaire aux côtés des Etats-Unis en Irak a largement entamé son image auprès des Britanniques. Opéré l?an dernier pour un problème de rythme cardiaque, Blair à d?ores et déjà écarté l?idée d?en briguer un quatrième en cas de succès. Il a en outre renoncé à rallumer les passions et les immenses espoirs suscités lors de son premier triomphe, qui mit fin à 18 ans d?un règne conservateur marqué par l?ultra-libéralisme de Margaret Thatcher et de son successeur John Major. «Magic Blair» était alors devenu, à un peu moins de 44 ans, le plus jeune chef de gouvernement de Sa Très Gracieuse Majesté.
Cette consécration couronnait un parcours fulgurant et sans faute. «Sunny Tony» («Tony le flamboyant»), dont les origines bourgeoises et les valeurs résolument chrétiennes expliquent paradoxalement son engagement politique à gauche, restera avant tout l?homme qui a modernisé le Labour en le recentrant.Né le 6 mai 1953 dans une famille bourgeoise où le travail est une valeur fondamentale, le jeune Tony fréquente Fettes College, une «public school» très privée d?Edimbourg, avant d?étudier à Oxford. En 1983, avocat spécialisé dans le droit syndical, il est élu aux Communes dans la circonscription minière de Sedgefield, dans le nord-est de l?Angleterre. A Westminster, il fait rapidement la connaissance d?un autre jeune élu, de deux ans son aîné, Gordon Brown. Comment expliquer, dans un tel parcours, son adhésion aux idéaux du Labour ? Tony Blair a fourni lui-même une clé en déclarant en 1996: «Je ne suis pas né travailliste, je le suis devenu.» A la tribune du congrès travailliste, il confie comment son univers s?est effondré le jour où, à onze ans, il apprit que Leo, son père, avait été victime d?une attaque cérébrale à l?âge de 40 ans. «Cela m?a enseigné la valeur de la famille, parce que ma mère a lutté pendant trois ans pour l?aider à parler et à marcher à nouveau.»
Marié depuis 21 ans à une avocate très en vue et tout aussi battante que lui, Cherie Booth, Tony Blair réussit à mener de front vie politique et vie familiale. «Ma famille est ce qui compte le plus au monde pour moi», assure ce père de famille attentif. Avec Euan, 17 ans, Nicky, 15 ans, Kathryn, 13 ans et Leo, cinq ans, Downing Street accueille ainsi ses plus jeunes occupants depuis 1945.
«J?essaie de faire le plus de choses possibles avec eux», confie leur père. «Je pense que je suis un meilleur homme politique parce que je mène une vie aussi normale que possible.» Joueur de football à ses heures, Tony Blair se dit également amateur de musique pop, en particulier d?Oasis et des Spice Girls. Il est vrai que jadis, à Oxford, il jouait dans un Groupe baptisé «Vilaines Rumeurs». Celles-ci n?ont pas manqué tout au long de sa carrière, pas plus que les critiques. En témoigne le chapelet de sobriquets dont on l?a successivement affublé: «Bambi», en raison de son allure juvénile et de son irrésistible sourire, «Tony Blur» (Tony le flou) pour railler les ambiguïtés de son programme, enfin «Tony the Tory» (Tony le Conservateur). En 2001, alors que la campagne battait son plein, Margaret Thatcher mobilisée pour prêter main forte à William Hague, éphémère leader de l?opposition conservatrice, a cru bon de reprocher à Blair d?»avoir du sang socialiste dans ses veines». La réponse résume le personnage: «Comme c?est curieux de tenter de me faire passer pour un socialiste...»
<B>Paul MAJENDIE</B>
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