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Lo Yeung, le boutiquier millionnaire
?Merci Coca-Cola !? pourrait être le titre alternatif de cette réminiscence car l?embouteilleur de boissons gazeuses de Ph?nix n?est pas étranger au gros lot de Rs 1 469 232 que décroche Soon Fong Lo Yeung, en ce nouvel an 1981. Coca-Cola met, en effet, 500 billets de loterie à la disposition de ce boutiquier mahébourgeois, billets à échanger contre des capsules de la fameuse marque américaine. Ses enfants, amateurs de la célèbre boisson gazeuse, exigent leur part de billets verts de cette intelligente campagne promotionnelle. Dans le lot, se trouve le premier d?entre eux que Dame Fortune accorde à ses protégés.
La famille Lo Yeung est dans le petit commerce depuis les années 1950. Elle a toujours résidé à Mahébourg où elle possède deux boutiques (la seconde se trouvant à la Ville Noire). A la mort de son père, en 1972, le cadet de la famille Soon Foong, est chargé de la boutique familiale située à l?angle des rues Labourdonnais et du Hangard, là où il a rendez-vous avec Dame Chance, en ce début de janvier 1981.
Que faire avec ce million et demi de roupies dévaluées mais non dépréciées et qui valent peut-être davantage que le gros lot actuel de dix millions ? Soon Foong hésite encore. Il ne sait même pas s?il persistera dans le petit commerce et même s?il restera à Mahébourg. Faut croire que Dame Chance est bonne conseillère car, aujourd?hui, tous les Mahébourgeois vous le diront : Lo Yeung est une des grandes surfaces de Mahébourg, avec l?incontournable Pac Soo et les nouveaux venus Kan Wah. Cette ville connaît, de plus, un développement économique, entre autres touristique, sans précédent.
Ce premier lot, décroché en partie à la faveur d?une campagne promotionnelle, nous rappelle que nos billets verts peuvent faire des miracles. Des billets de loterie perdants ne coûtent au gouvernement que les quelques sous du coût du papier et de l?impression. Mais jusqu?au tirage au sort et le verdict de Dame Chance, ils gardent chacun leur pouvoir de faire rêver et d?espérer ceux qui tirent le diable par la queue ou qu?éperonne l?attrait du jeu. Cette puissance de rêve et d?espoir peut engendrer des miracles et permettre à un gouvernement plus intelligent que les autres de réaliser de grandes ?uvres, en recourant au système de primes ayant déjà fait ses preuves, en les payant, non pas avec des billets de banque, mais avec nos fameux ?billets verts?. Cela peut résoudre tout aussi bien l?épineuse question des chiens errants que celle du ramassage des sacs ou des bouteilles en plastique, en passant peut-être par le tri de nos tonnes de déchets domestiques en vue de leur recyclage ou de leur utilisation à des fins de production d?énergie électrique. Il suffirait qu?un gouvernement, plus intelligent que ses prédécesseurs, récompense ceux qui adhèrent volontairement à l?un ou l?autre de ces initiatives d?utilité publique, en leur remettant, non pas des billets de banque mais des ?billets verts?, généreusement alloués afin de dédommager adéquatement tout collaborateur bénévole. Exemple : qui porte à la MSPCA une chienne errante ou une dont on veut se débarrasser, quel que soit son âge, reçoit en retour tant de billets verts, en nombre suffisant pour provoquer le déclic entraînant cette démarche civique. Si les billets se révèlent perdants, ils n?auront coûté que quelques sous à l?Etat. Mais si l?un d?entre eux décroche le 1er lot, du coup c?est le plan de ramassage de chiennes errantes qui prend le profil de Dame Chance et qui hérite de tout le tapage médiatique. Il suffit de pouvoir visualiser par anticipation ce titre à la une : ?Une chienne errante lui permet de décrocher le gros lot !? Pourquoi chienne errante et non pas chien errant ? Parce que ce dernier n?est pas encore parvenu à donner naissance à une portée de futurs chiens errants. La même recette peut produire les mêmes miracles pour tous nos déchets et pas seulement en plastique.
Soon Foong Lo Yeung n?est pas le seul Mauricien à faire parler de lui en ce début de janvier 1981. Il y a aussi Marie Thérèse Humbert qui décroche le Prix des Mascareignes avec son célèbre et si émouvant roman, A l?autre bout de moi. Il y a Rajakrishna Pachamoothoo, dont l??uvre sculpturale Paradis d?Eden et la nouvelle terre, fresque de 80x48 cm sur bois de palissandre, est sélectionnée par le jury du Grand Prix International d?Art contemporain de Monte-Carlo. Il est question de R. Gutty, de Sok Appadu, de S. Ramyead, chorégraphe, D. Gokhool et de leurs compagnons du comité exécutif du National Arts Group. Il y a Bam Cuttayen qui fait sortir sa chanson Fler Raket. Le sportif et le footballeur de 1980 se nomment Gervais Fayolle et Salim Moossa. Ashok Chundunsing de l?équipe belge de 2e Division, Olympique, décide de rentrer à Maurice. Nous faisons l?agréable connaissance des lauréates de l?express : Aminah Salarbux (notre Cerveau ? Express 1980) et Anne-Marie Chevalier, la meilleure pronostiqueuse de la Coupe Porte-Bonheur. France Boyer de la Giroday nous parle de la liberté au service de la Paix. Le Pr Baligadoo aide l?hôpital Victoria à se doter d?une Cardiac Unit. Il est enfin question du diplomate pakistanais, Mazher Ali, qui rentre chez lui après sept ans passés à Maurice. N?oublions pas que les drapeaux mauriciens sont en berne en raison du décès de la comtesse Athlone qui s?éteint à l?âge de 97 ans. La défunte est une grand-tante du chef de l?Etat mauricien, Elizabeth II.
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